Kem One : des comptes redressés et de nouveaux investissements

 |   |  931  mots
Alain de Krassny, à la tête de Kem One.
Alain de Krassny, à la tête de Kem One. (Crédits : Laurent Cerino/ADE)
Trois ans après avoir repris Kem One, troisième producteur européen de PVC, Alain de Krassny annonce des bénéfices (14 millions d'euros) pour 2016, ce qui n'était pas arrivé depuis des années. L'industriel prévoit encore d'importants investissements pour les trois années à venir pour gagner en compétitivité et en fiabilité.

C'était l'investissement crucial du chlorochimiste Kem One SAS, basé à Lyon, après sa reprise en décembre 2013. La nouvelle salle d'électrolyse* de Lavera dans les Bouches-du-Rhône - un budget de 160 millions d'euros environ- s'apprête à démarrer ces jours-ci. Alain de Krassny, le président du troisième producteur européen de PVC (polychlorure de vinyle) relativise le retard d'un mois à l'aune d'un projet de 3 ans. De même il se montre très confiant sur la réussite du démarrage :

"La technique dite de membrane est éprouvée, assure l'industriel. L'opération est rendue un peu plus difficile en raison de la taille (300 000 tonnes de chlore) et du fait qu'il faut également gérer les aspects liés à la saumure".

Toujours est-il que la reconversion de cet équipement moins énergivore est stratégique pour améliorer les marges de l'ancienne filiale d'Arkema vendue ensuite à l'homme d'affaires américain Kary Klesch qui déposera le bilan six mois plus tard.

30 millions d'investissements courants annuels

Hors Lavera, l'entreprise a "dépensé chaque année 30 millions d'euros répartis sur une centaine de projets dans des actions d'amélioration sur nos différents sites, eu égard à la réduction de consommation d'énergie et transformation des matières premières", met en avant Alain de Krassny. Nous devons encore poursuivre la fiabilisation de l'ensemble de nos usines pour des montants analogues".

Lire aussi : Alain de Krassny : "2016 sera une année charnière pour KEM One"

D'ores et déjà les efforts fournis ont montré leur efficacité. Kem One SAS, qui emploie plus de 1 200 salariés sur 7 sites en France et 1 en Espagne, devrait dégager "14 millions de bénéfice net en 2016" (les comptes seront définitivement arrêtés en mars) contre 19 millions d'euros de pertes opérationnelles un an plus tôt.

"Les résultats sont positifs. C'est la première fois depuis longtemps", reconnait Jean-Michel Rovida, délégué syndical CFDT.

Le chiffre d'affaires consolidé, lui, reste stable autour de 800 millions d'euros

Terminal méthanier  ?

Et 2017, sera pour Alain de Krassny "la concrétisation de la première étape du redressement". Outre les investissements courants, et une fois mise en service l'électrolyse de Lavera, il faudra procéder à la reconversion de l'électrolyse de Fos (environ 80 millions d'euros). La programmation dans le temps sera différée si Kem One doit se doter d'un terminal méthanier à Fos pour sécuriser sa fourniture d'éthylène.

"Tout dépendra de l'accord que j'arriverai à signer ou pas avec Total au niveau des prix, des volumes et des garanties de fourniture", dévoile A. de Krassny.

Les études préliminaires sont réalisées et le coût de ce terminal, dont le chantier pourrait être lancé si nécessaire dès la fin d'année, avoisinerait 70 millions d'euros.

Cour d'appel

Quant aux 20 millions d'euros que réclame Kem One au groupe pétrolier pour le manque à gagner qu'il estime occasionné par les 7 semaines d'arrêt du vapocraqueur de Naphtachimie à Lavera, en 2015, le plaignant a eu gain de cause en première instance. Le jugement en appel sera rendu en mai.

"Nous avons des analyses différentes sur ce qui s'est passé", précise Alain de Krasny. J'ai saisi la justice pour nous départager. Je ne parlerai pas de procès car je ne suis pas procédurier par nature mais plutôt d'un arbitrage que nous avons sollicité. Et je reste ouvert aux négociations pour tout".

Co-entreprise en Inde

 A l'étranger, le chimiste disposera d'ici trois ans d'une unité de production de résines PVC-C (surchloré) en Inde, pas loin de Pondichery suite à la JV conclue avec Chempplast Sanmar, un acteur familial local. A cette société commune Kem One apporte sa licence et son associé indien l'argent pour édifier cette usine dont la dépense est chiffrée à 48 millions de dollars pour une capacité de l'ordre de 20 000 tonnes. Ce PVC présente l'avantage de bien résister aux températures élevées de l'eau dans les canalisations où il se substitue au cuivre. Ce marché en forte croissance en Asie est moins dynamique en France où Kem One voudrait le développer. Alors, et à cette condition, il pourrait doubler la capacité de son unité PVC de Saint-Fons, dans la banlieue lyonnaise en la portant à 20 000 tonnes.

Répartition du capital

Pour acquérir Kem One, en 2013 à la barre du tribunal de commerce de Lyon, Alain de Krasny, industriel austro-français, était associé à 50/50  avec Open Gate Capital. Mais une clause d'actionnaires avait d'emblée stipulé une évolution de cette répartition. Elle a été finalisée cet été : Alain de Krassny, via son holding familial Krassny GMBH, contrôle 90 % de Kem One et Open Gate Capital 10 %. Dans les activités d'aval de Kem One Innovative Vinyls (rebaptisé IVY Group),  Alain de Krassny possède une participation de 30 % et le fonds anglo-saxon 60 %. Une clause stipule que IVY (350 millions de ventes 2015) s'approvisionnera à 60 % de ses besoins auprès de Kem One SAS pour une durée de dix ans. Et Alain de Krassny se dit très satisfait de ce partenariat.

Nouveaux statuts

En termes de gouvernance, Alain de Krassny, septuagénaire, entend prendre un peu de recul par rapport à la gestion de Kem One SAS comme il l'a fait pour son autre société familiale Donau Chemie en Autriche. La société française évoluera, fin 2017, vers une organisation en directoire et conseil de surveillance.

*L'électrolyse est un procédé permettant de produire du chlore entrant dans la composition du PVC et de la soude

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :