Quick et Feu Vert propulsent Qualium Investissement sur le devant de la scène

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(Crédits : Laurent Cerino/ADE)
Pour Qualium investissement, l’automne sera chaud. La filiale de la Caisse des dépôts vient d’entrer en négociations exclusives avec le Groupe Bertrand, actionnaire majoritaire de Burger King France, pour lui céder la chaîne de restauration Quick, et elle serait en pourparlers avec Colony Capital pour la vente de Feu Vert. Son comportement et sa stratégie d’actionnaire depuis huit ans chez cette dernière font l’objet de vives contestations.

Article édité le 22/09/2015-Actualisé le 30/09/2015 à 9h22

Dans les vastes et lumineux bureaux de Qualium Investissement, sis avenue de Friedland à Paris et auxquels conduisent une entrée spectaculaire et un escalier impressionnant, on est bien loin de la moiteur, de l'âpreté, de la rusticité, du bruit des ateliers de montage de Feu Vert.

L'antagonisme entre ce qu'un partenaire financier du LBO résume à une « tour d'ivoire » et la réalité des centres autos est saisissant. Mais à quelles motivations originelles l'acquisition en 2007 de Feu Vert (aujourd'hui 830 millions d'euros de chiffre d'affaires et 7 500 collaborateurs, franchises comprises) par cette filiale de la Caisse des dépôts avait-elle souscrit ?, s'interrogent encore des acteurs du dossier. Sont-elles aussi mystérieuses que le rapporte le délégué syndical central CFDT Jean-Yannick Leroux, qui assure que Michel Bouvard et Henri Emmanuelli, alors députés UMP et PS aux commandes de la Commission de surveillance parlementaire de la Caisse des dépôts lors de la transaction quelques semaines avant le scrutin présidentiel de 2007, lui manifestèrent leur « incrédulité » quant à la justification de cette acquisition ?

« Ne nous plaignons pas trop »

Des raisons factuelles d'investir à son comportement d'actionnaire majoritaire pendant huit ans, Qualium Investissement (une douzaine de professionnels pour autant de participations actives, 1,2 milliard d'euros gérés) est loin de faire l'unanimité. « Ne nous plaignons pas trop », invitent certes les moins virulents à l'aune de la stabilité du management de Feu Vert jusqu'en 2013, caractéristique d'une exigence modérée et d'une intrusion aussi contenue que supportable, « bien éloignée des pratiques des alter egos anglo-saxons ».

Reste qu'au final, selon la plupart des intervenants clés interrogés, cette contribution de « professionnels aussi brillants pour élaborer les montages financiers les plus alambiqués qu'ignorant des réalités d'une entreprise industrielle et de services », est apparue « bien peu utile ». Et même « nulle aux plans stratégique et managérial », claquent-ils en substance. « Mais pouvait-il en être autrement ? Qu'est-ce que le plus éminent technicien de la finance qui ne s'est jamais égaré au-delà du 8e arrondissement parisien peut-il bien (vouloir) comprendre d'une entreprise où l'on a, au sens propre et pour de vrai, les mains dans le cambouis ? ».

Un acteur vraiment "comme les autres" ?

Qualium Investissement est un fonds atypique. À plusieurs égards. Du spécialiste de l'insémination artificielle IMV Technologies au producteur de biscuits sucrés Poult, du fabricant d'appareils de chauffage indépendant au bois Invicta au réseau de bijouteries en grandes surfaces Thom ou au géant de la restauration rapide Quick, l'extrême bigarrure - variété pour les plus indulgents, hétérogénéité voire incohérence pour les plus critiques - de ses participations interroge. D'autre part, et selon son propre directeur général délégué Paul Costa de Beauregard (X-Telecom et ex-Wendel), cette émanation de la Caisse des dépôts se veut et se doit « investisseur responsable », mais elle est aussi un acteur « comme les autres » du secteur concurrentiel du capital développement et à ce titre sommée d'extraire une rentabilité significative de ses participations.

Les écartèlements ne manquent donc pas, et certaines exigences sécrétées par le premier postulat à la fois sont malmenées par les injonctions du second et peuvent créer des imbroglios ou provoquer des arbitrages inadaptés. Y compris élusifs ou dilatoires, comme certains y attribuent le maintien dans sa fonction (de président de Feu vert) de Bernard Perreau, dont l'embauche au poste de directeur général en 2009 succéda au cuisant échec du recrutement d'un prédécesseur quelques mois plus tôt - Eric Pokrovsky, ex-président d'Hertz France.

« Tout le monde se tient par la barbichette »

L'identité « para-étatique » de Qualium qui exhorte donc, selon l'un des maître d'œuvre du LBO, aux « réflexes jacobins » et à « faire des profits sans faire de vagues », n'épargnerait pas outre l'affectation des investissements, la « manière même de fonctionner » de ses représentants. Dans l'aréopage exigu du capital-investissement sont li(gu)és des acteurs (fonds, banquiers, etc.) tour à tour adversaires et partenaires, et réunis par « une seule et même règle d'or : « je ne touche pas à tes affaires, laisse les miennes tranquilles. » » Dans ce « petit monde », constate ce professionnel, Qualium ne fait pas figure de « fonds normal », y compris parce que les hiérarques sont menottés aux règles « peu visibles, peu compréhensibles, parfois même peu cohérentes », de l'État.

L'exercice politique domine, et ainsi sont écartés ou promus parfois les moins probables. « Tout le monde se tient par la barbichette », et comme nombre de bailleurs de fonds sont eux-mêmes assujettis directement - ou indirectement, via ses services adjacents et des projets de financement mixtes - à l'État, cette règle d'or « est appliquée par tous, car elle protège chacun ». La cession de Feu Vert pourrait assurément ne pas être un succès, le « sparadrap » Quick dont il semble enfin pouvoir se défaire a affecté la performance de Qualium, cette double situation « est de nature » à le discréditer auprès des bailleurs de fonds, « et pourtant Paul Costa de Beauregard devrait en sortir sans égratignure. C'est ça, la magie ou le mystère de l'État investisseur ».

Concomitamment au processus de cession de Quick - neuf ans après l'acquisition auprès du Belge Albert Frère dans des conditions d'une générosité telle que les justices française et belge avaient diligenté une instruction -, Qualium serait entré en négociations avec le fonds anglo-saxon Colony Capital, ancien détenteur du Paris Saint-Germain, pour la vente de Feu Vert. Information que Bernard Perreau a refusé de confirmer et que les représentants du repreneur pressenti se sont interdit de commenter. Verdict dans quelques mois. Voire quelques semaines.

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