La grande soufflerie de Modane, pépite de l'aéronautique française

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La maquette d'un boeing 777 prête à être testée dans la soufflerie S1 de Modane.
La maquette d'un boeing 777 prête à être testée dans la soufflerie S1 de Modane. (Crédits : Emmanuel Foudrot/ADE)
Au cœur des Alpes françaises, la grande soufflerie de Modane en Savoie est unique au monde. Construction allemande, elle a été rapatriée dans le giron français après-guerre. La structure, qui appartient à l'ONERA, est désormais le lieu privilégié des tests aéronautiques et spatiaux des grands acteurs du secteur, comme Boeing ou Airbus.

Même les territoires reculés peuvent abriter un joyau de la recherche française. En Savoie, à 1100 mètres d'altitude, coincée entre deux flancs de montagne, la grande soufflerie de Modane-Avrieux, installée sur l'un des huit sites français de l'ONERA, est un lieu unique dans le domaine de la recherche aéronautique et spatiale. Une pépite mondiale qui accueille les tests des fleurons de l'industrie planétaire du secteur, à l'instar de Boeing, d'Airbus ou encore de la Nasa, pour ne citer qu'eux.

Trésor de guerre

Si la grande soufflerie est aujourd'hui sous pavillon tricolore, ses origines sont allemandes. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, une mission française, dirigée par le mathématicien Lucien Malavard est chargée par le ministère de la guerre de prospecter sur les anciens territoires allemands. La délégation découvre dans le Tyrol Autrichien une soufflerie, dont la construction avait été initiée en 1942.

La France, qui souhaite redémarrer ses recherches scientifiques interrompues lors du conflit, signe le 25 septembre 1945, deux mois après la découverte de ce trésor de guerre allemand, un décret qui autorise le rapatriement de la structure naissante, pour l'installer de l'autre côté des Alpes, à Modane.

Onera Grande soufflerie de Modane

La grande soufflerie de Modane-Avrieux, en Savoie. Crédits: Emmanuel Foudrot/ADE

L'ONERA comme outil politique

Quelques semaines après, en 1946, fort de cette acquisition, la France annonce la création de l'ONERA, l'Office national d'études et de recherches aérospatiales qui intègre la découverte. « L'Etat ne voulait plus être pris à défaut par un autre pays plus performant. Il souhaitait être au plus haut niveau technique », explique Bruno Sainjon, PDG de cet établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC).

>>  Découvrez sur notre site notre reportage photo sur la soufflerie de Modane.

Aujourd'hui, l'ONERA emploie environ 2 000 salariés, dont 63 % d'ingénieurs-cadres, répartis sur huit sites sur le territoire français, dont celui de Modane-Avrieux. « Le but de l'organisation est de faire travailler ensemble plusieurs domaines scientifiques distincts », souligne le président. Ainsi, l'établissement intervient dans de nombreux domaines  comme l'aviation civile, l'aérospatiale, la Défense. Par exemple, l'organisme agit dans 16 domaines  de Recherche & Technologie (R&T) de la direction générale de l'armement (DGA).

Proximité avec le monde industriel

La particularité de l'ONERA, structure publique, est sa proximité avec le monde industriel. 58 % de son activité est contractuelle et ainsi, la part des subventions dans le budget annuel (230 millions d'euros en 2013, contre 250 en 2008) est inférieure à 50 %. « L'objectif est de transférer notre savoir-faire vers l'industrie », explique Bruno Sainjon.

Cette activité - pourtant en perte de vitesse à cause de la baisse des grands programmes industriels - est essentielle à la compétitivité du centre, dans un contexte de baisse de subventions publiques et de l'augmentation de la concurrence mondiale. Par ailleurs, l'Office, pour remettre en état ses installations, réclame un geste de l'Etat, sous la forme d'un plan de financement de 218 millions d'euros sur 11 ans.

Onera Grande soufflerie de Modane

La soufflerie S1M1 permet de simuler des vitesses jusqu'à mach 1. Crédit : Emmanuel Foudrot/Acteurs de l'économie

"La soufflerie la plus performante du monde"

Les tests en souffleries sont un bon exemple de la coopération entre les industriels et le centre de recherche. Pour les entreprises spécialisées dans l'aéronautique, les essais permettent d'optimiser la conception de l'avion, de déterminer sa réaction aux commandes de vol, et d'explorer les limites de l'appareil.

Parmi les 12 souffleries que compte l'ONERA, dont trois de niveau mondial, la grande soufflerie de Modane-Avrieux de type S1M1, dont le site qui l'accueille emploie 160 personnes, est « l'une des plus performantes du monde, car elle combine la taille et la vitesse », selon Patrick Wagner, directeur des grandes infrastructures.

Outre l'évolution technologique des instruments de mesure, le principe est immuable depuis le modèle de référence inventé par Gustav Eiffel : une force hydraulique alimente deux turbines qui permettent à deux ventilateurs géants de se mettre en route. Le vent généré s'engouffre dans un tube, de 400 mètres à Modane, puis se répercute sur la maquette de l'aéronef. La force du vent peut atteindre Mach 1 (1200 km/h) à Modane, et jusqu'à Mach 20 dans d'autres centres de l'ONERA. Une activité tellement impressionnante qu'elle tient actuellement le haut de l'affiche du musée des Arts et métiers de Paris.

 Découvrez sur notre site notre reportage complet sur la soufflerie de Modane.

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Commentaires
a écrit le 17/11/2015 à 9:45 :
Voir dernier article du Dauphiné Libéré sur le sujet :
Un rapport accablant :
Une remise en état de 300 millions d'€ nécessaire très rapidement
Si le bâtiment venait à s'effondrer, la reconstruction est estimée à 700 millions
190 emplois en jeu
a écrit le 15/11/2015 à 18:43 :
J'ai plus de 70 ans et rangeant les vieux papiers de mes parents afin de faire de la place, j'ai retrouvé une série de photos en noir et blanc de la construction de la soufflerie de Modane-Avrieux. Elles datent de 1947 et 1948, sont datées et ont été prise par le photographe local Monsieur GUY Joseph. Papa était alors sur place en tant qu'ingénieur chargé du contrôle des travaux. Avant de mettre à la poubelle ................,
a écrit le 19/11/2014 à 17:56 :
Du RP, pur et dur. D'ailleurs je ne vois pas où se trouve l'actualité du sujet. Pourriez vous nous faire un papier sur le catacombes de Paris, c'est pas d'actualité mais quelques-un pourraient s'y intéresser. Merci.
Réponse de le 19/11/2014 à 22:11 :
Lisez un peu plus l'article et vous verrez que l'actualité se trouve au-dessus de l'image. Que veut dire RP ?
a écrit le 19/11/2014 à 17:50 :
Heureusement que la France c'est donné les moyens pour améliorer cette soufflerie au fil des décennies. Nos partenaires européens peuvent être content qu'on ai toujours eu une politique favorable dans le domaine aéronautique et spatial. Un souhait d'avancer toujours plus qui nous a mené heureusement à alliances industrielles communes gagnantes qui ont fait que Airbus, Ariane, Eurocopter, MBDA, Astrium, sont des leaders dans leur domaine avec les américains. Si on avait appliqué une politique anglaise dès le début c'est les constructeurs US qui ce seraient rempli les poches et qui auraient le monopole (et donc pas de techniciens Français et européens à Toulouse, Kourou, etc...)
a écrit le 19/11/2014 à 15:57 :
avait déclaré la guerre à l'Allemagne en 1940 et s'est pris une raclée. Donc pourquoi le gouvernement français est allé se servir en dédommagement dans ce pays. Cela devrait être le contraire.
Réponse de le 19/11/2014 à 16:10 :
Mais les Allemands ne se sont pas privés...tant qu'ils gagnaient
Réponse de le 19/11/2014 à 16:15 :
Vous avez du sécher vos cours d'histoire à l'école. Ouvrez un libre d'histoire et lisez.
Réponse de le 19/11/2014 à 16:18 :
Pendant la 1ère et la 2nde guerre mondiale les allemands ne se sont pas privès de démanteler les usines et rappatrier certains équipements des pays et territoires occuppés, ça évite la concurence et amoindri l'appareil productif de l'autre. Il est de bonne guerre de faire la même chose en retour, l'économie n'a rien de moral.
Réponse de le 19/11/2014 à 16:27 :
Ou comment dire n'importe quoi.
Réponse de le 19/11/2014 à 16:51 :
C'est facile à dire. L'Allemagne, dès l'arrivée au pouvoir d'Hitler en 1933, a eu l'avantage d'avoir appliqué un programme de guerre totale (plans, stratégie militaire) de remilitarisation (recrutements) et de modernisation de son matériel de guerre (étude pour augmenter la puissance des moteurs d'avions, des tanks et de sa flotte de navire et de u-boat), et financement d'armes modernes (Stuka, V1, V2, avion à réaction Me262, avion fusée Me163...). Peut-on reprocher à la France de n'avoir pas consacrer une grosse partie de son budget pour un programme de conquête militaire mondiale dès la fin de la 1ère guerre mondiale ? Vous même à l'époque n'auriez pas compris cette décision alors que la 1ère GM devait être la dernière des Guerres. Après il faut savoir aussi que les moyens d'espionnage n'était pas aussi facile qu'aujourd'hui (écoute téléphonique par satellite et radôme, interception des fax, piratage des ordinateurs et d'Internet, surveillance de pays voisins par satellite...) puis que les services performants de la DGSE, CIA, NSA,... n'existait pas à l'époque. Après la Grande Bretagne a eu plus de chance car il n'avait pas de frontières avec l'Allemagne et était protégé par la Manche donc en attendant que la puissance industrielle américaine se mette en route ils n'avait qu'à défendre leur espace aérien contre les allemands. Je rajoute que les Allemands n'avait que faire des déclarations de guerre et de la neutralité de ses voisins (Belgique, Norvège, Pologne, Pays-Bas,...). La France n'était seulement pas préparé et pas assez renseignée sur son ennemi, mais heureusement que le général de Gaule à cette époque n'était pas aussi défaitiste et de mauvaise foi que vous aujourd'hui

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