EMLYON et Grenoble Ecole de Management : les fiançailles

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Les deux grandes écoles de commerce rhônalpines annoncent leurs fiançailles. Pour un prochain mariage ?
Les deux grandes écoles de commerce rhônalpines annoncent leurs fiançailles. Pour un prochain mariage ? (Crédits : DR)
Coup de tonnerre dans le monde des écoles de commerce : EMLYON Business school et Grenoble Ecole de Management (GEM) scellent leur alliance. La consolidation de leurs budgets (100 millions d'euros) les propulse sur le devant de la scène française, arme le tandem des moyens de peser davantage dans la compétition internationale, et dote la région Auvergne Rhône-Alpes d'une force de frappe inédite dans le secteur de l'enseignement supérieur. L'essentiel reste à faire : réussir l'accomplissement des promesses et l'agglomération des compétences. Avant de lancer plus tard les bans d'un mariage ?

Elle était attendue depuis longtemps, tant elle semblait couler de source dans le paysage économique rhônalpin et au regard des contraintes financières et des exigences budgétaires auxquelles la raréfaction des subsides consulaires et la compétition internationale exposent les grandes écoles de commerce. Au fil des ans elle était devenue un « serpent de mer », entravée par les clivages humains - du temps de l'ancien directeur d'EMLYON Patrick Molle -, les crises de gouvernance de l'établissement lyonnais (et de sa tutelle consulaire), et les dissensions stratégiques entre chambres de commerce et d'industrie.

Sous la férule de Bernard Belletante (directeur général d'EMLYON) et de Loïck Roche (son alter ego grenoblois) mais aussi des deux CCI territoriales et du président du conseil d'administration d'EMLYON Bruno Bonnell, l'alliance entre EMLYON Business school et Grenoble Ecole de management (GEM), baptisée Alliance Lyon Grenoble Business School devient donc une réalité.

Complémentarité

Une réalité appelée à bousculer en profondeur l'échiquier national et européen des grandes écoles de commerce et de management. En effet, ce rapprochement ne manque pas de singularités et d'opportunités.

Il réunit des établissements pour la première fois du Top 6 français et d'une même région, il doit associer « l'excellence académique et le très bon niveau d'internationalisation » des deux enseignes, il assemble des compétences et des réputations complémentaires - le « management de la technologie - innovation » à Grenoble, « l'entrepreneuriat et le new business » à Lyon, qui constitueront l'axe cardinal du nouvel ensemble.

Mise en œuvre à partir de septembre 2016

L'énoncé des objectifs et surtout du programme d'actions, minutieusement cornaqué, accrédite la crédibilité et la réalité de l'alliance. Les objectifs ? Créer davantage de valeurs académique - « accélérateur de croissance, de qualité et d'innovations académiques, bâtir une faculté de niveau mondial » -, économique, et sociétale - « créer un pôle mondial d'entrepreneuriat, d'emplois et d'activités, lié en particulier aux nouveaux modèles économiques et au service du développement des entreprises de Rhône-Alpes Auvergne, 7e puissance régionale européenne ».

Quant à l'éventail d'actions, il est clairement énoncé. Dès septembre 2016, les deux établissements doivent enclencher la « mutualisation des expertises des corps professoraux et de la R&D en innovation et ingénierie pédagogiques », la mise en place d'une « stratégie et d'une organisation communes de la recherche », la réunion des programmes PhD et DBA (Doctorate of business administration), la synergisation des relations avec les entreprises, le « développement commun à l'échelle internationale des évènements phares des deux écoles (Festival de géopolitique, Junior World Entrepreneurship Forum) », enfin la création d'une fondation innovation-entrepreneuriat.

A partir de la rentrée suivante, l'alliance annonce la « coordination des recrutements des enseignants-chercheurs, l'optimisation des portefeuilles de programme, l'amélioration du soutien à l'employabilité, et le développement commun à l'international. »

Mariage en vue ?

Le degré d'ambitions et d'hybridations exposé dans ce programme augure-t-il à terme un mariage ? Pour l'heure, les protagonistes s'en défendent. Comme toujours dans ce genre de fiançailles, c'est la véracité des faits, l'analyse des premières actions, l'envergure des mutualisations, la qualité de la gouvernance, de l'organisation et des relations humaines - et du volet « emploi » desdites mutualisations -, in fine le « retour sur investissement » qui décideront du sort auquel elles peuvent prétendre.

Mais c'est aussi l'accueil que les futurs candidats et les diplômés réserveront au projet - sujet sensible et épineux auquel les staffs respectifs s'emploient avec grande attention -, et surtout la « manière » dont le déploiement sera conduit au sein des et avec les deux corps sociaux qui conditionneront la possible prononciation de futurs bans. A ce titre en effet, l'aréopage professoral et académique est communément indocile, corporatiste et volontiers résistant au changement.

A son arrivée à Lyon, Bernard Belletante hérita d'une situation éruptive qu'il parvint à apaiser puis à retourner favorablement en faveur d'une nouvelle dynamique ; à Grenoble, Loïck Roche doit composer avec un contexte complexe : l'émancipation de l'école, depuis sa création intégralement dans le giron de la CCI et appelée à devenir un « Etablissement d'enseignement supérieur consulaire » dans le sillage duquel le statut des salariés évoluera simultanément.

Lire aussi : EMLYON : le big bang

Enfin, baisser la garde des rivalités et dégonfler la culture de l'adversité inter-établissements dans un microcosme qui s'en nourrit copieusement à coups de classements et d'agréments, devrait réclamer du temps.

Le modèle Air France - KLM

Un assemblage du type Air France - KLM ou Renault Nissan n'est donc pas à exclure pour cette alliance qui, si les budgets respectifs étaient consolidés (62 millions d'euros pour EMLYON, 58 pour GEM), propulserait l'ensemble au sommet national, sensiblement au même niveau que les grandes écoles parisiennes (le budget de HEC est d'environ 100 millions d'euros, auquel toutefois doit être ajoutée la manne de la fondation), et le dote d'une « responsabilité » comme d'opportunités territoriales significatives.

En effet, la typologie géographique du rapprochement n'est pas anecdotique : les deux établissements sont situés à mi-chemin de l'aéroport de Lyon promis à un fort développement dans le cadre de sa privatisation, et ils pourraient constituer un lien stratégique majeur entre deux agglomérations historiquement, culturellement, économiquement et politiquement rétives à concrétiser leur important potentiel collaboratif.

Retrouvez l'interview croisée exclusive de Bernard Belletante (EMLYON) et Loïck Roche (Grenoble EM).

Alliance EMLYON - Grenoble EM : "Notre modèle ? Air France KLM ou Renault Nissan"

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Commentaires
a écrit le 29/03/2016 à 23:16 :
La "Grande Transformation" est en marche. Cette alliance semble couler de source par sa cohérence et sa pertinence. Elle procurera des ressources inédites qui permettront des politiques audacieuses en recherche, en Learning experience et en développement. Sale temps en perspective pour les "écoles terroirs".
a écrit le 29/03/2016 à 23:04 :
Intéressant dans l’absolu mais ne pas oublier la situation du marché du travail français et européen, qui devient de plus en plus sature et ou les conditions d’expatriation sont très difficiles voir impossibles (USA, Australie etc.). Pas besoin de sortir de l’EM ou Grenoble pour faire de l’audit ou assistant marketing chez Danone, qui sont deux domaines dans lesquels 80-85% des jeunes diplômes des écoles du top 5 et top 10 se retrouvent. Je connais des dizaines de jeunes diplomes d’ecoles de ESCP ESSEC ou top5 qui ne trouvent simplement pas de boulot en France ou du moins pas interessant avec des opportunites de progression decevantes apres meme avoir eu des expériences intéressantes a l’etranger. Ne parlons pas de la finance car ceux qui y percent en sortant de ces ecoles sont des exceptions.

Et Em Lyon ou Grenoble ne peuvent pas concurrencer les grandes écoles anglaises ou suisses, des pays surpasse par un fort desequilibre entre l’offre et la demande d’emplois. Donc bon, oui pour la fusion mais cela ne va concretement rien changer pour la grande majorite des diplomes.
a écrit le 29/03/2016 à 15:53 :
Nous sommes dans un pays ou si cela continu il y aura pratiquement plus de strates de managers dans les entreprises que d'ouvriers.A ce sujet, j'aime la pub de france 3 en ce moment sur le monde ouvrier , début du programme ..23h30 !!
a écrit le 29/03/2016 à 14:01 :
Des fiançailles soit... Pour un mariage ça reste à voir! Les Grenoblois repoussent les avances du prétendant depuis quelques années déjà
a écrit le 29/03/2016 à 11:57 :
Ce rapprochement est une excellente nouvelle pour l'EM Lyon et GEM, pour Lyon et Grenoble,pour la Région Auvergne Rhône-Alpes, mais aussi pour la France.
Il reste à la concrétiser.
Enfin Lyon pourrait menacer Paris, comme le titre ironiquement le dernier numéro spécial Lyon du magazine Le Point !
Alain Renaud, ancien Professeur en Stratégie Internationale de l'EM Lyon, d'HEC Paris et de l'ESCP Europe, auteur de " Lyon, un destin pour une autre France ".
a écrit le 29/03/2016 à 10:37 :
Une belle initiative dont devrait s'inspirer d'autres ESC de Province, gouvernées par des amateurs, arc-boutés sur une vision passéiste et antique de ce que sont les écoles de management aujourd'hui, au point de faire des alliances, des fusions, entre colatérales, sans aucune complémentarité. Et de descendre, descendre, au fond des classements..sans jamais pouvoir remonter.

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