L'Institut franco-chinois, au coeur du business lyonnais en Chine

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Gérard Collomb et Bernard Thollin, président du conseil de surveillance d'EFI Automotive et mécène du nouvel Institut franco-chinois. Crédits : Maxime Hanssen
Gérard Collomb et Bernard Thollin, président du conseil de surveillance d'EFI Automotive et mécène du nouvel Institut franco-chinois. Crédits : Maxime Hanssen (Crédits : Maxime Hanssen)
En mars 2014, le président chinois Xi Jinping avait commencé son déplacement en France à Lyon, pour inaugurer le nouvel Institut franco-chinois. La structure a été ravivée pour favoriser le business entre les deux pays, sous le sceau de l'histoire, et de la culture. A Pékin, et partout en Chine, la délégation de la Métropole valorise au maximum ce dispositif.

C'est devenu un symbole, quasiment un argument commercial. La venue à Lyon du président chinois, en mars 2014, est toujours sur les lèvres de nombreux responsables lyonnais. Du sénateur-maire Gérard Collomb aux entreprises, la visite du Xi Jinping apparaît comme un accélérateur des relations commerciales entre les deux pays. Actuellement en déplacement dans l'Empire du Milieu, la délégation lyonnaise ne s'en prive pas pour le rappeler lors de ses différentes visites.

L' objectif économique de l'institut

A l'époque, le plus haut dignitaire chinois était venu inaugurer le nouvel Institut franco-chinois, fruit du souhait de la Métropole, de la Ville de Lyon et de l'Aderly de redonner vie à cette ancienne structure. Fondé en 1921 par Li Shizen, proche des milieux anarchistes et Paul Joubin, alors recteur de l'Université de Lyon, quelques mois seulement après la création du Parti communiste Chinois à Shanghai, l'Institut avait pour but d'accueillir des étudiants chinois. Cette renaissance conserve un fort caractère universitaire et culturel, mais la mission est désormais davantage axée business :

« L'objectif est de valoriser les relations économiques entre la Chine et Lyon », souligne Candice du Chayla, directrice de l'Institut.

La mise en lumière de la richesse des relations historiques entre la capitale rhônalpine et la Chine est la clef pour atteindre ce dessein.

 « Si vous voulez faire du business avec les acteurs économiques chinois, la confiance doit être plus large que le simple lien des affaires. Cela passe par la connaissance de l'autre », analyse Denis Santy, avocat-associé chez Adamas, un cabinet d'affaires présent en Chine depuis le début des années 1990.

Une visibilité pour les sociétés lyonnaises

« Le poids de l'histoire, du symbole, est très important dans l'inconscient chinois. Connaître leur culture, rappeler nos relations communes est un point d'accroche et d'ouverture avec leurs entreprises », renchérit Pierre Luzeau, président de Novacap, une entreprise spécialisée dans les produits intermédiaires chimiques à destination de la pharmacie et de la cosmétique, qui réalise 15 % de son chiffre d'affaires en Chine et emploie 900 salariés sur ce territoire.

D'importantes personnalités politiques chinoises sont passées sur les bancs du fort militaire de Saint-Irénée (Lyon 5e), où se déroulaient les cours jusque dans les années 70. Les visites de Xi Jinping, puis celles de nombreux ministres de son gouvernement ont donné une profonde légitimité à la nouvelle structure, rappelant le prestige des relations antérieures. Dans un pays où le statut du président/premier secrétaire du parti fait autorité, cette rencontre est une grande opportunité économique pour les entreprises partenaires de l'Institut.

« C'est une visibilité incroyable pour nos sociétés », assure Bernard Thollin, président du conseil de surveillance d'EFI Automotive.

Légitimité auprès des entreprises chinoises

Les entreprises initialement associées au projet ont justement intensifié leur implication dans l'entité depuis la visite du dirigeant communiste, à l'instar de Gattefossé. Implantée en Chine depuis le début des années 1990, spécialisée dans l'industrie cosmétique, cette entreprise avait été sélectionnée en 2014 par les services de la Métropole pour être présentée à Xi Jinping, aux côtés d'EFI Automotive et Serge Ferrari.

Lors de cette rencontre, la première dame chinoise, Peng Liyuan, une femme d'influence, s'intéresse publiquement aux produits de l'entreprise. Une publicité inimaginable qui donne une légitimité à la production.

« L'impact médiatique en Chine a été énorme. Nous avons décidé de capitaliser sur cet événement majeur en renforçant notre engagement. C'est pour cela que nous sommes devenus mécène-fondateur », explique Olivier Midler, directeur général de Gattefossé.

Comme la société installée à Saint-Priest, 13 entreprises françaises, ayant l'expérience de ce territoire, ainsi que des entreprises chinoises (Bank of China) souhaitant s'impliquer davantage en France-, jouent les ambassadeurs, non sans intérêt, contre une participation financière ou de compétences afin d'assurer le financement du budget annuel de l'ordre de 300 000 euros. « Les entrepreneurs ont conscience que cela facilite leur relation d'affaires », assure Candice du Chayla. « Contribuer à la création et à la programmation de ce lieu permet, pour les sociétés françaises, d'avoir une relation apaisée avec les autorités chinoises », complète Jacques de Chilly, directeur général adjoint de la Métropole en charge de l'économie et de l'international.

Un partenariat avec Yishu 8

Sur le terrain, cette mise en avant se confirme. Ce mardi à Beijing un important partenariat a été signé entre l'Institut franco-chinois de Lyon et la maison des arts Yishu 8, installée dans les bâtiments de l'ancien Institut sino-français de Pékin. Clin d'œil de l'histoire, lors de cette signature, le dirigeant de Novacap est venu accompagné des directeurs chinois de ses filières locales. « Cela permet de valoriser notre engagement et de faire parler de l'Institut en Chine », affirme-t-il.

Entre soutiens aux expositions d'arts, découvertes culinaires et projections cinématographiques, ces entreprises se retrouvent également au Nouvel Institut pour appréhender le marché chinois, sous la forme d'un club networking informel. « Cela permet aux membres de se rencontrer et d'échanger sur nos expériences et les problématiques de ce marché », avance Pierre Luzeau.

Cette stratégie menée des hautes sphères politiques jusqu'au dynamisme local donne des résultats. Gattefossé a ainsi décroché un contrat « très significatif pour le développement de notre entreprise avec un acteur économique chinois », confie Olivier Midler. Selon lui, sa structure n'était pas la mieux placée pour décrocher ce marché portant sur une application cosmétique pour bébé. Les Chinois estimaient le prix proposé par le Lyonnais trop élevé.

« Mais notre invitation à l'Institut a modifié leur regard. Ils ont réalisé l'importance des liens qui nous unissent et ont décidé de nous faire confiance. Ils payent certes plus cher, mais avec une qualité supérieure », souligne le directeur général de Gattefossé.

Ouverture à d'autres partenaires

Pour continuer à surfer sur cette dynamique, l'Institut accélère son développement. En souhaitant s'ouvrir à d'autres grandes entreprises comme E&Y, actuellement en négociations. Mais aussi aux startups « désirant adhérer ». Le développement passe également par la structuration.

« Nous allons effectuer des travaux d'agrandissement, d'un budget de 300 000 euros, afin de proposer au premier étage un véritable business center », dévoile Candice du Chayla.

La structuration n'est pas qu'architecturale. Elle est aussi organisationnelle. Le "Only Lyon Business club China" sera intégré à l'Institut. Il se réunira tous les deux mois. Une commission stratégique entreprise devrait également être créée. « Attention que cela ne devienne pas bureaucratique », prévient cependant Olivier Midler.

Enfin, le président de l'association sera élu le 7 septembre prochain. Thierry de la Tour d'Artaise, PDG de Seb a été sélectionné. « Ce groupe, porté par cet homme, a une histoire importante en Chine. C'est un symbole fort pour le rayonnement de l'Institut », estime Denis Santi. De quoi contribuer à la réduction du déficit commercial entre la France et la Chine, qui s'élevait en 2012, à 26 milliards d'euros.

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Commentaires
a écrit le 23/06/2015 à 22:18 :
interessé de savoir quelles actions concrètes sur Shanghai ou je serai basé au 1 Septembre avec mon épouse.

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