Hewlett-Packard : pourquoi l'Isère redoute de nouvelles suppressions d'emplois

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(Crédits : Reuters)
Quelques mois après l’annonce de sa séparation en deux entités (HP Ink et HP Enterprise), le géant américain de l'informatique Hewlett-Packard a annoncé il y a quelques jours la suppression de 25 000 à 30 000 emplois au niveau mondial, soit près de 10% de ses effectifs. A Eybens, près de Grenoble, les syndicats craignent pour l’emploi après avoir connu une vague de plusieurs plans de restructuration.

Créé en 1971 à Eybens, le site HP d'Eybens, près de Grenoble, est une entité historique pour le groupe. Avec près de 1 450 salariés d'après les syndicats, sur près de 1 750 employés en Isère, ce site regroupe à la fois des salariés œuvrant pour la nouvelle division Ink (imprimantes, PC...) et Enterprise (services aux entreprises) de HP.

Six plans de restructuration depuis 2001

Si le temps où Eybens représentait le premier site français du groupe n'est pas si loin, le site a connu depuis plusieurs années une succession de plans de restructuration qui ont fait chuter ses effectifs. "Il s'agissait de l'un des sites de fabrication et de recherche de HP à l'origine, alors qu'aujourd'hui, nous ne sommes plus vraiment sur de la fabrication", annonce Géraldine Mercier Dalle, déléguée syndicale centrale CFDT, qui explique qu'Eybens regroupe désormais des activités de suivi de la supply chain et de suivi des commandes, avec des profils techniques ayant vocation à couvrir la région EMEA (Europe, Moyen Orient, Afrique), ainsi que des forces de vente pour la France.

"Nous avons connu des plans en 2001, 2003, 2006, 2009, 2012, 2014 et aujourd'hui nous sommes en attente", résume Christian Barsotti, délégué syndical national CGT pour HP.

Un esprit qui change

Car les syndicats redoutent désormais l'impact des 25 000 à 30 000 suppressions de postes annoncées au niveau mondial par la direction du groupe. Contactée, la direction France d'HP n'a pas souhaité avancer de chiffres. "On ne connaît pas encore la répartition. Des consultations vont se faire par plaques géographiques et par pays", a affirmé Alain Roche, chargé des communications pour HP.

Indépendamment de la scission, cela faisait plusieurs mois que les syndicats voyaient se profiler une réorganisation du département des services aux entreprises. "Si les 25 000 à 30 000 suppressions d'emplois représentent 10% des effectifs au niveau mondial, j'ai peur que cela représente plus que ça en France, même si cela pourrait se faire en plusieurs vagues", estime Géraldine Mercier Dalle, qui précise qu'"il y aura forcément des impacts à Grenoble comme à l'Isle-d'Abeau, l'autre site Isérois, où des salariés sont employés dans cette division, même si la direction française n'a annoncé aucun chiffre et aucun calendrier".

Guy Benoist, délégué syndical central CFTC HPCCF, craint cependant que les départs à venir ne s'inscrivent plus dans le même cadre qu'auparavant : "Les changements de loi récents font que les licenciements économiques peuvent être faits plus facilement, soit par refus de mutation, soit par des critères économiques qui ne sont pas atteints". Selon lui, la visite du PDG d'HP Gérald Karsenti sur le site d'HP Eybens ce mardi 22 septembre renforce la crainte que les plans sociaux puissent être externalisés, "à travers la vente de certains services à d'autres entreprises qui se chargeraient ensuite des licenciements".

Des sièges basés à l'étranger

Pour les représentants CGT, le danger réside dans le fait que les salariés d'Eybens et l'Isle- d'Abeau sont désormais rattachés à des divisions dont les sièges sont basés à l'étranger.

"Une grande partie des salariés ont des zones de couvertures s'étendant à l'Europe et au Moyen-Orient. En travaillant avec des clients mondiaux et des équipes mondiales, leur ancrage n'est pas directement lié au territoire, l'exception d'un datacenter présent sur chaque site mais exploité par des sous-traitants", soulignent-ils.

Reste que pour la déléguée CFDT Géraldine Mercier Dalle, Eybens est un site historique, qui regroupe des compétences que l'on ne trouve pas forcément ailleurs et qui sont suffisamment nombreuses pour générer une masse critique. "Mais la pertinence (de rester ici, ndlr) pourra être remise en cause à partir du moment où l'on sera moins nombreux", prévient-elle.

Une scission qui interroge

Pour la CGT, qui perçoit la division de HP comme "une stratégie de saucissonnage et d'actionnariat", la dissolution du comité central d'entreprise européen, qui existait lors des précédents plans de départs, "accentuerait le flou". "Nous sommes dans une situation d'attente face une annonce mondiale de ce qui pourrait potentiellement arriver jusqu'à nos portes", résume Christian Barsotti. Il rappelle que jusqu'ici, la croissance était dopée par des acquisitions externes qui laissaient craindre par nature des restructurations : "Alors que là, la question avec une telle scission ne se posait pas du tout".

Entrée en vigueur depuis début septembre sur le site grenoblois, cette division en deux entités chez HP n'a pas suscité de remous mais interroge, la direction ayant choisi de conserver dans la majorité des cas les bâtiments existants, en vue de les diviser.

"Il y a des aspects symboliques comme la construction de murs de séparation, de façon à séparer les deux populations. Pour l'instant, il n'y a pas de serrures aux portes, mais il y a des endroits où l'on ne pourra plus circuler demain alors qu'il y a quelques mois, la direction disait encore que notre force était de ne pas fractionner notre offre", se souvient Christian Barsotti.

Outre les changements informatiques et le déménagement d'une partie des bureaux du personnel en vue de les regrouper par pôles, c'est aussi l'esprit de l'entreprise qui aurait été touchée par cette nouvelle réorganisation. "L'annonce de la scission a été difficile, car cela faisait partie des valeurs et de l'esprit de l'entreprise pour les salariés", estime Géraldine Mercier Dalle.

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a écrit le 20/06/2017 à 19:18 :
Il est navrant qu'une société d'une telle envergure pense à licencier.
Marque solide, produits fiable dans la durée ; comment ferons les utilisateurs pour les pièces (remplacement) ce n'est pas par internet marché parallèle qui profite de la notoriété hewlett-Packard que nous clients trouverons la solution pour retrouver des pièces d'origine, fiables de bonnes connexions. Un exemple de ce jour pour la Haute Direction : j'ai commander sur internet étant en fauteuil roulant une batterie pour HP PAVILION dv6 BATTERIE Inadaptée, ne se chargent pas, achat 45 E TTC, retour à l'envoyeur en colissimo 8,60 E, temps perdu entre recherche sur net revendeurs, étude de prix, sécurité du produit, demande aide extérieure pour me conduire au centre de tri postale, dépenses essence et véhicule, tâches non exécutées, dépendance d'autrui compte-tenu de mon handicap physique, cela vaut bien des petites mains Françaises ? D'autant plus, que je ne serai remboursée qu'après réception du colis... Retraitée depuis peu, c'est désespérant de voir la France s'écroulée considérant que sa main-d'oeuvre est ultime qualifiée. SL.
a écrit le 20/06/2017 à 19:17 :
Il est navrant qu'une société d'une telle envergure pense à licencier.
Marque solide, produits fiable dans la durée ; comment ferons les utilisateurs pour les pièces (remplacement) ce n'est pas par internet marché parallèle qui profite de la notoriété hewlett-Packard que nous clients trouverons la solution pour retrouver des pièces d'origine, fiables de bonnes connexions. Un exemple de ce jour pour la Haute Direction : j'ai commander sur internet étant en fauteuil roulant une batterie pour HP PAVILION dv6 BATTERIE Inadaptée, ne se chargent pas, achat 45 E TTC, retour à l'envoyeur en colissimo 8,60 E, temps perdu entre recherche sur net revendeurs, étude de prix, sécurité du produit, demande aide extérieure pour me conduire au centre de tri postale, dépenses essence et véhicule, tâches non exécutées, dépendance d'autrui compte-tenu de mon handicap physique, cela vaut bien des petites mains Françaises ? D'autant plus, que je ne serai remboursée qu'après réception du colis... Retraitée depuis peu, c'est désespérant de voir la France s'écroulée considérant que sa main-d'oeuvre est ultime qualifiée. SL.
a écrit le 21/09/2015 à 18:32 :
Bonsoir.
Je travaille chez HP sur le site de Grenoble. Si ce qu'annonce la CGT est réaliste (et je ne suis pas adhérent syndical) et cohérent dans l'ensemble, le discours approximatif de la déléguée CFDT est déconcertant et encore une fois démontre que ce syndicat minoritaire est prêt à tout pour se faire redorer le blason, y compris de raconter des bêtises pour se faire bien voir de la Direction.

A bon entendeur....
Réponse de le 20/06/2017 à 20:19 :
Le travail est le nerf de la guerre et les syndicats des petites souris qui donnent l'impression de négocier, mais attention, ne vous déplaise
Cher ETAT Français, si toutefois, celui-ci ne marche pas dans le sillon des Patrons, le système s'enraille. Pot de terre contre pot de fer.
Et attention à l'économie,
surtout en ce moment, un chèque en blanc à été signé.
Que faire ? le dos rond, subsister pour survivre.
En 1973, lors de mes début dans la vie active, nous devions accepter tous postes, intérim de 8 jours et inlassablement rechercher une mission, jamais de contrats fixe, et qui plus est nous avons subis le choc pétrolier de 1974, notre Président était Monsieur Giscard d'Estaing sorti des Hautes et Grandes écoles mais avec une expérience de terrain?
Gestionnaire certes il l'était.
Nous n'avions pas systématiquement le chômage car une duré de travail continu nous était imposée. Et pour une courte durée., pas de chômage.
Ce qui ne m'a pas empêchée de partir du bas de l'échelle,
travail à la chaîne et finir comme dirigeante de ma propre entreprise dans le Bâtiment,
gérant une équipe masculine, réalisant des marché nationaux, EDF,
LE CERN à GENEVE (suisse), etc.
Enfin, courage, accrochez-vous tous. Solidarité Exige.
Et pugnacité oblige. A bientôt, je pense à vous tous et vous soutient moralement, puisque en retraite au 1° Juin de cette année,
avec un petit smic et encrore une CSG et Rds.
a écrit le 21/09/2015 à 18:06 :
Comme Louis Pradel l'apprit à nos dépens, nous avons plus besoin de centres de décision que de directions régionales...

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