"Le nouveau statut de Grenoble EM donne de l'autonomie, pas de l'instabilité"

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(Crédits : DR)
Depuis le 1er juillet dernier, Grenoble Ecole de Management (GEM) est désormais passée sous le statut EESC. Quelles sont les implications de ce changement, et la vision de l'école sur le marché de l'enseignement supérieur devenu ultra-concurrentiel ? Jean-François Fiorina, directeur général adjoint de Grenoble Ecole de Management, dévoile les objectifs de cette nouvelle structure.

Acteurs de l'économie - La Tribune. Pourquoi avoir choisi de changer de statut ?

Jean-François Fiorina. L'objectif de ce nouveau statut d'établissement d'enseignement supérieur consulaire (EESC) est de donner de l'autonomie aux écoles, dans le cadre de la réforme des chambres de commerce. Car jusqu'à présent, nous n'avions pas d'existence juridique spécifique.

Le législateur a cependant mis des règles : la CCI doit conserver au moins 51 % des parts, tandis que les autres actionnaires ne doivent pas posséder plus de 17 % chacun, et n'ont pas le droit de recevoir des dividendes. L'objectif étant de donner de l'autonomie, mais pas de susciter de l'instabilité.

C'est avant tout une question de moyens financiers...

On fonde beaucoup d'espoirs sur ce nouveau statut, face à une accélération de la mondialisation de l'enseignement supérieur, avec de plus en plus d'étudiants qui vont vers les institutions étrangères comme HEC Montréal ou l'EPFL de Lausanne.

Il faut que nos écoles aient les moyens de combattre cette concurrence, sinon, on aura encore de plus en plus de départs à l'étranger. Aujourd'hui, les étudiants ne recherchent pas en priorité un territoire, mais un établissement.

Quelle est la nature de votre actionnariat depuis le 1er juillet dernier ?

Pour l'instant, nous avons encore 99 % de l'actionnariat détenu par la CCI, et 1% de la CCI régionale. Nous essayons déjà d'installer cet EESC, de définir les modes de gestion et de fonctionnement, pour réfléchir à l'arrivée d'autres acteurs soit par une augmentation de capital, soit par la vente de parts.

Cette compétition internationale entraîne des besoins de financement importants. On peut les adresser en faisant entrer des entreprises au capital, ou en faisant des emprunts pour financer des projets sur le long terme.

Quels sont les impacts sur la gouvernance ? Vers quel modèle existant pouvez-vous tourner ?

Il y a un fonctionnement et des règles à définir, et notamment une gouvernance. Il faut mettre en place un conseil d'administration, alors que nous avions jusqu'ici un conseil d'orientation. Les responsabilités des membres ne sont pas les mêmes.

Le premier établissement à être passé sous ce statut est HEC. Dijon l'a aussi fait au cours de l'été. Deux ou trois écoles sont aujourd'hui en réflexion, ainsi que des établissements qui ne sont pas spécialisés dans le management, comme l'école de Design de Bayonne.

Quelles seront les conséquences de ce nouveau statut sur votre gestion des ressources humaines ?

L'aspect RH doit être entièrement redéfini, à commencer par le statut des salariés, les contrats, la politique RH... Il faudra au moins deux ans pour mener ce travail à bien. Mais les collaborateurs déjà embauchés auront le choix de conserver leur statut actuel durant 15 ans, ou bien de changer de statut. Les nouveaux collaborateurs auront cependant automatiquement un nouveau statut, avec un contrat de droit privé.

Comment ce nouveau statut peut-il encore améliorer la compétitivité de GEM ?

Nous aurons plus d'autonomie et de liberté pour recruter, y compris dans la gestion RH avec davantage d'instruments de valorisation ou de sanction, que l'on n'avait pas auparavant. Cela nous permettra de nous développer de manière plus exponentielle et plus rapide en facilitant les partenariats avec les entreprises. Aujourd'hui, nous avons déjà plus d'une centaine de partenariats forts avec des entreprises, et près de 400 partenariats académiques en France et à l'étranger.

Alors que GEM et emlyon ont annoncé leurs fiançailles, dans quelle logique s'inscrit ce changement de statut par rapport à ce rapprochement ?

Plus globalement, nous poursuivons les discussions autour d'une alliance avec nos amis lyonnais, afin de voir ce que l'on va mutualiser et faire ensemble. L'objectif est d'aller plus vite, mais tout en gardant nos marques, un peu sur le modèle de Renault Nissan.

Lire aussi : Alliance EMLYON - Grenoble EM : "Notre modèle ? Air France KLM ou Renault Nissan"

Il s'agit d'un projet d'alliance et non d'une fusion. Nous regardons par exemple ce que l'on peut faire en commun dans la préparation et le back-office, après avoir proposé un premier PhD en commun.

GEM est également de plus en plus tournée vers l'international...

Nous ouvrons un campus à Berlin, pour l'instant à destination d'un groupe de MBA et MIB, en partenariat avec un prestataire sur place. Nous aimerions ensuite faire monter ce site en puissance, car Berlin est un hub intéressant pour nous. Nous possédons déjà des antennes à Paris, Londres, Casablanca, Singapour. A chaque fois, on le fait avec un prestataire qui assure la logistique. Mais notre but est bien de développer ces campus dans les villes où nous avons beaucoup d'anciens, afin de développer les activités avec les entreprises et nos anciens élèves.

GEM en chiffres :
60 millions d'euros de budget annuel
7 000 étudiants
480 permanents et 600 vacataires

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