L'université Lyon 3 vote contre le projet Idex

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(Crédits : Université Lyon 3)
Nouveau coup de théâtre dans le projet de candidature de l'Université de Lyon (UdL) au label d'excellence Idex. Lors d'un conseil d'administration ce lundi, l'université Jean Moulin Lyon 3 a décidé de ne pas se joindre à la candidature commune. Une décision qui fragilise le président Jacques Comby au sein de cette établissement - il demandera un vote de confiance en décembre et pourrait se retirer si elle n'est pas renouvelée - et qui pourrait impacter négativement la candidature de l'UdL. En attendant le vote -crucial- de Lyon 2, ce vendredi.

Article publié le 23/11/16 à 10:40. Actualisé le 23/11/16 à 19:47

"Sonné" ; "sentiment d'échec" ; "déception ; "une grave erreur". Voilà l'état d'esprit de Jacques Comby après le vote, lundi soir, du conseil d'administration de l'Université Jean Moulin Lyon 3 qu'il préside. La structure d'enseignement supérieur a rejeté à 18 voix contre 16 l'idée d'être partie intégrante de la candidature de l'Université de Lyon - dans ces conditions - pour l'obtention du label Idex.

Un label d'excellence (qui ouvre à des financements supplémentaires dédiés à la recherche de l'ordre de 30 millions d'euros) après lequel l'Université de Lyon court depuis plusieurs années, et dont la troisième tentative actuellement à l'oeuvre - le dépôt définitif de candidature est pour le 29 novembre - doit faire face, depuis plusieurs mois déjà, à de nombreuses complications.

"Erreur d'interprétation"

Dès septembre 2016, Acteurs de l'économie - La Tribune révélait les désaccords à l'oeuvre à Lyon 3, qui portaient notamment sur les conditions de naissance de l'Université intégrée, une composition vers laquelle la Comue de l'Université de Lyon (UdL) doit tendre pour satisfaire le jury. Un accord avait été trouvé fin septembre : il prévoyait de construire un grand ensemble dit "intégré" dont le modèle juridique était encore à préciser. Si à terme, l'idée de la perte d'autonomie morale des établissements était avancée, rien n'aurait été décidé concrètement avant 2019, pour une mise en pratique en 2020, assurait le comité de pilotage de l'UdL.

Mais pour plusieurs composantes de Lyon 3, in fine la majorité au conseil d'administration - faculté de droit (3 voix), représentation étudiante (6 voix), personnels, enseignants-chercheurs-, les prémices du modèle dessiné par l'accord étaient déjà trop engageants.

"Je respecte le choix du conseil d'administration. Mais je suis persuadé qu'il s'est trompé, notamment à travers une mauvaise interprétation de la situation. Ce vote ne signifiait pas une fusion des établissements ou une perte immédiate de la personnalité morale de l'université Lyon 3. Le dépôt du dossier nous laissait, au contraire, deux ans pour construire le modèle", analyse Jacques Comby.

Une vision qui n'est pas partagée par Franck Marmoz, doyen de la Faculté de droit de Lyon 3. "Nous avons découvert que le projet de fusion allait s'accélérer au mois de juillet, et non pas dans les deux ans. Soit le dossier était mal préparé et il y a eu incompétence, soit il y a eu des non-dits au sein de l'Université de Lyon", assure-t-il.

Et de compléter :

"Nous ne sommes pas contre l'idée de l'Idex, qui est une belle idée, mais contre celle du projet final, c'est-à-dire la fusion des établissements, dans ces conditions. L'UdL s'intéresse à la méthode avait même le projet en lui même. Notre refus dénonce le fait qu'une partie des membres de l'UdL promet au jury de l'Idex une fusion, alors qu'en réalité, il n'y a aucune certitude qu'elle se réalisera. On ne peut pas prendre les deniers de l'Idex et le label sans tenir nos engagements, assure-t-il.

Rejet étudiant

Sur le fond, Franck Marmoz questionne l'efficacité du label Idex pour la faculté de droit où la recherche "est marginale", et plus globalement, n'est pas en accord avec les arguments avancés estimant que ce label permettrait une plus grande visibilité de l'offre de formation et donnerait une plus grande exposition - particulièrement à la faculté qu'il dirige -, dans les classements internationaux.

Les représentants des étudiants visent également l'Université de Lyon et "sa méthode qui nous laisse pantois, proposant qu'une infime place à la démocratie universitaire", dénoncent Kévin Viricel et Baptiste Mougeot, vice-présidents Etudiants de de Lyon 3. "Aucune discussions avec les étudiants, au sein de l'UdL, n'ont été possibles. Les représentants étudiants n'ont même pas accès au Bureau", assurent-ils.

Au delà de la méthode, ils reprochent au projet Idex qu'il n'aborde pas les questions qui touchent directement les étudiants, à savoir celles de la professionnalisation des diplômes ou des conditions de vie étudiante.

 Jacques Comby pourrait se "retirer"

Désormais, Lyon 3 se retrouve, selon Jacques Comby, dans une situation floue. Si la structure reste mécaniquement dans la Comue de l'Université de Lyon - la loi oblige les établissements d'enseignement supérieur à y être membre - elle n'est "plus maître de son avenir". "Je travaille sur les conséquences concrètes d'une telle décision", explique le président.

Mais pourra-t-il rester à la tête de Lyon III, en dépit de sa réélection il y a quelques mois lors d'un plébiscite, alors qu'il s'était engagé vers l'option d'une université intégrée, "estimant que c'était le bon modèle" ? "C'est un rejet de mes propositions. C'est un échec pour moi et j'en assume la responsabilité".  "Suis-je toujours celui qu'il faut pour l'université lyon III ?" se questionne même le président. Jacques Comby sollicitera ainsi, lors d'un prochain conseil d'administration en décembre, un vote de confiance.

"Si le CA ne m'accorde pas de nouveau sa confiance, je me retirerai", lâche-t-il. "Il faut être en cohérence avec ce qui vient de se passer."

Pour le doyen de la faculté de droit Franck Marmoz , ce n'est pas "l'échec d'un homme, mais celui d'un projet. Notre vote de lundi n'est pas un vote de défiance contre le président Comby, qui a notamment fait preuve d'une grande transparence dans le dossier Idex. Jacques Comby garde toute ma confiance pour diriger cette université, même si sa position est fragilisée suite au vote."

La candidature de l'UdL compromise ?

Au-delà des soubresauts internes que cette décision engendre, elle pourrait bien avoir des répercussions plus importantes. Le retrait de Lyon 3 peut-il compromettre les chances de l'Université de Lyon pour obtenir ce fameux label ? "Je pense qu'il est possible de faire l'Idex sans Lyon 3, même si sa capacité d'innovation aurait été utile à la candidature", estime Jacques Comby.

"Faire voter le conseil d'administration - alors que  ce scrutin n'était pas obligatoire - et en plus avant le dépôt de la candidature officielle", permettait d'éviter de mettre l'Université de Lyon dans une "situation impossible", poursuit le président.

Reste désormais à savoir quelles seront les positions des autres membres de l'Université de Lyon. Si des établissements comme Lyon 1 devraient voter sans problème cette décision, d'autres, à l'instar de Lyon 2, pourraient également refuser l'idée d'une université intégrée. Et si cette possibilité se réalise, ça serait un nouveau coup dur pour la candidature lyonnaise, qui doit passer l'oral devant le jury en février, avant une réponse définitive quelques semaines plus tard.

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Commentaires
a écrit le 24/11/2016 à 10:30 :
Gosciny est immortel ...
Quant aux étudiants et aux chercheurs, qu'ils se débrouillent.

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