Le réseau APM ou l'art de cultiver l'excellence

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(Crédits : Laurent Cerino/ADE)
Sous l'impulsion de son président, le Lyonnais Christian Barqui, l'Association progrès du management (APM) aspire à sortir de l'ombre. Une vraie révolution pour ce mouvement international de 7 500 dirigeants qui s'est construit en marge de toutes interventions publiques. Ni lieu de pouvoir, ni club d'affaires, l'APM s'apparente davantage à un cercle de réflexion sur la condition des dirigeants tout en s'ouvrant au monde extérieur. Et prétend faire évoluer, sinon les pratiques, au moins l'état d'esprit de ses membres.

Château des Broyers, à La Chapelle-de-Guinchay. En cette fin novembre 2016, à mi-chemin entre Mâcon, Lyon et Bourg-en-Bresse, 150 dirigeants et chefs d'entreprise membres de l'Association progrès du management (APM) sont réunis pour un "interclub". Une journée de rencontre régionale entre tous les clubs APM du secteur. L'ambiance est bon enfant, presque festive, malgré l'intensité des sujets abordés.

Au menu : des interventions régulières de l'expert en neurosciences Pierre-Marie Lledo, grand spécialiste français du cerveau, qui distille, non sans humour, mais avec un certain sens de la vulgarisation, ses dernières découvertes sur le cerveau, tout en dressant un parallèle entre architecture cérébrale et performances. "S'ouvrir au changement reste une attitude mentale", martèle le professeur à l'assistance. D'autres ateliers, aussi divers qu'inédits, ponctuent la journée. Une intervention "Impact du mental", animée par Philippe Leclair, ancien sportif international de cross, qui s'appuie sur les techniques d'entraînement des sportifs de haut niveau. Ou un atelier animé par Hamou Bouakkaz, ancien adjoint au maire de Paris, aveugle de naissance, et qui propose aux auditeurs de s'installer, les yeux bandés, autour d'une table. Après deux minutes d'un silence total suivent cinq minutes d'échanges.

"C'est une sacrée expérience ! Écouter les yeux bandés, c'est bien mieux qu'entendre. Je vais tester le principe lors de notre prochain comité de direction, glisse Christian Barqui, président de l'APM depuis trois ans et directeur général de Florette France GMS. Si c'est bénéfique, je le soumettrai ensuite aux RH pour l'appliquer dans certaines réunions d'équipes."

Micro-club

Cette journée marathon est le reflet du fonctionnement des 370 clubs APM de France. L'association est aujourd'hui implantée dans 27 pays. Le principe : réunir, une fois par mois, 25 dirigeants et chefs d'entreprise - maximum - autour d'une thématique pointue présentée par l'un des 350 experts repérés et sélectionnés par la "Maison APM", siège de l'association, basé à Paris. Quand un club est complet, les potentiels adhérents sont mis sur liste d'attente jusqu'à obtenir un nombre significatif pour démarrer.

"À partir d'un petit noyau dur, nous avons procédé aux cooptations nécessaires pour former un groupe. Nous avons finalement ouvert avec 10 personnes. Aujourd'hui, nous sommes complets", souligne Jean-François Berthier, président du GIE Axite développement, gestionnaire de deux agences d'immobilier d'entreprise, et président du jeune club Annecy-Aravis.

APM

Crédits : Laurent Cerino/ADE

Avec ce 4e club, l'APM renforce son maillage savoyard (sept clubs sur les deux Savoie, entre 150 à 180 membres) sur un territoire qui compte l'un des tout premiers clubs APM de France. "Il est essentiellement composé de membres issus du secteur industriel alors que le nôtre est beaucoup plus mixte", affirme-t-il, persuadé qu'il y a encore des besoins du côté d'Annemasse et du Chablais. Un développement à l'opportunité qui explique la présence, plus ou moins forte, de l'APM dans les régions. C'est ainsi que Toulouse (6e agglomération française) abrite seulement trois clubs quand La-Roche-sur-Yon en compte six, et que Lille et ses 24 clubs dépassent largement les 15 de Lyon et de sa périphérie (une quarantaine de clubs en Auvergne-Rhône-Alpes).

Même démarche pour le développement à l'international. "Notre objectif reste d'ouvrir plusieurs clubs dans un seul pays pour fonctionner comme un cluster plutôt que de multiplier les implantations", explique Stéphane André, directeur général de l'APM depuis 10 ans. Autres particularités à l'étranger : ouvert à tous les dirigeants francophones, la langue officielle d'échange devient le français, quelle que soit la langue du pays, une fois la séance ouverte. Avant même de s'expatrier en Suisse, Frank Blanpain, directeur général de SRS (Swiss Recycling Services), membre APM à Bordeaux depuis sept ans, s'assure qu'il existe bien un club près de son nouveau lieu de travail. À peine arrivé, il s'inscrit à Lausanne.

"Ce type de club est peu développé en Suisse où la culture de la confidentialité est très ancrée. À l'APM, nous parlons français, mais nous ne sommes pas tous de nationalité française. Du coup, les codes, comme la ponctualité ou les taux de présence, et les approches sont différents : les Suisses sont très pragmatiques et attendent des solutions en forme d'outils. Ils sont moins théoriques qu'en France", témoigne encore Franck Blanpain, président du club APM Lausanne depuis septembre 2016.

Christian Barqui

Christian Barqui, president du reseau APM et de la societe Florette. Crédits : LC/ADE

L'expert

Tous travaillent sur les fondamentaux de l'APM. "Nous sommes persuadés que le progrès de l'entreprise passe par son dirigeant en lui permettant de se poser des questions. Il doit garder de grandes ambitions pour son entreprise tout en restant humble", rappelle Stéphane André. Cette remise en question passe par le suivi d'un programme de formations à la carte imaginé par chaque club. Il est dispensé par 350 experts de "haut niveau" lors de neuf séances. Seul le programme de la première année de création du club est imposé pour insuffler la bonne dynamique. "On pourrait associer cette première période à un passage initiatique", commente Jean-François Berthier.

Neurobiologistes, anciens sportifs, philosophes, consultants, chefs d'orchestre, professeurs, prêtres... la liste des profils est longue et éclectique. Principalement basés en région parisienne, quelques experts régionaux et internationaux figurent néanmoins au catalogue, à condition, pour ces derniers, de pouvoir s'exprimer aisément en français. "Nous recevons au moins 20 candidatures spontanées par semaine. Pour les repérer, nous comptons aussi sur la recommandation du réseau. Tous sont passés au crible par notre comité de sélection", poursuit le directeur général.

Et pour durer, l'expert est évalué à la fin de chacune de ses interventions. Sa note compte dans sa moyenne qui doit se maintenir autour de 4,2 sur 5. En dessous de 3,8, il n'est plus sollicité.

"On vise l'excellence, justifie Christian Barqui. Mais les notations sont bienveillantes. Nous comptons sur les animateurs pour rester vigilants et recadrer l'expert si besoin."

Un système qui semble convenir aux intervenants, davantage présents par conviction - certains étant largement mieux rémunérés par les entreprises qu'ils accompagnent. "La note me garde petit, en m'obligeant à donner le meilleur. Aussi professionnel que l'on soit, ce n'est pas évident de garantir une qualité permanente. La vigilance du réseau permet de rester en alerte", indique Denis Cocquet, fondateur d'Arkenaos. Basé dans les environs de Lyon, le conférencier, spécialiste de l'accompagnement individuel des dirigeants, est déjà intervenu dans près de 200 clubs, de Lyon jusqu'au Vietnam, en passant par Bangkok ou Budapest.

APM

Crédits : LC/ADE

Réflexion

C'est incontestablement cet accès aux experts pour un coût souvent jugé raisonnable (adhésion annuelle de 3 500 euros et 4 500 euros à l'international, déductible du budget formation pour la France) qui explique la longévité de l'association, malgré sa discrétion et celle de ses membres. Et ce, nonobstant quelques voix qui s'élèvent contre une forme de "starification" de l'expert. "Il y a encore une dizaine d'années, on venait surtout écouter. Aujourd'hui, la tendance est à l'échange et nous restons vigilants dans les retours", reconnaît Stéphane André.

Même analyse du côté des experts. "Après une période de flottement, on sent un souffle nouveau, souligne Clémence Peix Lavallée, expert scientifique en gestion du stress et SQVT. La modélisation fixe de l'intervention n'existe pas. On n'emprunte pas un dogme, mais un chemin vers la recherche."

La posture intellectuelle reste l'autre intérêt constant pour l'APM. Ces personnalités fortes et exigeantes, avides de savoir, considèrent le club comme un "objet de ressourcement", formule qu'utilise Marc Philibert, président des Transports Philibert, membre depuis le début de l'aventure. Et d'ajouter : "Je repars toujours avec quelque chose après chaque séance. Même s'il n'est pas facile de s'extraire du quotidien, il est intéressant de revenir sur son travail. Toute cette culture générale acquise m'a donné du relief."

Ressources pédagogiques, travail sur soi et sur le management, mais aussi rencontres, amitiés et entraide caractérisent l'association. "J'ai connu des clubs qui tenaient à bout de bras des dirigeants en situation extrême, se souvient Denis Cocquet, une situation rendue possible par ce cadre particulier. C'est un vrai espace de liberté d'être et d'expression doté d'un fort crédit confiance où le dirigeant ose dire des choses." Dans les clubs se côtoient entrepreneurs à succès et d'autres plus modestes. "Cela a quelque chose de touchant et de bienveillant : la position n'entre pas en ligne de compte dans le rapport aux autres", confirme Marie Content, directrice générale de e-mutuelle.fr et présidente du Club Lyon Nouveau.

"Nul ne vient ici pour faire des affaires, ni pour tirer, dans l'ombre, les ficelles du pouvoir. Mais l'ouverture reste parfois consensuelle, voire superficielle, et n'introduit pas un vrai processus de changement », tempère un ancien expert, qui est longtemps intervenu à l'APM. D'ailleurs, celui ou celle qui y viendrait avec ces idées "s'auto-exclurait d'office", prévient Christian Barqui.

Habemus president

Au quotidien, les clubs locaux sont animés par un duo président (élu, bénévole)/animateur (prestataire pour l'APM, deux jours par mois). Ce sont souvent des coachs ou des consultants, recrutés pour leur capacité à fédérer et à animer des équipes. « Le président est le gardien des valeurs, tandis que l'animateur est l'âme du club », analyse Clémence Peix Lavallée, auteure du livre Bien dormir sans médicament (éditions Odile Jacob) et experte APM depuis sept ans en gestion des énergies dans la performance.
Originalité imposée par le fondateur en 1987 de l'APM, Pierre Belon - le créateur du groupe Sodexo -, toutes les élections se déroulent sur le principe de la désignation par les pairs, à l'image d'une élection papale. « Du président de club au président de l'APM, nous sommes élus sur la base d'une élection qui ne comporte ni candidat ni programme. C'est la personne, estimée capable de mener une présidence, qui est élue. Elle doit juste afficher un taux de présence d'au moins 80 % », explique Christian Barqui. À l'exception des 12 membres du conseil d'administration, élus après une présentation par vidéos, par vote électronique par l'ensemble des 7 500 adhérents.
Rajeunissement
Élu une première fois en juillet 2014, puis réélu pour un second mandat jusqu'au 30 juin 2018, Christian Barqui entend faire connaître l'APM, notamment à l'international - avec l'Afrique, longtemps sous dotée, en ligne de mire. Dans les prochaines semaines, l'APM ouvrira des clubs au Maroc, en Algérie, en Tunisie puis poursuivra avec Abidjan et Dakar. Car malgré un taux de croissance annuel régulier, le recrutement de nouveaux adhérents, uniquement possible par cooptation avec l'interdiction d'introduire un membre concurrent d'un autre, reste un sujet sensible. « Il faut trouver l'harmonie en cultivant la différence et rester vigilant sur les profils », résume Marie Content, directrice générale de e-mutuelle.fr et présidente du Club Lyon Nouveau. Pour aider ses présidents, la Maison a mis en place « une journée pour être président », une formation spécifiquement dédiée. « Ce n'est pas simple de recruter en Suisse pour un club français. Mais grâce à la formation, très utile, j'ai pris conscience de l'importance de mon rôle », souligne Frank Blanpain, directeur général de SRS.
L'heure est aussi au rajeunissement et à la féminisation des clubs. « En moyenne, nous restons sept ans même si certains sont là depuis l'origine ! Avec notre moyenne d'âge à 50 ans, il nous faut absolument introduire, dans chaque club, un jeune de moins de 35 ans en visant les startups. Nous sommes à 15 % de femmes en moyenne. Là encore, nous pouvons mieux faire », indique Christian Barqui. En commençant par donner l'exemple, en nommant un administrateur de 24 ans.

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Commentaires
a écrit le 22/02/2017 à 10:59 :
EXCELLENTE INITIATIVE.....BONNE REUSSITE ET BON VENT
LES IDEES CREATIVES N 'ONT PAS DE FRONTIERES....A PARTAGER SANS MODERATION POUR LE BIEN TOUS.
a écrit le 22/02/2017 à 9:21 :
Je suis intéressé depuis de longues années par le management en général et public en particulier. Je suis heureux d'intégrer ce réseau et surtout trouver une opportunité de m'inscrire à un institut ou école afin de suivre une formation diplômante à distance dans le domaine. Je suis camerounais résidant à Bangui pour des raisons professionnelles depuis 2016.

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