Séverine Le Loarne : "Les femmes apportent des modèles économiques novateurs"

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Pour Séverine Le Loarne, le renouveau économique passe par le femmes.
Pour Séverine Le Loarne, le renouveau économique passe par le femmes. (Crédits : Alexis Chézière)
"Les femmes ont une vision décalée. Elles vont apporter des idées différentes et par conséquent des modèles économiques novateurs." Telle est la vision de la spécialiste de l'entrepreneuriat féminin, Séverine Le Loarne, également professeur de management de l'innovation et management stratégique au sein de Grenoble École de management. Au sein de l'établissement, elle vient d'ouvrir une chaire nommée Femmes et Renouveau économique, en partenariat avec Les Pionnières, réseau d'incubateurs au féminin.

Acteurs de l'économie - La Tribune. Selon les dernières estimations, le taux de femmes entrepreneures serait de 30 %, alors même qu'elles représentent plus de 50 % de la population active. Partagez-vous ce constat ?

Séverine Le Loarne. Je ne suis pas dans l'opposition hommes contre femmes, même si je pense qu'elles ne sont pas assez représentées. À mon sens, les chiffres ne sont pas toujours fiables, mais il est vrai que la part officielle d'entrepreneuriat féminin est de 36 % environ. Une donnée à prendre au sens large, car elle comprend aussi le coaching ou les auto-entrepreneurs. Si nous prenons au sens strict la définition de l'entrepreneuriat, ce taux tombe à 10 ou 12 %.

Selon le laboratoire de l'égalité, dans la culture, à peine 20 % des femmes dirigent une entité culturelle, alors même qu'elles sont surreprésentées dans ce secteur.

Comment expliquer justement que les femmes soient si peu représentées en haut de la pyramide hiérarchique ?

Plusieurs éléments sont à prendre en considération. Parmi eux, le regard de la société sur les femmes. Celles-ci doivent être des superwomen, au risque d'être confrontées à un discours culpabilisant tel que "Vous ne pouvez pas venir chercher votre fils avant 18h30 ?"

Or, dans le même temps, dans leur vie salariée, on leur demande d'être présentes aux rendez-vous. Si elles se lancent dans l'entrepreneuriat, elles doivent souvent être en déplacement en dehors de leur région.

Toutes les femmes doivent-elles entreprendre à tout prix ?

Non, c'est se tromper de débat que d'affirmer cela. En revanche, je souhaite susciter des interrogations. Autrement dit, amener les femmes à se demander si elles peuvent entreprendre ou pas. Certaines sont d'excellentes intrapreneures.

Vous avez aussi une vision sociologique de l'entrepreneuriat féminin puisque vous évoquez notamment des notions de prédispositions ou de déterminisme social.

Cette position concerne aussi bien les hommes que les femmes. Mais, nous nous sommes rendu compte, au cours d'une étude, que les femmes entrepreneures sont généralement issues de familles d'entrepreneurs, aussi bien des médecins que des artisans.

Cela ne signifie pas qu'une fille de fonctionnaire ne peut pas réussir, mais que certaines choses sont apprises à la maison. Elles s'intègrent et s'imprègnent grâce au vécu des parents. Chez les femmes, c'est d'autant plus visible, car le père de famille aura un discours volontariste tel que "tu ne vas pas t'arrêter là, tu peux le faire".

Cette mentalité ne doit-elle pas, aussi, être transmise par l'école ?

L'éducation nationale ne le fait pas. Les professeurs ne sont pas tellement dans cette logique. Et une fois dans le supérieur, il est trop tard, la personnalité est déjà faite.

D'où la création d'une semaine de sensibilisation à l'entrepreneuriat féminin, du 7 au 12 mars, au cours de laquelle plusieurs personnes interviennent dans les collèges ou lycées. Une telle démarche a-t-elle une réelle portée ?

Bien entendu, mais elle est limitée, car cela n'a lieu qu'une fois, pendant une heure tout au plus. Alors, soit la personne vous touche, une alchimie se crée, soit il ne se passe rien.

Mais il faut laisser du temps à ce combat, ce n'est que la quatrième édition de cette semaine de sensibilisation. Or ces changements ne se réalisent pas en un claquement de doigts : c'est toute la société qui doit évoluer.

Pour l'instant, nous sommes au même point que dans les années 1980. Les blagues sur la jupe de Najat Vallaud-Belkacem sont les mêmes que celles adressées à Simone Veil.

Pourtant, ces dernières années les lignes bougent. Pour exemple, dans le numérique, secteur pourtant réputé masculin, de plus en plus de femmes se lancent.

Beaucoup de femmes contribuent aujourd'hui à ce renouveau économique, pas seulement dans le numérique. Il s'agit d'un mécanisme de survie. Dans les services publics ou les collectivités locales, les femmes sont actrices de ce changement, et essaient d'adapter ces mammouths. Elles se sont rendu compte qu'elles peuvent être un moteur.

Lire aussi : Numérique : où sont les femmes ?

Vous venez de créer la chaire FERE, hébergée au sein de Grenoble École de management. Quelle sera sa visée ?

Ce projet était en gestation depuis quelques années. La chaire Femmes et Renouveau économique, portée avec le réseau Les Pionnières, sera officiellement lancée ce jeudi 10 mars. L'idée est de promouvoir le renouveau économique par les femmes.

Mon combat ne s'exerce pas tant sur la parité que sur ce plaidoyer qu'est le renouveau. Pour exemple, nous pouvons citer STMicroelectronics à Grenoble. La situation économique n'y est pas des plus florissantes. Il faut donc faire en sorte que des personnes soient capables de redresser la barre et évidemment, de préférence, des femmes.

Je fais ici tout simplement référence à la théorie de Schumpeter sur la destruction créatrice : l'économie ne va pas bien, et nous avons donc besoin d'innover. Cela passe par une nouvelle forme d'emploi. Les femmes ont une vision décalée, elles vont apporter des idées différentes et, par conséquent, des modèles économiques novateurs.

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