E2V : deux capteurs embarqués sur la mission New Horizons

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(Crédits : DR)
Le groupe isérois e2v, spécialisé dans l’électronique pour les marchés de l’aérospatial et de la défense, a fourni deux capteurs d'imagerie embarqués dans le cadre de la mission New Horizons de la NASA. L'objectif ? Réaliser les premiers clichés en gros plan de la planète Pluton.

Lancée en janvier 2006, ce n'est que depuis quelques mois que la mission New Horizons, chargée d'examiner Pluton ainsi que d'autres objets du système plutonien glacial, a rejoint sa zone d'observation, située à plus de 4,8 milliards de kilomètres de la Terre.

Parmi les instruments embarqués, on retrouve deux capteurs d'imagerie fabriqués par e2v. Située dans la banlieue de Grenoble, son usine de Saint-Egrève (ex-site du groupe Thomson Atmail), regroupe près de 350 salariés, dont près de 200 ingénieurs et cadres.

Premiers clichés en gros plan de Pluton

Il s'agit du second site du groupe, qui compte au total 1 750 salariés pour un chiffre d'affaires de 300 M$ en 2014. Les deux capteurs fournis, nommés LORRI (Long Range Reconnaissance Imager) et Ralph, visent à réaliser les premiers clichés en gros plan de la planète Pluton. La NASA a d'ailleurs publié les derniers clichés de la planète naine et de sa lune Charon.

"On connaissait Pluton pour l'avoir observée par télescope, notamment lors de la mission Hubble pour laquelle e2v a aussi contribué, mais la sonde devait voir de plus près ce qu'il s'y passait", explique Jean-Charles Terrien, responsable de l'activité spatiale d'e2v.

Selon lui, la société iséroise a été retenue car elle se positionne parmi les leaders mondiaux du domaine de l'imagerie spatiale. A ce titre, elle a d'ailleurs déjà participé à une centaine de projets spatiaux, telles que Rosetta, Hubble ou Gaia. "Nous avons aussi beaucoup de programmes de défense notamment, sur lesquels nous ne pouvons pas communiquer pour des raisons de confidentialité", glisse Laurent Monge, directeur général d'e2v. La société travaille actuellement au développement de capteurs pour la prochaine mission ExoMars de l'Agence spatiale européenne (ESA) prévue sur Mars à compter de 2020.

Des années de voyage dans le froid

"Pour la mission New Horizons, on a mis deux capteurs pour faire des photos de haute résolution. Ces deux capteurs permettent de voir plusieurs longueurs d'onde en vue de reconstituer la couleur, tandis que les logiciels de traitement de l'image permettent ensuite de percevoir des détails très précis", explique Jean-Charles Terrien, qui rappelle que l'un des défis a été de fournir une très bonne qualité et fiabilité d'image, puisque ces capteurs doivent fonctionner durant des années de voyage dans un environnement glacé. Toutes les données captées par la sonde sont ensuite envoyées par radiofréquence via son antenne pour être traitées par des logiciels et des chercheurs.

Après être passée aux alentours du 14 juillet au plus près de Pluton, la sonde continue désormais son voyage et tente d'emmagasiner le plus de données possible dans la ceinture de Kuiper jusqu'à la fin de sa mission en 2025 afin de tenter de mieux comprendre la formation du système solaire.

Des contrats juteux

Si les deux capteurs embarqués ont été fabriqués dans les locaux londoniens d'e2v, ce n'était pas le cas des quatre instruments de Rosetta, dont la moitié provenait de Saint-Egrève. "il s'agit de contrats sur de longues périodes, car pour que la sonde puisse être lancée en 2006, nous avons commencé à travailler sur le projet dès 2000", rappelle Laurent Monge.

Si le montant de ce contrat n'a pas pu être détaillé, on sait que la mission New Horizons était dotée d'une enveloppe globale de 700M$. Laurent Monge rappelle quant à lui que "les contrats dans ce domaine peuvent osciller entre 500 000$ et 25 M$ pour les capteurs d'images".

Des marchés de niche

Historiquement tourné vers le militaire et le spatial, le site français d'e2v avait tenté d'élargir ses marchés, notamment avec l'automobile, avant de devoir opérer un recentrage sur l'aérospatial et la défense dans les années 2008, lors de la crise.

"Nous fournissons désormais des solutions électroniques adaptées pour des marchés de niche, que ce soit des imageurs et capteurs d'image ou des semi-conducteurs de haute fiabilité (convertisseurs analogiques et microprocesseurs pour les satellites de communication)", explique Laurent Monge. Selon lui, le marché du spatial enregistre une croissance de 6 à 8% par an. L'une des principales raisons ? "L'homme aura toujours la volonté de comprendre d'où il vient", ajoute-t-il. La conception des satellites de communication est elle aussi en plein boom, afin de permettre par exemple la fourniture de wifi au sein des avions.

Toujours en phase de consolidation

Si les capteurs d'e2v sont toujours produits en interne, la société travaille avec des partenaires qui conçoivent les instruments. "La production de capteurs spatiaux demande l'intervention de nos ingénieurs à différentes étapes de la chaine de production. Nous avons donc développé l'ensemble de la supply chain en interne, ce qui a beaucoup de valeur et nous permet de sortir les projet à temps", analyse Laurent Monge.

Malgré ses marchés prometteurs, l'entreprise est toujours en phase de consolidation. Chahutée par la crise de 2008, elle a travaillé à recentrer son portefeuille d'activités, son fonds de résultats, et sa dette pour se remettre à générer désormais de la croissance, notamment sur le segment de l'imagerie industrielle. "Nous comptons recruter une quinzaine de personnes dans ce domaine à Grenoble", souligne la direction.

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