Selvert piège les particules fines

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(Crédits : JB Labeur)
Partir d’un sel de déneigement pour proposer un séquestrant routier emprisonnant les particules fines afin de réduire la pollution de l’air. C’est l’idée de la start-up grenobloise Selvert, qui s’est pour cela inspirée de sa saumure de déneigement à base d’acétate de calcium.

Avec son séquestrant routier exempt de chlorure, de sodium, ou de magnésium, la start-up Selvert compte capter les particules fines en les collant au sol grâce à une réaction électrostatique. Son ambition ?  Réduire de 20 à 50 % le taux des PM 10.

Les particules fines sont responsables de 42 000 décès en France chaque année selon un rapport de la Commission Européenne. Et le bassin grenoblois n'est pas en reste, puisqu'il totalise 42 épisodes de pollution en 2012 contre 45 en 2013. Si la très forte baisse (14 épisodes de pollution en 2014) s'explique par des conditions météo très favorables, l'observatoire Air Rhône-Alpes rappelle qu'un peu moins d'un millier de Grenoblois ont été exposés à un franchissement de la valeur limite journalière des PM10 en 2013.

Des essais à l'étranger

En cause ? Des risques accrus de cancers du poumon selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), mais aussi d'autres pathologies pulmonaires, comme l'asthme et la broncho-pneumopathie chronique obstructive.

L'entreprise grenobloise a découvert la possibilité de capter les particules fines en regardant vers l'étranger.

"On s'est aperçus que plusieurs essais avaient déjà été réalisés dans des villes d'Allemagne, d'Autriche, de Finlande et d'Angleterre avec des sels de déneigement sous forme de saumure. Et les tests montraient que les produits qui marchaient le mieux étaient à base d'acétate de calcium et de magnésium", explique Guy Baret, co-fondateur de Selvert (5 salariés).

Une chance pour la start-up, qui s'était justement appuyée sur l'acétate de calcium pour développer son sel de déneigement et son herbicide écologique. "Lorsqu'on veut utiliser un produit qui ne pollue pas l'environnement, les sels de calcium sont quasiment incontournables. Restait à choisir celui qui allait bien", estime Guy Baret.

Des applications en milieu confiné

En captant les particules fines au sol en vue de permettre ensuite un lavage ou un lessivage grâce à l'eau de pluie, le séquestrant routier de Selvert ouvre la voie à des applications sur les routes, notamment au sein des milieux confinés (tunnels, parkings, centres-ville...).

"Il s'agit de tous les endroits où il y a peu de circulation d'air. Pas la peine en effet de répandre le produit sur une autoroute", nuance Guy Baret. La fréquence d'épandage dépendra des conditions météo et des pics de pollution. "Les programmes européens montrent que l'épandage doit être renouvelé tous les 1 à 10 jours. Ainsi, pas la peine de le faire tous les jours, sauf peut-être dans le cas des tunnels routiers", précise-t-il.

Alors que le captage à la source des particules fines issues de différentes sources (poêles à bois, cheminées ouvertes, voitures, industrie...) peut se révéler parfois complexe, ce produit aurait l'avantage de retenir toutes les particules qui arrivent en contact avec le sol, et ce, quelle que soit leur provenance.

Le prochain défi de la start-up ? Convaincre les collectivités comme Grenoble ou Lyon ainsi que des institutions comme la DREAL. Présenté sous forme de saumure de 1000 litres, son produit coûterait 4 fois moins cher que l'acétate de calcium magnésium (CMA), un autre fondant routier, pour un tarif avoisinant les 400 euros la tonne.

"D'après une estimation basée uniquement sur une application dans les tunnels, nous comptons produire 2 500 tonnes par année d'ici 4 ans", précise M. Baret.

Des normes à inventer ?

Si le sel de déneigement de Selvert s'appuie sur la norme XP 98 181 attestant de sa biodégradabilité et de l'absence de corrosion des métaux, la start-up affirme qu'il n'existe à ce jour aucune norme sur laquelle s'appuyer pour le séquestrant.

"Il s'agit d'un acétate de calcium qui est très vite digéré par les bactéries présentes dans le sol, et qui a de toute façon vocation à être reçu au sein du réseau de récupération des eaux de pluie. En l'absence de norme précise, on pourrait considérer que la norme concernant la biodégradabilité et l'absence de corrosion serait utilisable", précise M. Baret. Ce dernier affirme avoir fait des démarches auprès de l'Ademe, mais qui seraient pour l'instant restées sans réponse. "C'est pourquoi nous aimerions déployer et tester ce nouveau produit en grandeur nature, en lien avec une collectivité", ajoute-t-il.

Contactée, l'Ademe estime cependant "qu'il semble tout à fait primordial, avant d'envisager le déploiement de cette solution, de la faire tester par un organisme indépendant, que ce soit en termes d'efficacité et tenue dans le temps, de coûts réels de mise en oeuvre, d'impacts sur l'environnement (pollutions des sols, de l'eau), et d'impacts sur la chaussée (sécurité, adhérence...)". Elle ajoute qu'à ce stade, sa recommandation reste "d'agir prioritairement sur les véhicules les plus émetteurs de particules et de NOx (Oxydes d'azote)".

Le service de communication d'Air Rhône-Alpes rappelle quant à lui que le PM10 n'est pas l'unique polluant concerné par les épisodes de pollutions dans la région.

"Si ce produit peut-être intéressant localement pour les PM10, il ne va pas régler globalement le problème de la pollution de l'air. Nous avons aussi des situations de dépassement du N02 (dioxyde d'azote) tandis que certains polluants sont importés d'autres régions voire d'autres pays", souligne Isabelle Clostre, chargée de communication.

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Commentaires
a écrit le 11/02/2015 à 10:56 :
Quand les particules se promènent dans le vaste atmosphère, espérer qu'elles viennent se coller précisément à l'endroit où on aura épandu le produit, a quelque chose de pathétique...
a écrit le 10/02/2015 à 22:31 :
Pas très commercial tout ça !

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