French Tech, les métropoles rhônalpines sortent les griffes

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(Crédits : DR)
À l'automne, la première vague de métropoles labellisées French Tech sera connue. Une quinzaine sont candidates Lyon, Grenoble, Saint-Étienne et Annecy ont fait le choix de partir séparées. Une situation qui pourrait nuire aux chances de Rhône-Alpes de se rêver comme la grande région French Tech. Dossier complet de cinq articles à découvrir sur acteursdeleconomie.com.

Google, Apple, eBay, Hewlett-Packard, Facebook ont toutes un point commun : avoir grandi et réussi au cœur de la Silicon Valley. Quarante ans que cette région de la côte Ouest des États-Unis fabrique de l'innovation. Référence mondiale et incontournable, elle attire chaque année des centaines de jeunes geeks entrepreneurs qui se rêvent en futurs Steve Jobs ou Bill Gates. Il faut dire que sur une surface étendue de 400 km², tous les ingrédients sont réunis pour favoriser la création (universités, firmes, startups, accélérateurs, laboratoires, etc.), l'argent coule à flots et le droit à l'échec y est valorisé.

Startups Nations

En 2013, le « Startup Ecosystem report » classait l'indétrônable Silicon Valley, plus grand centre technologique au monde, devant Tel-Aviv, Los Angeles, Seattle et New York. Un modèle de réussite qui s'est alors exporté dans le monde de Singapour jusqu'à Londres. En l'espace de quelques années, ces territoires sont devenus les nouveaux pôles d'excellence idéaux pour innover, créer sa start-up et la faire évoluer rapidement grâce à des écosystèmes favorables, accompagnés par les plus grands capitaux-risqueurs. Elles font partie dès lors du cercle restreint des « Startups Nations ». Des pays qui font de l'innovation technologique la priorité de leur développement économique, impactant tous les secteurs d'activité. Dans cette enquête, Paris n'arrive qu'en onzième position mondiale, mais deuxième en Europe, après Londres et devant Berlin. Une place honorable, sachant qu'aucune autre métropole française ne figure dans le classement.

Un quart de la croissance dans trois ans

Ce n'est pourtant pas suffisant pour faire de la France, une grande « Start-up Nation ». Aujourd'hui encore, lorsque les mots innovation, culture Web, culture start-up sont prononcés, le pays de Molière n'est pas la destination privilégiée des jeunes entrepreneurs, ni des grandes entreprises et investisseurs malgré de grands atouts (mécanismes publics de soutien à l'innovation, recherche, formation...).

Une conséquence du peu d'intérêt des gouvernements successifs qui, pendant longtemps, n'ont pas mesuré le poids du secteur. Tandis qu'en 2011, un rapport du cabinet McKinsey intitulé « Impact d'Internet sur l'économie française : comment Internet transforme notre pays » notait que « la filière Internet pèse d'ores et déjà davantage que des secteurs clés de l'économie française comme l'énergie, les transports ou encore l'agriculture, en valeur ajoutée ». Ajoutant : « Le développement de la consommation, au travers notamment de l'e-commerce, devrait faire croître la valeur du PIB français liée à Internet d'environ 14 % par an, pour atteindre 129 milliards d'euros en 2015 (soit environ 5,5 % du PIB français à cet horizon). La filière contribuerait alors à près d'un quart de la croissance française dans les trois prochaines années, et à la création nette d'environ 450 000 emplois directs et indirects à l'horizon 2015. »

Les pionniers

D'autres, en revanche, ont rapidement compris l'intérêt de soutenir sur leur territoire son développement, grâce à des politiques d'aides au financement, à l'installation ou à la mise en place d'outils d'accélération adaptés. Mais la France du numérique s'est réveillée et mise en quête de rattraper son retard, s'appuyant sur de belles réussites médiatisées : Free, Le Bon Coin, Vente-privée.com, Deezer, Fotolia ou encore très récemment Blablacar et Criteo, toutes deux ayant réalisé des levées de fonds record pour des entreprises du Web français (100 millions d'euros pour la première, 30 pour la seconde). Principal secteur dynamique même en période de crise, François Hollande en a fait l'un de ses 34 plans pour réindustrialiser la France, après que son prédécesseur Nicolas Sarkozy n'a lancé que modestement les Journées du numérique ou encore le Conseil national du numérique.

Un élan fédérateur

À l'automne 2013, alors ministre déléguée à l'Économie numérique, Fleur Pellerin lançait en grande pompe l'opération French Tech, « pour la croissance et le rayonnement de l'écosystème numérique français » en mobilisant, dans toutes les régions, les acteurs. À la clé, un soutien financier de 200 millions d'euros - avec effet de levier - injectés dans des programmes d'accélération pour aider « les entreprises numériques à croître plus vite afin de devenir des championnes internationales » ; 15 millions d'euros pour les opérations de communication des startups à l'international ; la labellisation de plusieurs métropoles dites « Métropoles French Tech » qui devront justifier d'un « projet ambitieux, fédérateur et de niveau international ».

« La France a pris du retard dans le développement de ses startups. Avec le projet French Tech, nous voulons enregistrer plus d'entreprises à très forte croissance, futurs leaders mondiaux, souligne David Monteau, directeur de la mission. Pour y parvenir, il faut créer une potion à l'intérieur de laquelle se mélangent des ingrédients favorables. C'est un processus long mais regardez New York : en l'espace de cinq ans, elle a vu évoluer son écosystème de manière spectaculaire. » La France veut désormais aller vite et affirmer au reste du monde qu'elle a tous les atouts pour devenir une terre de start-up, qu'elle sait attirer des jeunes, des entreprises étrangères, des investisseurs et les projecteurs. On lui prédit même que dans un futur proche, elle serait en mesure de compter sur une Silicon Valley, à l'image de celle installée depuis plus de quarante ans dans la baie de San Francisco, et porterait le nom de la marque French Tech.

French Tech Numa

L'association Numa réunit les acteurs du numérique et de l'innovation en Ile de France.

Engouement total

Le mouvement lancé, l'engouement pour la French Tech a été absolu. Tous les acteurs (entrepreneurs et institutions) en région ont manifesté leur intérêt et se sont rassemblés autour des candidatures métropolitaines. « La base était là, les initiatives aussi mais la French Tech a permis de fédérer toutes les forces pour contribuer à créer de la valeur à notre pays », se félicite David Monteau. Rarement, un dispositif aura injecté un tel positivisme et une telle énergie dans les écosystèmes. Des écosystèmes qui bénéficient déjà, depuis quelques années, d'un appui des politiques publiques locales, avec des mesures d'aides et d'accompagnement mises à disposition. Mais, puissante car gouvernementale, la French Tech apporte ce coup de pouce nécessaire à tout un secteur dans une démarche de cohésion et de projection internationale.

Métropoles et acteurs privés ont donc dû répondre aux 14 pages du cahier des charges qui détaille précisément les attentes de la mission et demande « un maximum de données » portant sur : le nombre d'accélérateurs privés et publics, les noms des entrepreneurs emblématiques engagés, le poids de l'écosystème, les stratégies à dix ans, l'équipe opérationnelle, un programme d'animation, la réalisation d'un bâtiment totem « emblématique », les montants des capitaux en amorçage levés, etc. Autant de paramètres obligatoires afin de mesurer « le dynamisme et la taille de chaque écosystème ».

Une quinzaine de candidatures

Dès cet automne, une première vague de labellisés sera dévoilée, sélectionnée par un jury international. Pas de numerus clausus, la mission French Tech se garde le droit d'en labelliser « 5, 10, 15, 20... Rien n'est encore défini, prévient David Monteau, mais nous devrons avoir une masse critique de quelques métropoles labellisées qui serviront ensuite de nœuds de réseaux ».

Une quinzaine ont fait acte de candidature, d'autres pourraient se déclarer prochainement. Certaines ont fait le choix de présenter un dossier commun avec d'autres villes, multipliant ainsi les chances d'obtenir le label. « Ce n'est pas un concours de beauté. À la fin, derrière ce qui va devenir une marque French Tech, nous devrons conserver cette dynamique observée depuis des mois. » Toutefois malgré les discours, une concurrence est née entre les territoires. Chacun souhaitant montrer ses atouts. Parfois à l'intérieur même d'une région. C'est ce qui arrive en Rhône-Alpes.

Ensemble, c'est tout

Deuxième région de France avec un produit intérieur brut de 10 % du PIB national, Rhône-Alpes se montre très dynamique en matière d'innovation depuis les années 1980. De Lyon à Saint-Étienne en passant par Grenoble, ces territoires se sont hissés parmi les principaux lieux innovants de France. La culture de la start-up y est très forte, la communication autour aussi, et les success stories nombreuses. La première, capitale régionale, possède un riche passé dans le jeu vidéo et le logiciel, et aujourd'hui dans les filières robotique et de l'Internet. Elle capte également les grands événements (www2012, Blend Web Mix, etc.) et concentre les financeurs. Pour la seconde, voisine de Lyon, le design est une affaire qui dure depuis plus de dix ans, et dont elle est devenue une référence européenne.

Enfin, Grenoble est la métropole des nanotechnologies et de l'informatique académique, et possède des laboratoires d'envergure internationale comme le CEA-Leti ou Grenoble INP. Les trois ont donc chacune déposé « naturellement » un dossier, avant qu'Annecy ne vienne elle aussi candidater. Rhône-Alpes compte quatre candidatures au label French Tech. Un record ! Difficile d'imaginer qu'elles l'obtiendront toutes. Mais aucune, pour l'heure, n'envisage une grande et unique candidature, estimant qu'il est « trop tard » pour se rapprocher. « Nous sommes partis les premiers », justifie-t-on à Saint-Étienne. « Ce n'est pas une candidature régionale », réplique le Grand Lyon.

Pas l'habitude du front commun

« Nous ne sommes pas dans la confrontation et nous voulons échanger avec les autres métropoles », avance, beau joueur, Grenoble. Chacune trace son sillon mais se dit ouverte au débat. « La proposition a été faite de travailler avec Lyon », souligne tout de même Gaël Perdriau, maire UMP de Saint-Étienne. Les métropoles rhônalpines n'ont pas l'habitude de faire front commun. C'est inscrit dans l'histoire. Par le passé déjà, des faits similaires ont montré que les collaborations entre les trois métropoles régionales étaient (très) complexes. Il y a quelques années, deux SATT (sociétés d'accélération du transfert de technologies) ont été créées : entre Lyon et Saint-Étienne, et celle de Grenoble alors qu'il avait été question d'en faire une seule et unique en Rhône-Alpes. Ou bien encore l'échec cuisant de la labellisation du projet Idex des universités de Lyon et de Saint-Étienne, conséquence de « l'incapacité des caciques universitaires régionaux à élaborer un projet rhônalpin, avec Grenoble et l'Université de Savoie ». Plus récemment, les clusters du logiciel Edit (Lyon) et Grilog (Grenoble) ont fusionné pour ne former qu'un grand cluster, mais sans Saint-Étienne.

Rivalité et concurrence

« Une concurrence saine est toujours bénéfique à un territoire, cependant ici, à l'échelle régionale, c'est compliqué d'avoir une vision commune », observe Nicolas Forey, consultant et senior manager chez Ernst & Young Lyon. Il souligne par ailleurs qu'entre Lyon et Grenoble, la « rivalité » est tenace. Une situation que n'apprécie guère le conseil régional. Jean-Louis Gagnaire, vice-président à l'Economie, est très critique à la fois vis-à-vis des territoires qui « cherchent à courir après leur voisin », mais également auprès du gouvernement qui reproche au projet French Tech de « raisonner à l'échelle d'une agglomération et non à l'échelle régionale ».

« Je lui rappelle que Rhône-Alpes est la 6e région économique d'Europe alors que la métropole lyonnaise n'est que la 25e, prévient l'homme qui en profite pour faire un pied de nez aux candidatures rhônalpines : lorsque l'on travaille ensemble, on est une force de persuasion plus que de manière isolée. On s'en sort mieux. » Et d'annoncer, provocant : « Soit, il y aura un minimum de projets et nous apporterons un financement, soit tous iront voir directement l'État ! » Des mots chocs qui, il l'espère, atteindront leur but.

Interconnexions ?

Du côté des métropoles, les portes ne sont pas fermées malgré les dossiers déposés. Des interconnexions entre les quatre territoires pourraient être envisagées. « Chacun devra alors revoir sa copie pour pointer les complémentarités », commente Karine Dognin-Sauze, vice-présidente du Grand Lyon, chargée de l'innovation et des nouvelles technologies. Saint-Étienne imagine un rapprochement avec Lyon, dans « la mesure où l'on ne sera pas invisible », soutient Fabien Soler, directeur adjoint du cluster Numélink. Grenoble entend « rassembler » les forces métropolitaines autour notamment de son projet d'accélérateurs de start-up spécifiques à chaque territoire. « Nous pourrions imaginer un accélérateur du design à Saint-Étienne, un autre à Annecy dans l'image animée », annonce Jean-Pierre Verjus, pilote de la candidature grenobloise Digital Grenoble.

Au-delà de cette situation, jugée inconfortable par certains, et dont les effets pourraient être répercutés sur les entrepreneurs, premiers concernés, l'opération French Tech a eu le pouvoir incontestable de montrer le dynamisme de chaque écosystème, de rassembler les acteurs, les faire travailler ensemble et braquer les projecteurs sur des savoir-faire. Mais une question reste en suspens : la région Rhône-Alpes peut-elle devenir la première Silicon Valley française ? comme d'aucuns pensent pouvoir le prétendre. Malgré des points forts remarqués, le discours est plus nuancé côté investisseurs et analystes, qui lui accolent régulièrement la conjonction restrictive « mais ». « Rhône-Alpes a de nombreux arguments pour réussir mais pour jouer les plus grands, cela passe par des collaborations entre les pôles métropolitains », estime Nicolas Forey. Même si « tout » est réuni, Rhône-Alpes souffre encore de quelques handicaps qui l'empêchent de s'élever au rang des plus grandes métropoles du numérique, à l'instar de New York. Pour le moment...

Un écosystème complet

À Lyon, Grenoble ou Saint-Étienne, tous les acteurs sont au moins d'accord sur un point : Rhône-Alpes a toutes les capacités pour devenir la première région de France de l'industrie du numérique, défier les grandes villes américaines et surtout subtiliser le leadership français à la capitale, éternelle concurrente.

Blend web mix

Blend Web Mix est la première conférence web francophone et se déroule à Lyon.

Rhône-Alpes peut compter sur une terre étendue propice au développement des startups grâce à la vingtaine d'incubateurs et accélérateurs (Axeleo, Startup Maker, BoostinLyon etc.), à la recherche de pointe dans les grands laboratoires (CEA, l'INSA de Lyon etc.), à ses formations d'ingénieurs (École Télécoms, des Mines, l'INSA de Lyon, Grenoble INP etc.), à ses PME et ETI qui font référence dans leurs métiers (Visiativ, Arkane studios, Spartoo, Focal etc.), ses événements à l'audience internationale (Innorobo, le Festival international du film d'animation, le Blend Web Mix etc.), sans oublier sa position géographique avantageuse (proximité avec la montagne, le bassin méditerranéen et Paris), d'un réseau de communication adapté (aéroport international, etc.) et enfin d'une qualité de vie appréciable pour accueillir des salariés. Cependant, deux éléments viennent freiner cette cartographie régionale : le premier serait le manque de fonds disponibles pour financer les startups de demain ; le second est la place qu'occupe Paris en tant que capitale du pays, indétrônable.

Un manque d'investisseurs ?

Le financement des nouvelles technologies est la source même de réussite d'un écosystème. Sur l'année 2013, 911 millions d'euros (+ 16 %) ont été investis dans 367 projets français, selon l'indicateur Chausson Finance. Parmi eux, 82 startups ont reçu pour la première fois des financements (- 15 %). Le cabinet spécialisé dans la levée de fonds en capital-risque note que Bpifrance, avec un montant de 88,8 millions d'euros, est le premier capital-risqueur français. En comparaison, sur le seul second trimestre 2014, 2,7 milliards de dollars des fonds de capital-risque américain ont été investis dans 270 entreprises de la seule filière internet. Le parallèle avec les États-Unis s'arrête là...

« En France nous avons de l'argent, malheureusement nous ne savons pas le placer dans l'innovation, contrairement aux États-Unis qui en sont les champions », commente Jerry Nieuvarts, fondateur de la start-up lyonnaise Mapado et ancien patron de Cyrealis, portail Web revendu à M6 Web en 2008. Sur ce terrain, Rhône-Alpes est donc loin de pouvoir rivaliser avec les grandes villes internationales comme Londres (deuxième place financière au monde) même si de l'argent, il y en a, mais en petites quantités. Un inconvénient qui se révèle être un avantage ? « Nous sommes peut-être plus mesurés sur les investissements mais cela force les entreprises à améliorer leur modèle économique. Elles deviennent alors plus performantes. Un atout reconnu aux Etats-Unis », confirme Thierry Alvergnat, directeur du Cluster Edit.

Frilosité des investisseurs?

Sur l'année 2013, Bpifrance Rhône-Alpes a injecté 128 millions dans l'innovation, à la fois en aides ou en prêts innovation directs. Mais la prise de risque reste mesurée. « L'industrie du numérique est très dynamique mais je me demande si le retour sur investissement est bon ? Une start-up peut disparaître du jour au lendemain », s'interroge Léon Rubinstein, investisseur au sein du réseau Lyon Angels. Un attentisme très franco-français qui oblige les entrepreneurs à se financer parfois ailleurs, à Paris ou auprès de fonds d'investissement étrangers. Guilhem Bertholet, serial entrepreneur du Web et fondateur d'Invox, n'y voit pas d'inconvénient : « L'argent est partout. Donc ce n'est pas parce qu'il n'y a pas 30 fonds d'investissement à Lyon que les sociétés ne vont pas lever de l'argent. Il faut d'abord de bons dossiers qui ensuite pourront réaliser de belles levées de fonds. » Pour d'autres, au contraire, la proximité est un facteur essentiel pour comprendre un écosystème et gagner ses galons de place forte du numérique.

« L'implication locale est très importante car vous avez la connaissance de l'environnement. En étant à moins de deux heures de transport vous pouvez identifier très tôt les opportunités et avez la capacité à travailler en direct avec les dirigeants. Le faire en avion, c'est plus difficile », précise Sébastien Touvron, président du fonds Rhône-Alpes Création. Reste que malgré les aides étatiques, l'accès au financement en phase d'amorçage se révèle toujours un handicap. « C'est un vrai souci, prévient Claude Sabatin, délégué régional à l'innovation chez Bpifrance Rhône-Alpes. On observe une frilosité, ce qui ne veut pas dire que l'on ne sait pas faire. » La structure n'aura délivré en amorçage que six millions d'euros en 2013. « Je ne supporte pas que l'on dise qu'il n'y a pas d'argent, c'est faux ! Il nous faut juste des bons dossiers », lui réplique Karine Lignel, directrice à Lyon du cabinet CM-CIC Capital Innovation, qui peut investir entre 500 000 euros et trois millions d'euros par dossier. Une critique que plusieurs acteurs du financement ont émise à l'égard des entrepreneurs.

La communication levier

« Un bon dossier, ambitieux et original, trouve toujours un financement », dit-on dans le milieu. « Il faut pour cela savoir bien le vendre aux investisseurs, toujours frileux de placer leur argent », justifie Claude Sabatin. Pour accompagner les startuppeurs, Bpifrance Rhône-Alpes a donc mis en place six ateliers annuels destinés aux porteurs de projet, afin qu'ils préparent au mieux leurs argumentaires, qu'ils devront présenter en seulement sept minutes. Une démarche quasi pédagogique, devenue indispensable. « Il ne suffit pas d'avoir une bonne idée, il faut travailler dur pour convaincre et trouver des clients. Ensuite, on peut faire appel aux investisseurs », rappelle le business angel Léon Rubinstein. Ces derniers mois, pas une semaine ne passe sans qu'une levée de fonds au montant mirobolant d'une entreprise - souvent américaine - ne fasse la une des médias. Un atout supplémentaire pour faire d'une métropole, ou d'une région, un symbole du numérique. « La communication joue un formidable effet de levier », Jerry Nieuvarts en est persuadé. D'ailleurs, dans le projet French Tech, 15 millions d'euros sont dévolus à des opérations de communication à l'international.

Paris vs Rhône-Alpes

Capitale régionale, située à moins de deux heures de Paris en TGV, Lyon porte le territoire et fait bénéficier de son rayonnement à l'international ses villes voisines. Les réseaux sociaux sont également un moyen efficace pour les métropoles rhônalpines de montrer leur dynamisme. L'effet est rapide et permet de les placer sur une carte. Mais en face, la capitale a l'avantage de concentrer la plupart des sièges sociaux et fonds d'investissement, tout en bénéficiant d'une attractivité à l'international grâce à son tourisme - pourtant, les jeunes préfèrent toujours créer leur affaire à Londres : « Les créateurs de startups françaises qui peinent à lever des fonds à Paris n'ont que la Manche à traverser pour trouver des financiers qui comprennent leur langage, les technologies mobiles et le « big data », et acceptent de prendre des risques », écrivait Le Figaro à propos de Londres, en mars. Un point sur lequel la région Rhône-Alpes doit travailler, elle qui arrive d'ores et déjà à attirer dans ses métropoles de plus en plus d'entrepreneurs parisiens, « désireux d'une qualité de vie meilleure pour un travail plus efficace », vante Guilhem Bertholet.

Mais, imposant, l'écosystème parisien garde une longueur d'avance, loin des lyonnais, grenoblois et stéphanois réunis, avec plus de 24 000 entreprises technologiques et 136 000 chercheurs. « En 2002, le numérique était encore tout petit, rappelle Marie-Vorgan Le Barzic, déléguée générale de Numa, association des acteurs du numérique et de l'innovation en Ile-de-France. L'écosystème s'est peu à peu construit. D'ailleurs les politiques ont bien compris l'enjeu et reprennent le sujet. On observe aujourd'hui que la capitale se réinvente même si les investisseurs sont encore à Londres. »

Le gouvernement souhaite d'ailleurs faire de Paris la vitrine du numérique à l'international. Si Rhône-Alpes s'imagine en grande région du numérique il serait donc temps que les métropoles s'écoutent et travaillent ensemble, afin d'atteindre une taille critique pour accueillir l'implantation ou l'émergence d'un poids lourd du secteur et dans le même temps acquérir une visibilité à l'international.

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a écrit le 08/10/2014 à 9:33 :
Annecy regroupe tous les atouts pour être labellisée : Écosystème totalement mobilisé, lieux Totems déjà financés, positionnement sur 4 filières leader mondial permettant une accélération "marché" des start-ups, cadre de rêve de type sillicon valley propice à la créativité business, tech champions,... Mais la French Tech n'a de sens que si le mouvement s’amplifie en dehors des limites des agglomérations; C'est pourquoi le dossier Annecy est le dossier des 2 Savoie et du Grand Genève.
a écrit le 08/10/2014 à 9:32 :
Annecy regroupe tous les atouts pour être labellisée : Écosystème totalement mobilisé, lieux Totems déjà financés, positionnement sur 4 filières leader mondial permettant une accélération "marché" des startups, cadre de rêve de type sillicon vallée propice à la créativité business, tech champions,... Mais la French Tech n'a de sens que si le mouvement s’amplifie en dehors des limites des agglomérations; C'est pourquoi le dossier Annecy est le dossier des 2 Savoie et du Grand Genève.
a écrit le 07/10/2014 à 18:50 :
Article effectivement très intéressant et très représentatif de la situation actuelle en Rhone-Alpes. Venant de Paris je découvre une ville de Lyon très repliée sur elle-même ou du moins très secrète et je ne suis pas étonné de lire le manque d'entente entre celle-ci, Grenoble et St Etienne. C'est vraiment dommage car à l'heure de l'explosion de l'IoT et de tous ces nouveaux objets connectés il y aurait une incroyable complémentarité entre Lyon pour ses ingénieurs et ses écoles de commerce, Grenoble pour ses centres de recherche en électronique et St Etienne pour le design. A l'heure où il faudrait penser européen on en est encore à se chamailler entre villes d'une même région! Malgré cela il y a quand même une belle effervescence créative dans la région et pourquoi pas aller chercher les financements en Suisse ou en Allemagne plutôt qu'à Londres.
a écrit le 06/10/2014 à 19:21 :
Intéressant. Cet article est incontestablement le fruit d'un long travail journalistique : vous faites parler des Lyonnais, des Lyonnais, des Lyonnais, des Grenoblois, des Stéphanois et même des Parisiens. Mais je croyais qu'il y avait 4 (et non pas seulement 3) candidatures en Rhône-Alpes...

Votre conclusion est révélatrice : "Si Rhône-Alpes s'imagine en grande région du numérique il serait donc temps que les métropoles s'écoutent et travaillent ensemble." Tout est dit : on zappe complètement une candidature et on appelle au rassemblement des "métropoles". Le message subliminal est limpide : que les villages de montagne (Annecy, c'est bien un village de montagne, hein ?) continue de nous servir du reblochon et un p'tit blanc après notre virée au ski et qu'ils nous laissent discuter entre gens sérieux des choses importantes...

S'imaginer que French Tech puisse se bâtir au pays des skieurs, c'est comme d'imaginer que la Sillicon Valley aurait pu se bâtir au pays des surfeurs. Complètement impensable... vu de New-York.
Réponse de le 07/10/2014 à 14:49 :
@ Annécien
Est une si mauvaise nouvelle de ne pas être intégré à Rhône Alpes (et bientôt au Limousin)?
L'avenir de la Savoie passe par sa sortie du cadre franco-français si en retard en matière numérique malgré les lourds investissements de plusieurs milliards (4,5 Mds ont été prévu dans le grand emprunt "Sarkosy" de 2010).
N'est ce pas l'occasion de penser "Europe" et travailler l'écosystème avec la Suisse et l'Italie du nord ?
Les élites parisiennes avec tous les affidés du "millefeuille" territorial ne seront pas d'accord.
Et alors?
L'objectif c'est de créer de la richesse avec des entrepreneurs
C'est en aucun cas d'entretenir et de faire prospérer une technostructure dont les seuls coûts de fonctionnement ponctionnent la majeure partie des aides de l'Etat providence!

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