Diriger, tout un art ?

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(Crédits : Laurent Cerino - ADE)
Créateur d'harmonie capable de concilier l'inimaginable, de percevoir au-delà de l'actuel pour imaginer le futur, le manager, le dirigeant d'entreprise, l'inventeur de concept est-il pour autant un artiste ? À l'occasion de la 10e conférence du cycle "Philosophie & Management" organisé par Acteurs de l'économie-La Tribune en partenariat avec iaelyon, Fabrice Romano, vétérinaire, fondateur et président-directeur-général de Keranova et Thémélis Diamantis, psychanalyste à Lausanne, ont dialogué pendant plus d'une heure autour de cette question.

Il y a autant d'art qu'il y a d'artistes. En conséquent, les définir reste complexe. S'il est communément acquis que c'est une perception du monde de l'ordre du sensible, l'artiste est d'abord perçu comme fou avant de convaincre.

"L'artiste, c'est celui qui pense autrement que de la manière qu'il convient de penser. Mais surtout, il a la capacité de donner du sens à quelque chose que les autres n'ont pas pu voir", avance Thémélis Diamantis, licencié en philosophie.

Cette fulgurance - ou cette folie, selon les points de vue - se retrouve dans le processus de la création d'entreprise.

"J'ai comme des visions. Cela n'a rien à voir avec le divin. Je dirai que cela arrive parce que je suis capable de capter l'instant où se rencontrent la technologie et les besoins non satisfaits. Je puise mon inspiration dans l'humain. Je suis un catalyseur d'idées, capable de voir que quelque chose peut naître d'un concept. Ce n'est qu'ensuite que je la matérialise sous forme d'un dessin, d'un croquis", explique Fabrice Romano.

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Fabrice Romano (Photo : Laurent Cernio - ADE)

Créer pour l'autre

Mais pour créer, la technologie ne suffit pas. L'outil, le pinceau ou la boite à propulsion de particule, n'est qu'un moyen. L'artiste crée toujours pour quelqu'un, avec l'idée que son art servira à d'autres, "qu'elle appartient à celui qui la regarde". Comme un créateur d'entreprise.

"Créer relève de l'humanité. Ce qui compte, ce sont les interactions entre les humains et le temps que l'on se donne pour tâtonner, évaluer, voir les évolutions. L'urgence de produire des résultats conduit à fonctionner avec des procédures... ce qui fait qu'on ne sait plus écouter, voir ou entendre. Picasso disait qu'il ne cherchait pas, mais qu'il regardait dans la réalité les possibilités de créer", souligne Thémélis Diamantis

"Pour moi, créer, c'est apporter un nouveau service aux patients. Écrire un roman, c'est se faire plaisir. Créer, c'est imaginer ce qui manque et faire qu'il y a un avant/après l'histoire. C'est un facteur de motivation essentiel, presque un devoir d'aller au bout de notre démarche pour améliorer la situation des patients", poursuit Fabrice Romano.

Dans les deux cas, la création née de la contrainte.

"Ce n'est pas forcément dans le confort que l'on crée, elle survient souvent dans les moments de tensions et de perte de contrôle rationnels. C'est la complexité du monde qui nous permet d'inventer des solutions", complète Thémélis Diamantis

Mise en œuvre collective

Mais contrairement à un artiste, souvent seul, le créateur d'entreprise a besoin d'autres compétences pour concrétiser son idée. Et pour monter son équipe, Fabrice Romano fait toujours confiance à ses émotions, sa sensibilité.

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Fabrice Romano, Bernard Jacquand et Thémélis Diamantis (Photo : Laurent Cernio - ADE)

"J'ai banni le mot salarié de mon vocabulaire, je lui préfère mes collaborateurs, mes camarades voire 'les petits' pour les plus jeunes. Je mets très vite de côté le CV. J'essaie de voir au cœur de l'individu, si on partage des valeurs communes. Je les engage à ne pas chercher qu'un job, mais bien à vivre une aventure collective, longue, complexe, fatigante, avec une énorme récompense au bout : révolutionner la chirurgie avec notre machine", explique Fabrice Romano.

Son rôle : s'enrichir du savoir de tous pour continuer à s'émerveiller. Et mieux décider.

"Plus je partage, plus je m'enrichis. Cela me renforce d'être avec des gens qui ont autant d'intérêts pour leur travail. Je ne suis pas un spécialiste de tout, mais je m'intéresse à tout ce qu'ils font. Je leur fais confiance. Ensuite, mon rôle, c'est de faire le tri, de gérer les idées, de permettre le droit à l'erreur en évacuant l'idée de mal faire.
Je m'étonne de tout, c'est déterminant. Et je m'émeus beaucoup, surtout de l'humain, sinon la vie serait triste à mourir. L'art, c'est le vrai. L'authenticité est un moteur. Je suis nature, sans arrière-pensée, assume et j'affiche mes valeurs", ajoute Fabrice Romano

Cette capacité à s'étonner est fondamentale pour le philosophe.

"L'étonnement est à la source de tous besoins de philosophie comme le souligne Platon. La curiosité permet de rencontrer les choses, les gens, les idées : on devient ainsi celui qu'on ne connaît pas encore. La création surgit alors. À un moment, cela a été possible", conclut Thémélis Diamantis

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