Le temps existe-t-il ?

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François Morinière
François Morinière (Crédits : DR)
Le 17 novembre prochain, Les Entretiens de Valpré, dont Acteurs de l'économie - La Tribune est partenaire, consacreront leur 16e édition au "Temps". En effet, avec l'accélération des nouvelles technologies, la compétions à l'échelle planétaire et la pression du marché, le monde du travail semble être pris dans un tourbillon sans cesse plus effréné. Dès lors, quelle doit être notre relation au temps ? Eléments de réponse par François Morinière, président des Entretiens de Valpré.

Avec l'accélération des nouvelles technologies, la compétions à l'échelle planétaire et la pression du marché, le monde du travail semble être pris dans un tourbillon sans cesse plus effréné.

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Pour-temps, l'homme est-il enfermé dans le temps ? Vaste question aux accents philosophiques... Fort heureusement, nos vieux amis les Grecs sont passés avant nous. Laissons-les éclairer notre lanterne.

Les Grecs distinguaient le temps en trois niveaux : le Chronos, le Kairos et l'Aiôn. Le Chronos est le temps chronologique, celui que l'on mesure, de façon quantitative, grâce à nos horloges ou autres systèmes d'unité de mesure. Le Kairos est le temps "opportun", "l'occasion" qui se présente et que l'on est capable de saisir. Enfin, l'Aiôn, qui signifie "destinée", "génération", "éternité". C'est le rapport au temps le plus complexe, car c'est celui de la métaphysique. C'est à la fois le temps cyclique ou le temps de l'apprentissage. Mais c'est aussi le temps de l'éternité qui peut être compris comme celui du temps intérieur, ou de la vie après la mort.

Le "Temps" de l'entreprise

Appliquée au management, cette distinction peut nous révéler de précieux conseils (décidément les Anciens étaient en avance sur leur temps...). Aujourd'hui, dans le monde de l'entreprise, nous avons souvent tendance à envisager le temps sous un seul angle : le Chronos, c'est-à-dire  sous son aspect mesurable, quantifiable. Cette dimension est importante car elle nous permet d'évaluer notre travail, de l'améliorer aussi. En revanche le Chronos peut devenir chronophage lorsque le temps devient un outil de production qui doit être rentabilisé à tout prix. La perte de temps est alors traquée car associée à une perte d'argent. L'illustration parfaite de ce mode de raisonnement est le taylorisme. Cette approche, si elle est l'unique prisme, peut dénaturer notre rapport au travail car, en réalité, le temps n'est pas toujours mesurable dans l'immédiat.

Pour appréhender le temps, il faut donc entrer dans une approche intégrale. Reprenons les deux autres distinctions. Le Kairos est plus volatil. Il se vit dans notre capacité - au cœur de notre emploi du temps- à nous ouvrir aux relations et aux évènements. Expérience parfois déroutante car souvent spontanée, inconnue, mais qui humanise notre rapport au Chronos. C'est le temps de la rencontre, de l'intuition. C'est le "temps favorable" qu'il nous faut apprendre à déchiffrer. Paradoxalement c'est aussi "l'apprentissage du lâcher prise".

Rester attentif aux cycles

L'Aiôn mérite aussi notre attention. Peut-être trop mis de côté aujourd'hui et pourtant si intéressant. Notre propre vie est rythmée par des étapes et des temps d'initiation: l'enfance, la jeunesse, l'âge adulte, la vieillesse. Dans notre travail également il a des cycles, des temps d'apprentissage. Respecter ce temps permet de déployer les talents de chacun. Sachons aussi respecter les cycles de l'entreprise ; de croissance comme de crise. Parfois décapant, parfois stimulants, les cycles sont bienfaiteurs car ils permettent de nous renouveler. Ainsi en est-il des saisons. Si l'arbre ne perdait pas ses feuilles en automne, comment pourrait-il se renouveler au printemps Il en va de même en économie. Tout n'est pas immédiat. Il y a un temps pour tout. Un temps pour observer, un temps pour agir. Un temps pour affronter les crises, un temps pour se projeter. Cette dimension du temps se mesure dans la durée et c'est souvent là que se dévoile ce qui, jusqu'alors, était invisible.

L'Aiôn comprend aussi le temps de l'éternité qui peut se percevoir, notamment, dans notre rapport intérieur au temps présent. Nul besoin de le chercher dans des déserts lointains, il est là, au cœur de nos réalités. Au milieu du bruit de la rue, du tapotement du clavier. Dans le brouhaha du métro, les klaxons des voitures, ou le silence matinal. Dans le gris des transports, ou le bleu du ciel. Tout nous est donné.

Oui, le travail est un lieu de vie. Tendons l'oreille pour l'entendre palpiter.

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