Prix de l'esprit d'entreprendre : célébrer toutes les cultures

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(Crédits : Laurent Cerino / ADE)
Révolutionner, éduquer, rebondir, mobiliser, créer... autant d'expressions du verbe entreprendre, autant de reconnaissances lors de la 11e édition du Prix de l'esprit d'entreprendre, organisé par Acteurs de l'économie, en partenariat avec emlyon business school. Ce cru 2017, célébré mercredi 14 juin en clôture du Salon des entrepreneurs de Lyon, a mis en valeur des personnalités et des collectifs, emblématiques, qui forcent l'exemple. Mais si chacun s'est forgé sa propre culture entrepreneuriale, tous ont, à leur façon, réussi le pari de conjuguer nécessités économiques et sens commun. À l'image de l'artiste Bartabas, président d'honneur de la cérémonie et de Jean-Marc Borello (groupe SOS), Grand Prix.

Plus de trente dossiers de candidatures, six prix à remettre. Les 15 membres du jury du 11e Prix de l'esprit d'entreprendre, composé de personnalités du monde économique et de l'enseignement supérieur, ont eu la lourde tâche d'évaluer ces trajectoires, toutes remarquables. « Le choix était cornélien tant chacun méritait de gagner », résume un des membres du jury à la sortie de la cérémonie. Malgré tout, ce jury a réussi « à faire éclater des trésors, des personnalités pour lesquelles l'action d'entreprendre devient une nourriture de l'humanité, et qui, par une résistance heureuse, ont pris conscience de l'impérieuse nécessité de tirer profit du capitalisme en jugulant ses excès », se félicite Denis Lafay, directeur de la rédaction d'Acteurs de l'économie. Des personnalités aux cultures diverses, issues d'univers souvent très opposés, mais qui donnent « une vraie leçon entrepreneuriale, car elles sont de véritables acteurs de leur vie et de celle de tous les autres », poursuit-il.

Culture et altérité

Sans conteste Bartabas s'inscrit dans cette lignée. Même s'il s'en défend souvent tout au long de la soirée : « Je ne suis pas familier de cet univers entrepreneurial », souligne l'artiste, président d'honneur de la cérémonie. Bartabas a bel et bien construit son propre modèle, empreint d'une véritable culture artistique. « Dans notre compagnie moitié homme, moitié chevaux, ce qui compte, c'est le collectif. Créer, se former et exister ensemble est une valeur que je défends », explique le metteur en scène, fondateur de la compagnie Zingaro et de l'Académie équestre du domaine de Versailles. L'artiste se positionne aussi comme un manager tourné vers l'autre et l'accomplissement de soi. « Je ne recrute pas à la performance passée. Mon travail consiste à mettre en valeur les chevaux qui arrivent à moi, à faire ressortir ce qu'il y a de meilleur en eux. Comme pour les Hommes qui intègrent l'Académie : au final, un bon maître doit devenir inutile parce qu'il a su conduire à l'autonomie », indique-t-il. Mais à l'épreuve de la création et du collectif, se frotte la réalité économique. « L'acte artistique ne doit pas être séparé de l'acte économique », analyse-t-il. Sans pour autant sacrifier l'art sur l'autel de la rentabilité, dont il a pleinement intégré la contrainte. « J'ai une période de six mois entre deux spectacles pour enclencher le processus créatif. Pas plus, pas moins. Certes, ma créativité est limitée, mais mon art, basé sur le rapport avec le cheval, reste contraint. Il n'est pas reproductible à l'infini. Le piège serait de chercher à se produire dans des salles toujours plus grandes. Mais on perdrait la qualité de la relation avec le public. La vraie difficulté reste de trouver le bonheur et l'équilibre en gardant un mode de fonctionnement adapté », raconte Bartabas devant une assemblée de 300 spectateurs.

Faire avec les contraintes économiques, et créer différemment, caractérise le parcours de Jean-Marc Borello (Grand Prix de l'esprit d'entreprendre). L'homme, d'abord fonctionnaire puis dirigeant de PME, a fondé SOS, une petite association devenue un grand groupe international, conjonction de la recherche de l'intérêt général et de la logique économique. « C'est ma façon d'être insoumis. Il ne s'agit pas d'exploiter la misère, mais bien d'apporter des solutions. Il faut faire avec la réalité sans jamais l'accepter », lance, un brin provocateur, Jean-Marc Borello.

Si Bartabas choisit un modèle de développement maîtrisé pour ne pas perdre l'essence de son art, l'entrepreneur au milliard d'euros de chiffre d'affaires ne craint pas la croissance. Il en fait même un moteur. « Notre management agile nous permet de l'absorber. Même si nous avons des objectifs toujours plus ambitieux, ils ne sont pas inatteignables. Il faut rehausser la barre pour motiver. Et comme nous voulons changer le monde, nous avons du travail pour plusieurs années. L'épanouissement passe par la formation, la progression. Nous investissons sur notre capital humain », explique-t-il.

Culture et passion

Néanmoins, même s'ils exhortent à prendre en compte les réalités du terrain, Bartabas n'en oublie pas la passion. « Il ne faut jamais se poser la question de savoir si cela rapporte. C'est en ne pensant pas « au pognon » que l'on en gagne », lance-t-il à Amélie Thépot, fondatrice de LabSkin Creations (Prix Créer). La dirigeante, qui a mis au point un système de fabrication de peau en 3D, a reçu les faveurs du public, invité à voter d'abord sur le site d'acteursdeleconomie.com puis en direct après sa présentation. Elle concourait face à Virginie Fraisse, la fondatrice de Aura Signi, qui a développé une série de soutiens-gorge sur-mesure en 3D pour les femmes atteintes du cancer du sein et Christophe Sibieude, co-fondateur de Short Edition, une borne qui délivre, en mode aléatoire, une petite histoire imprimée sur papier.

« Je suis enthousiaste à l'idée que d'autres essaient de trouver de nouvelles solutions qui permettent de mieux vivre dans ce monde dans une logique de richesse partagée équitablement. Donner du sens à son travail, c'est donner du sens à sa vie. De plus en plus de jeunes le comprennent », commente Jean-Marc Borello.

Culture et transmission

N'accepter que rien ne soit acquis, que tout reste à prouver, mais surtout à transmettre, c'est aussi le sens de la quête d'Hélène Courtois (Prix Révolutionner). L'astrophysicienne, spécialiste en cosmographie, réalise des cartes extragalactiques animées. Au-delà de la technique, qui révolutionne l'approche des planètes, Hélène Courtois, aux qualités entrepreneuriales, considère que la « recherche n'a pas de sens si elle reste enfermée dans nos laboratoires. Elle se doit d'être partagée avec le grand public, et surtout les jeunes, même si elle n'est ni aboutie ni parfaite. Je cherche à co-construire avec les jeunes une culture scientifique collective », indique la marraine scientifique bénévole du Planetarium de Vaulx-en-Velin.

Comme elle, Prosper Teboul (Prix éduquer) est à la quintessence de ce combat. Le directeur général de l'Association des paralysés de France milite pour que les personnes en situation de handicap puissent exercer leur propre choix et devenir des citoyens à part entière. « La société a trop tendance à assimiler handicap avec assistance et manque d'expertise. Je ne veux pas mettre en contradiction le handicap et l'entreprise », souligne-t-il sur quelques notes du concerto pour violon de Beethoven. « Quelques figures brillantes de la musique, mais pas seulement, avaient un handicap », rappelle-t-il avant de céder sa place à Philippe, Christophe, Pierre-Yves et Lucie d'Emmaüs-Lyon (Prix Mobiliser). « Avec ce collectif, on est solide ensemble », résume Lucie, compagnonne. L'association lyonnaise, à la mission sociale « est l'occasion de rappeler qu'on peut entreprendre collectivement, avec efficacité », commente le jury.

Enfin, il n'y a pas de projets d'envergure sans erreurs d'aiguillage ou sans trou de parcours. Et de sursauts. À l'image de Christian Barqui (Prix Rebondir). Le directeur général de l'entreprise Florette et président du réseau APM, a connu plusieurs succès, quelques échecs, mais sans regret. « Le mot de ma vie, c'est oser. Il faut tenter pour faire un bilan sans regret », assure-t-il. Une capacité intrinsèque, mais aussi un soutien de sa famille, et de son épouse en particulier. Elle témoigne : « Il prenait de gros risques financiers, mais peu à peu, j'ai eu confiance. Nous avons défini ensemble les conditions de réussite. Il a la capacité à savoir s'entourer et à motiver les personnes qu'il l'accompagne. »

Révolutionner, éduquer, rebondir, mobiliser, créer, se rebeller, inventer, faire la révolution, transgresser, rendre le monde meilleur, écrire le futur... peu importe la culture tant qu'elle est empreinte de solidarité et d'humanisme. Car ces entrepreneurs, chacun dans leur chemin de vie, caressent le but ultime : « Être de bons humains. Être tout simplement de belles personnes », conclut Bartabas.

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