Prix Mobiliser : Emmaüs-Lyon, la réconciliatrice

 |   |  641  mots
(Crédits : Laurent Cerino/ADE)
Véritable école de la vie, Emmaüs-Lyon donne les moyens de (ré)apprendre les fondements de l'éducation, du respect des autres et de soi-même par le travail et la solidarité. Bien plus qu'une association, la communauté mobilise salariés, bénévoles et compagnons mais aussi entreprises autour de valeurs fédératrices. Socle essentiel pour parvenir à avancer, ensemble, dans un but commun : la reconstruction par le travail de la personne, quitte à s'affranchir des règles. L'association Emmaüs est lauréate du 11e Prix de l'esprit d'entreprendre dans la catégorie Mobiliser.

Georges, 69 ans, est le vétéran des compagnons d'Emmaüs-Lyon. L'ancienne « gueule noire » des mines du Nord, ancien rocker chevauchant autrefois son Harley Davidson, évoque avec dérision les conditions de vie de la première communauté qui l'avait accueillie près de Valenciennes, il y a 33 ans. "À l'époque, c'était la misère. Nous étions dix ou quinze par chambre, sur des lits superposés. Je dormais toujours en bas, au cas où." Fidèle à Emmaüs depuis lors, il effectue un tour de France qui le conduit à Lyon.

Et lorsque la nouvelle résidence de 29 appartements a ouvert en février 2016, Georges a troqué sa chambre contre un T1, sans toutefois quitter le site de Vénissieux, siège de l'association lyonnaise. Cette construction a porté à 90 le nombre des résidents hébergés parmi lesquels huit couples, deux très jeunes enfants, des personnes "sans papier" et une grande diversité de nationalités. Ce projet existait, tout comme la création d'un 3e magasin (complétant Vénissieux et rue de Créqui, à Lyon), dans le centre de Villeurbanne, lorsque Pierre-Yves Tesse s'est retrouvé à la présidence en janvier 2014. Fonction qu'il a abandonnée le 11 mai dernier, à bientôt 75 ans, mais siège néanmoins toujours au conseil d'administration.

Un investissement continu

D'aucuns ont pu lui reprocher de gérer cette "maison" à la manière d'une entreprise. Voire lui attribuer le sobriquet "49-3". Il s'en amuse :

"Il faut que les compagnons puissent vivre, que l'on finance les structures, les camions... Ces trois dernières années, nous avons maintenu un niveau d'investissements annuels de 300 000 euros autofinancés."

Moyennant quoi, les 2,5 millions d'euros de revenus tirés de la vente des objets, généralement donnés, ont permis d'agrandir et de réaménager les 3 000 m² du bric-à-brac de Vénissieux, début 2017. Rien n'aurait été possible sans une mobilisation des compagnons eux-mêmes - en contrepartie du logement et de la nourriture, hommes et femmes travaillent pour la communauté en vertu de la règle originelle -, des 150 bénévoles, des stagiaires et des huit salariés, dont les trois responsables Hervé, Raoul et Renaud.

"L'important est de donner la possibilité à des personnes en difficulté de se reconstruire", rappelle le président sortant.

Projet de vie

Après un parcours douloureux Vytas, ingénieur d'origine lituanienne, confie n'avoir jamais été aussi bien que depuis qu'il pilote le site en ligne marchand "Label Emmaüs-Lyon", opérationnel depuis le début d'année à partir d'une initiative nationale.

"Je suis tellement plus heureux que lorsque j'étais employé dans une société parisienne, soupire-t-il. Ici, je me sens libre avec cet esprit d'humanité."

Au quotidien, il est aidé par une poignée de bénévoles. Ainsi, Emmaüs s'est structurée au fil des années. Ainsi, le poste formation a été considérablement renforcé: cours de français pour les étrangers, permis de cariste pour conduire les chariots élévateurs, etc. La communauté a vocation à accompagner les compagnons dans leur projet de vie. Passer son CAP d'artisan-boulanger, Diogo, 19 ans, arrivé récemment, en rêve. Emmaüs-Lyon soutient aussi de petites associations locales peu loties telles SOS famille. Dans le cadre des journées solidaires, lancées en 2014 par Emmaüs, les groupes April, Sanofi ou l'Auxiliaire ont sensibilisé leurs salariés qui, sur la base du volontariat, consacrent un jour de RTT à la communauté. Les entreprises satisfont ainsi à leur démarche RSE (Responsabilité sociale et économique).

De son côté, la communauté bénéficie d'un surcroît de notoriété et de bras supplémentaires pour préparer son potager à la sortie de l'hiver, accélérer la réparation des vélos, décorer les meubles de famille, etc. Les idées ne manquent pas. La bonne volonté non plus.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :