Prix Eduquer : Prosper Teboul, le chef d'orchestre

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(Crédits : Laurent Cerino/ADE)
Actuel directeur général de l'Association des paralysés de France (APF), Prosper Teboul se plaît à s'imaginer en chef d'orchestre. De ceux qui dirigent sans imposer, qui s'inspirent de l'autre tout en essayant de lui transmettre un enseignement. Riche d'un parcours qu'il juge lui-même atypique, l'homme manage en harmonie et tâche de toujours allier la parole et l'acte. Il est lauréat du 11e Prix de l'esprit d'entreprendre dans la catégorie Eduquer.

Arturo Toscanini avait, dit-on, pour habitude de distinguer deux sortes de chefs d'orchestre : "Ceux qui ont la partition dans la tête et ceux qui ont la tête dans la partition." Prosper Teboul, directeur général de l'Association des paralysés de France, a fait sienne la citation du chef d'orchestre italien. "Parce qu'elle allie parfaitement l'idée que je me fais de mon rôle de manager, notamment dans la conduite du changement qui m'incombe, et ma passion pour la musique", justifie celui qui préside parallèlement le Concours international de musique de chambre de Lyon.

À 61 ans, Prosper Teboul a fait de sa vie un engagement, au service des autres, mais sans abandonner les logiques économiques. Éducateur de formation, diplômé de l'ENSP (École nationale de la santé publique - actuelle EHESP, École des hautes études en santé publique, NDLR) en 1999, l'homme a souhaité doubler ce cursus d'un diplôme de sciences politiques. "Mon entrée à Sciences Po Lyon a été un tournant révélateur ", confie celui qui juge son parcours universitaire "atypique", qui lui a "permis de s'ouvrir à d'autres disciplines, au premier rang desquels l'économie et la philosophie politique", que lui enseigne Luc Ferry, se souvient-il amusé.

Ouverture et doute

1999 marque aussi une rencontre fondamentale dans son parcours. "Celle d'un homme d'entreprise doublé d'un humaniste, ancien haut dirigeant de Rhône Poulenc alors président de l'Organisation pour la santé et l'accueil (Orsac) qui m'en confie le secrétariat général." Prosper Teboul dirige alors un centre social et de planification à Tassin-la-Demi-Lune (Rhône) depuis 1995, fort de quelques dizaines de salariés. Le voilà propulsé secrétaire général de l'Orsac, association gestionnaire de soixante structures et services sur le sud-est de la France, qui en compte près de deux mille. Le changement d'échelle ne l'effraie pas. Six années durant, il occupe ce poste avant un nouveau virage en 2006, lorsqu'il prend la direction générale de l'Association départementale des amis et parents de personnes handicapées mentales (Adapei) du Rhône.

Là encore, il applique ce que son cursus lui a légué : ce souci sans cesse renouvelé d'ouverture à l'autre, de regard pour l'autre, exhaussé d'une capacité à douter de lui-même et à se remettre en question.

"C'est bien là, la base de toute relation humaine si vous souhaitez vous en enrichir. Dans cette posture, deux personnes apprendront réellement l'une de l'autre."

Apprendre, il semble que Prosper Teboul se place dans un éternel apprentissage.

Apprendre et faire progresser

Aujourd'hui, directeur de l'APF, association créée en 1933 et reconnue d'utilité publique, l'homme coordonne ce mouvement associatif national de défense et de représentation des personnes en situation de handicap et de leur famille.

"Mon arrivée en 2013 a donné une nouvelle dimension à ma carrière. D'abord, parce que cette association, militante et gestionnaire, s'appuie sur un réseau de près de 100 000 personnes (bénévoles, adhérents, salariés, personnes accueillies au sein de 500 établissements et services, NDLR). Surtout, sa dimension nationale s'avère stratégique, notamment dans ses liens avec les pouvoirs publics en ce qu'elle occupe un rôle de lobbying et de coconstruction des politiques publiques relatives au handicap, à l'emploi, à la précarité."

Coconstruire. Un leimotiv pour Prosper Teboul qui veille "à dire ce qu'il fait et à faire ce qu'il dit". Pour Georges Clemenceau, "le premier devoir professionnel d'un éducateur (...) est d'éduquer, d'éduquer par la parole, ce qui est peu de chose, et, quand l'occasion précieuse s'en présente, d'éduquer par l'acte, ce qui est tout" (Vers la réparation,1899). C'est aussi celui du chef de toute entreprise, entendez ici "aventure humaine", qui se doit de "prolonger toute parole par des actes et les mettre en adéquation". Car Prosper Teboul se voit ainsi. En chef d'entreprise. En chef d'orchestre.

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Commentaires
a écrit le 16/06/2017 à 21:14 :
Prosper Teboul, à l'époque où je l'ai connu, écoutait les Doors et pas du tout Toscanini et, même s'il jouait assez bien des instruments à cordes tels que la guitare, il n'avait pas du tout, à l'époque, un esprit de chef d'orchestre.

Mais "..tout change et tout casse et tout passe et tout lasse
Le désir, le plaisir se diluent dans l'espace
Et je n'y suis pour rien"
comme disait Johnny.
Réponse de le 17/06/2017 à 15:13 :
Souvenirs, souvenirs , il faut remonter à 40 ans ....
J'écoute toujours les Doors (ce n'est pas incompatible avec Verdi ou Toscanini) et je joue toujours de la guitare et autres mandoles....
Par contre côté "vrai changement" je n'ai plus beaucoup de cheveux sur le caillou !
Au plaisir d'en savoir plus sur "Jy2m" qui peut me contacter via l'APF...
Prosper

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