Grand Prix : Jean-Marc Borello, le capitaine

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(Crédits : Laurent Cerino/ADE)
De l'association SOS, petite structure dans laquelle il embarquait une poignée de personnes afin de venir en aide aux toxicomanes, au paquebot de l'économie sociale et solidaire qu'il commande aujourd'hui, la singularité de Jean-Marc Borello est demeurée intacte. Sans vision ni stratégie, au gré des vents et des combats, l'entrepreneur s'engage pour l'intérêt général en réussissant à concilier innovation sociale et efficacité économique. Et en dépit des tempêtes et des sollicitations, il n'a jamais abandonné. Il est le Grand Prix du 11e Prix de l'esprit d'entreprendre.

Son départ, Jean-Marc Borello le prépare minutieusement. À bientôt 60 ans, ce grand gaillard, dont l'accent ne trompe pas sur ses origines sudistes, n'a pas l'intention de quitter l'association SOS qu'il a fondée en 1984, devenue un groupe au milliard d'euros de chiffre d'affaires. Un navire de l'économie sociale et solidaire qui intervient à la fois dans des activités hospitalières, de prise en charge de personnes handicapées, d'insertion, etc. qu'il conduit d'une main solide et dont il projetait pourtant de s'en éloigner à l'horizon 2017, lorsque celui-ci atteindrait de tels résultats.

Seulement, sa passion de créer, bâtir et fédérer aura eu fini de le faire changer d'avis. Touche à tout et autodidacte, Jean-Marc Borello ne raccrochera finalement pas tout de suite, mais il anticipe tout de même l'avenir, organisant habilement sa succession. L'entrepreneur a fait le choix de s'entourer d'une garde rapprochée, "seule en capacité de diriger l'entreprise à mon départ".

Le moment venu, il lui confiera les clés de la maison et de ses 16 000 salariés. Les décisions seront prises collégialement par les sept dirigeants du groupe SOS. Une première singulière pour une entreprise de cette taille, portée par un patron obsédé par l'envie de révolutionner et d'aller de l'avant, qui s'affranchit de la bien-pensance et du politiquement correct. Son groupe innove et expérimente, fait et défait, déconstruit pour mieux reconstruire.

Une façon de concevoir la vie "sans stratégie ni vision". Une philosophie qui vaut parfois quelques critiques à Jean-Marc Borello. Une caractéristique qui l'habite, lui qui est passé de la fonction publique à la tête d'établissements de nuit parisiens, pour devenir l'entrepreneur qu'il est aujourd'hui, fondateur et président de SOS, et dont l'aura rayonne jusqu'aux plus hautes sphères de l'État.

Chantre de l'ESS

Avec un franc-parler tranché, une silhouette imposante et une certaine idée du mariage du social et de l'économie, Jean-Marc Borello s'affiche - involontairement - comme la voix de l'économie sociale et solidaire en France. Le chantre d'un secteur en pleine évolution qui irradie à tous les étages de la société et dont la croissance ne cesse de se confirmer.

Si bien que les jeunes générations y voient un intérêt décuplé et préfèrent s'engager au travers d'une entreprise de l'ESS plutôt qu'en politique. Un engagement auquel a toujours cru Jean-Marc Borello, lui qui a refusé toutes les fonctions politiques depuis trente ans. Travailleur acharné, avec plusieurs idées à la minute, il s'engage ainsi en entreprenant.

Une manière de se nourrir intellectuellement des autres pour mieux répondre à l'intérêt général. Tant est si bien que politiques et patrons du CAC 40 "se bousculent", raconte-t-il en souriant, pour obtenir ses conseils sur sa façon de gérer un groupe alliant innovation sociale et efficacité économique.

Sans aucun actionnaire au capital. Le prix de la liberté, pour ce passionné de voile, qui lui donne les moyens de ses ambitions et lui permet de faire avancer son paquebot comme il l'entend, au gré des vents et des combats.

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