En entreprise, la décision doit se construire collectivement

 |   |  532  mots
(Crédits : Emmanuel Foudrot / ADE)
On attend du chef d’entreprise qu’il dirige. Il doit donc être prêt à prendre des décisions qui peuvent s’avérer difficile. Or, c’est un processus complexe.« Pour qui ? Pour quoi ? Comment ? Avec Passion ? ». Le débat proposé le 25 novembre par l’iaelyon et Acteurs de l’Economie - La Tribune, dans le cadre du cycle "philosophie et management", a passé au crible l'art de décider. Et ses chances de réussite.

Florence Poivey est présidente de la Fédération de la Plasturgie et des composites. A la tête de l'entreprise Union Plastic (Haute Loire / 200 personnes) depuis 25 ans, elle dit d'emblée l'importance d'une décision ferme :

"la force d'une décision, ou au contraire sa défaillance, produisent des effets radicalement opposés. Dans le premier cas, l'équipe est rassurée car un choix est fait et assumé".

Poivey

Florence Poivey (Crédits : Emmanuel Foudrot/ADE)

Jacques-Emmanuel Ottavi, philosophe et consultant chez Dianoia Conseil, approuve la dirigeante. Plus que de "force", il parle même de "passion" : "Décider avec passion, cela me plait car on ne dit pas raison. Une décision si elle n'est que rationnelle, n'aboutit pas. Il y faut de l'affect, de l'émotion. Le tissu émotif est présent dans la décision".

Faire confiance

Florence Poivey a fait ses premiers pas dans la direction d'entreprise. Autodidacte, elle a pris les rênes d'Union Plastic après un voyage autour du monde, "vierge de bagage cognitif".

"J'ai choisi de faire confiance, de déléguer à mes collaborateurs. Ce mélange de confiance et d'étonnement - étonnement de voir que l'entreprise avançait si bien - nous a encouragés à l'audace. C'est cette audace que nous avons cultivée pour aiguillonner nos prises de décisions."

Elle insiste sur ce management par les talents, sur cette importance de construire avec les uns et les autres, se nourrir des compétences de chacun pour décider. Jacques-Emmanuel Ottavi approuve :

"Une décision ne s'impose pas, elle se co-construit. C'est une erreur de séparer, dans l'entreprise, les concepteurs et les exécutants. Ils dépendent les uns des autres et doivent s'engager ensemble dans la décision".

Lire aussi : Comment décider en univers complexe et incertain

Ottavi

Emmanuel Ottavi (Crédits : Emmanuel Foudrot/ADE)

Se donner du temps ?

Au fil des échanges, entre les protagonistes, le processus de décision s'éclaire de bien des façons. Décider c'est faire advenir une nouvelle situation, il faut se projeter ; décider c'est risqué ; il faut du courage ; le droit à l'erreur est fondateur ; Et doit-on laisser du temps au temps pour prendre une bonne décision ?

"Prendre du temps pour décider, méfions nous de cette idée. En réalité, c'est la décision qui nous prend, comme si on ne pouvait faire autrement. Tout cela est lié à l'expérience...", explique le philosophe.

Florence Poivey acquiesce : "Certes il faut donner du temps pour l'écoute, l'expertise mais pas trop. Sinon, cela devient une forme de fuite."

Lâcher prise

Donner sa part à chacun pour bâtir, co-construire, cela finalement ne va pas de soi. Florence Poivey défend la nécessité du lâcher prise. Pour cela, elle part dans la nature qui entoure son entreprise comme un bel écrin, "pour respirer, décrisper les neurones".

"Le lâcher prise est un élément essentiel à la prise de décision, renchérit Jacques-Emmanuel Ottavi. Toute décision est une petite création du monde".

plateau

Les intervenants Florence Poivey et Jacques-Emmanuel Ottavi en compagnie de l'animateur de la rencontre Bernard Jacquand. (Crédits : Emmanuel Foudrot/ADE)

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :