Agriculture : quel modèle pour demain ?

 |   |  837  mots
(Crédits : Laurent Cerino/ADE)
Quels défis la filière agricole va-t-elle devoir relever pour pouvoir nourrir la population mondiale de demain ? Tel était le thème de la conférence organisée par Agrica en collaboration avec l'Isara et Acteurs de l'économie-La Tribune qui s'est tenu le 20 octobre à Lyon. Importance croissante des outils numériques, nécessité d'amélioration de la formation ou développement des circuits-courts sont autant de pistes qui dessinent ce que pourra être l'agriculture de demain.

"Le numérique est un outil qui nous permet d'évoluer", estime Jacques Chazalet, éleveur auvergnat de moutons et de volailles, également président du Sommet de l'élevage. Ce jeudi 20 octobre, il débattait avec Jérémy Decerle, président de Jeunes agriculteurs, sur les évolutions de leur profession face aux mutations technologiques, économiques et sociales, lors de la conférence organisée par Agrica en collaboration avec l'Isara et Acteurs de l'économie-La Tribune, et animée par Bernard Jacquand.

Cette importance croissante des outils numériques dans le travail des agriculteurs est un constat confirmé par une enquête menée début septembre par Ipsos, auprès de 233 agriculteurs travaillant essentiellement dans de grandes exploitations. "65 % des répondants souhaitent investir davantage dans les outils digitaux", souligne l'étude. Parmi les principales motivations des agriculteurs, se trouve en première place le gain de temps, puis la réduction de la pénibilité et enfin la rentabilité.

Lire aussi : Demain, l'agriculteur sera-t-il encore dans le pré ?

Concernant les drônes, le suivi génétique et sanitaire permis grâce aux puces électroniques : "je suis convaincu que cela va permettre des avancées en terme de viabilité des exploitations. Si nous anticipons davantage, cela nous permet d'être plus serein et d'avoir davantage de temps", complète Jérémy Decerle.

Moyen ou solution ?

"Chez les éleveurs, il n'existe pas de sans-papier. Nous avons besoin de ces outils pour agréger ces données, les compiler...", détaille Jacques Chazalet. "Cette capacité à compiler les donner est essentielle", confirme Jérémy Decerle. L'éleveur de bovins basé à Mâcon peut déjà regarder depuis Paris, grâce sa tablette, "combien de temps les bêtes sont restées dans telle ou telle parcelle", une solution plus complète que le carnet d'élevage.

Chazalet

Jacques Chazalet (Laurent Cerino/ADE)

"Le GPS est également une avancée technologique importante : en Nouvelle-Zélande, un GPS associé à un collier électrique permet de limiter une parcelle. C'est plus efficace que de déplacer la clôture", poursuit Jacques Chazalet. Cependant, si le numérique est une solution, "il n'est pas LA solution. L'informatique est plutôt un moyen."

Formation

Outre les mutations technologiques, les exploitants agricoles doivent faire face aux évolutions sociétales de leur métier, qui laissent apparaître de nouveaux profils.

"Les agriculteurs sont de moins en moins nombreux. Par conséquent, il existe de moins en moins de fils d'agriculteurs. Désormais, les profils évoluent : ce ne sont plus seulement des personnes issus du milieu qui se lancent dans le métier", explique Jérémy Decerle.

Un des éléments déterminant pour le devenir de la profession est la formation de ces nouveaux entrants. "Nous devons développer cette force pour que l'agriculture évolue", continue le président de Jeunes agriculteurs.

Lire aussi : L'agriculteur, toujours maître de son exploitation ?

Une formation qui passe par les écoles d'agriculture, des stages à l'étranger "où l'on n'apprend pas spécialement la technique mais qui procurent une ouverture d'esprit", mais aussi par des dispositifs d'aides à l'installation à la fois financières et humaines.

Contrat sociétal

La principale innovation en matière d'agriculture est-elle donc technologique ? A écouter les deux éleveurs présents pour ce débat, pas forcément. Les évolutions sont plutôt sociétales :

"Nous devons savoir quel est le contrat sociétal, à la fois sur le produit et sur la forme d'agriculture que l'on souhaite pour le futur", souligne l'éleveur auvergnat. "L'agriculteur décide, mais finalement le consommateur a le dernier mot."

Decerle

Jérémy Decerle (Laurent Cerino/ADE)

Pour lui, comme pour Jérémy Decerle, penser l'agriculture de demain ne se limite pas aux moyens techniques et numériques qui seront mis en œuvre. "Désormais, les acheteurs veulent des produits issus de leur territoire", détaille Jacques Chazalet. Un constat partagé par Jérémy Decerle, qui révèle toutefois un paradoxe : "Le consommateur est légèrement schizophrène. Il veut acheter des produits régionaux, mais revient avec un caddie qui en contient peu."

Circuits courts

Dans une agriculture qui s'est mondialisée, tout l'enjeu réside par conséquent dans ce contrat tacite passé entre producteurs d'un côté, et agriculteurs de l'autre. Et si l'agriculture de demain était finalement celle où les agriculteurs reprennent le contrôle de leur production ?  "Si les agriculteurs ont manqué quelque chose, c'est bien en terme de distribution : aujourd'hui d'autres le font à notre place", reconnaît Jérémy Decerle.

L'innovation c'est donc aussi la mise en place de circuits-courts, "ce qui apporte une sécurité au consommateur et une facilité au producteur", indique Jacques Chazalet. Ou un modèle hybride, afin de répondre à une demande atomisée : "Je peux un jour acheter en circuit-court et un autre jour être client de la grande distribution", poursuit-il. Dans tous les cas, les agriculteurs doivent définir dès aujourd'hui "le modèle d'agriculture [qu'ils souhaitent] défendre" demain.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :