Marie-Pierre Dumaine, l'audacieuse

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(Crédits : Laurent Cérino/ADE)
Son père avait créé Michel Graveur, un fleuron européen du textile. En 1999, il est victime d'un infarctus et ne reviendra jamais à son poste. Marie-Pierre Dumaine reprend le flambeau dans les pires conditions, alors que la crise dévore toutel'industrie textile. Elle diversifie l'activité familiale pour mieux la relancer. Et reste aujourd'hui à l'affût de l'innovation. Entrepreneuse malgré elle ?

« J'avais 34 ans, trois enfants à élever et aucune envie d'exercer de telles responsabilités. Mais pour moi il était normal de prendre la direction de Michel Graveur. Je l'ai fait pour mes parents, pour tout ce qu'ils ont construit », souligne Marie-Pierre Dumaine.

Son père, Michel Panza, avec son épouse dessinatrice, a développé de zéro cette entreprise spécialisée dans la fabrication de cylindres pour imprimer les tissus. La gravure est l'étape entre la création et l'impression textiles, le savoir-faire du graveur étant de décomposer un dessin en couleurs. Pour chacune, un cylindre est gravé. Michel Graveur excelle dans cet art et devient leader sur son marché.

En 1998, il totalise 130 personnes, s'appuie sur des filiales en Espagne, Italie, Tunisie et à Bourgoin-Jallieu (Isère). Mais un an plus tard, le marché s'ouvre, les clients désertent. Le chiffre d'affaires chute de 35 %, les filiales doivent fermer. Michel Panza, sous pression, subit un violent infarctus. Sa fille, admirative de son père - « un homme bourré d'énergie, visionnaire » -, le voit malade et sans hésiter reprend le flambeau. Elle se souvient du jour où elle a réuni les 100 salariés à Valsonne (Rhône) pour annoncer sa décision.

« C'était très dur, mon père était mon héros. Clients, fournisseurs et salariés pensaient que je n'y arriverais pas. »

Il lui faut gérer la décroissance. Elle licencie pour raison économique, apprend seule à naviguer par gros temps, avec le soutien de son mari, également dans l'entreprise, et de quelques fidèles engagés en interne.

« Ce n'est pas à moi de les diriger »

Au fil des ans, elle fait évoluer le management très paternaliste - « mon père avait 100 enfants, les salariés » -, favorisant l'autonomie : « Je cherche à ce que les gens soient pro-actifs. Ce n'est pas à moi de les diriger. »

Elle s'ouvre à l'impression numérique à jet d'encre et crée « Grain de Couleur » en 2000, se positionne sur l'événementiel (signalétique, stand) et la décoration, imprimant sur mesure et confectionnant rideaux, coussins, nappes, etc.

En 2007, elle devient aussi éditrice, avec les deux marques propres « Un Rendez-vous français » et « Daycollection », proposant des collections de rideaux, sets de table, serviettes éponges, etc. L'ensemble est désormais réuni en une seule entité, Valtex Group, avec Michel Graveur pour 50 % du chiffre d'affaires, Grain de Couleur pour 25 % et les marques d'éditeur pour le reste.

A l'affût

La société au capital intégralement familial affiche un chiffre d'affaires de 4,3 millions d'euros en 2014 et emploie 34 personnes réparties sur trois métiers. Cette diversification a imposé de former et de faire évoluer les équipes.

Pour l'édition, Marie-Pierre, fidèle à l'ADN de Michel Graveur, vise la qualité : petites séries, moyen-haut de gamme, matières naturelles. Ses deux marques « sous le bras », elle fréquente les grands salons et vend en Asie, en Italie, au Japon : 70 % sont exportés vers 1 500 boutiques dans le monde. Pour cela, il a fallu investir dans sept machines à jet d'encre. Fidèle à l'œuvre de son père, la fille, qui s'admet « battante, résistante », se donne comme mission d'être le seul graveur en France et en Europe.

« Mes cylindres seront faits ici et je livrerai en France et ailleurs. » Valtex est d'ailleurs labellisé Entreprise du Patrimoine Vivant. Sa dirigeante mijote d'en faire un centre d'excellence. Bien assise sur ses trois métiers, elle reste à l'affût de toute innovation.

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