Vincent Carry, électron libre

Vincent Carry, lauréat du prix de l'entrepreneur culturel et créatif. Crédits : Laurent Cérino
Vincent Carry, lauréat du prix de l'entrepreneur culturel et créatif. Crédits : Laurent Cérino (Crédits : Laurent Cérino)
Yann Petiteaux  |   -  571  mots
Vincent Carry est lauréat du prix de l'entrepreneur culturel et créatif. « Activiste des musiques actuelles », le directeur des Nuits sonores est aussi un entrepreneur qui n'oppose pas le sens de son action culturelle à la performance économique. Quitte à déranger les plus conservateurs.

Qui a dit que l'esprit d'entreprise n'avait pas sa place dans la culture ? Certainement pas Vincent Carry. A 43 ans, ce Lyonnais a contribué à créer une trentaine d'emplois pérennes dans le secteur culturel régional en l'espace de douze ans, dont plus de la moitié avec le seul festival des Nuits sonores.

Trouver la clef de l'indépendance 

« Depuis la première édition en mai 2003, nous avons multiplié la fréquentation par six, de 16 000 à 103 000 festivaliers », ajoute le directeur de cet événement annuel dédié aux musiques électroniques. Dans le même temps le budget de l'association organisatrice Arty-Farty a également été multiplié par six (de 500 000 à 3 millions d'euros), dont la part d'autofinancement atteint 82 % à ce jour, un niveau « exceptionnel » pour une entreprise culturelle. Le fruit d'une volonté clairement affichée. « C'est la clé de l'indépendance », insiste Vincent Carry. En effet, 60 % des ressources financières proviennent directement des festivaliers (billetterie, consommations...) et 22 % des entreprises (sponsoring, mécénat et prestations). « C'est ce qui fait que nous sommes perçus comme une entreprise culturelle », estime Vincent Carry.

Culture-journalisme-culture 

L'homme est depuis la fin des années 1980 un « activiste des musiques actuelles » et en particulier de la musique électronique. Entre 1989 et 1996, il a tenu la programmation de plusieurs lieux lyonnais (Toy club, le Zoo, Opéra mundi...). A cette époque, il crée également Man machine, la première agence d'artistes de musique électronique. Puis, de 1996 à 2002, il œuvre comme journaliste pour le groupe Lyon Poche dans les domaines du cinéma, de la musique et de la politique. Après cela, il se lance dans l'écriture du projet Nuits sonores avec l'équipe d'Arty-Farty : Patrice Mourre, Sébastien Devaud et Pierre-Marie Oullion.

Aujourd'hui, Vincent Carry dirige Arty-Farty qui, outre le festival des Nuits sonores -exporté à Tanger depuis l'an dernier-, organise également le forum annuel European lab consacré à l'innovation et l'entrepreneuriat culturel. Cet événement reçoit 5 000 participants sur quatre jours et une centaine de conférenciers. Arty-Farty fait également du management d'artistes (dont Laurent Garnier), de la production d'événements et de la direction artistique.

Parallèlement, Vincent Carry œuvre en qualité de conseiller artistique de la Gaîté lyrique à Paris et préside la société Culture next qui gère la salle de spectacle le Sucre. Celui qui a assuré en 2007 la coordination de la candidature de Lyon au titre de Capitale européenne de la Culture 2013 a également présidé le comité de soutien à Gérard Collomb lors des dernières municipales.

Entrepreneur culturel 

Vincent Carry se définit clairement comme un entrepreneur et n'oppose pas le sens de son action à la performance économique, quitte à déranger les plus conservateurs du milieu. « J'ai les mêmes problématiques qu'un patron de PME, assure-t-il. Il n'y a pas l'ombre d'une différence, hormis les 18 % de subventions que nous percevons. Mais en face de cela, nous avons une mission de service public (gratuité d'une partie du festival, accessibilité à tous, organisation d'un festival pour les enfants...). »

Le directeur des Nuits sonores constate avec plaisir que la nouvelle génération se montre plus ouverte aux passerelles entre la culture et l'entreprise. Ainsi, Arty-Farty entretient des relations durables avec une cinquantaine de partenaires de la TPE (Capsa, APC, Insign...) au grand groupe (Adidas, EDF, SFR...). « Les dirigeants de ces entreprises ont de commun qu'ils s'intéressent profondément à ce que l'on fait. Ils sont véritablement dans une démarche de co-construction. »

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