Invitons les apprenants à coconstruire leurs apprentissages

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(Crédits : DR)
Alors que le fonctionnement de l'enseignement supérieur est critiqué par les étudiants eux-même, il est temps de les écouter et de créer des écosystèmes adaptés et évolutifs. Loin de tout discours défaitiste, l'optimisme doit être l'arme idéale. Par François Taddei, enseignant-chercheur à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

La voix de l'étudiant est rarement entendue si ce n'est lorsque certaines mesures l'impactent directement et le font descendre dans la rue. Les réformes de l'enseignement supérieur menées par les gouvernements successifs font fi de prendre en considération sa vision, conception, et perception de son rôle d'apprenant.

Pourtant, à la lecture d'un sondage paru en mars 2015 d'Opinion Way, "95 % des 15-30 ans souhaitent un changement du système éducatif", il serait donc pertinent de les écouter davantage, de les consulter plus régulièrement, et de ne pas attendre les cas extrêmes pour envisager de le faire. Inlassablement, et malheureusement, les enseignements ne sont toujours pas codesignés avec eux. Tandis que le milieu de l'entreprise s'inquiète et s'empare des attentes des consommateurs afin d'adresser au mieux leurs produits et services, l'enseignement en est encore très loin... L'étudiant étant constamment relégué au fond de la salle.

L'écouter davantage, pourtant, ce ne serait pas faire de lui un consommateur ou lui donner les clés de la maison mais plutôt prendre en considération sa motivation afin d'en retirer le meilleur pour tous : l'enseignant, l'apprenant et l'éducation en général. Encore faut-il que le monde académique l'envisage et soit moteur, lui qui a parfois des difficultés à faire évoluer ses pédagogies et contenus et à aider les jeunes à relever les défis de notre temps.

Évolution

Il est donc temps de créer des écosystèmes adaptés et évolutifs. Évidemment, rien ne se modifie, ne se transforme, et n'évolue aisément. Néanmoins, loin de tout discours défaitiste, l'optimisme doit être l'arme idéale. D'une part, par certaines initiatives de professeurs, impliquant leurs étudiants dans l'élaboration de programmes mieux adaptés à leur demande. D'autre part, par le gouvernement actuel qui marque sa volonté de réfléchir à la société apprenante de demain afin d'inverser cette logique de penser pour l'étudiant. Car ce dernier a le droit de s'interroger sur sa manière d'apprendre, sur la façon dont le message lui est transmis, et sur ses attentes en terme de formation.

Face à ce constat, de quelle manière peut-il se faire entendre ? Par les associations d'étudiants qui formulent de l'innovation et demandent une présence dans les comités d'évaluation pédagogique afin de faire évoluer les méthodes à la racine. Des propositions peuvent alors être élaborées avec eux - comme celles reposant par exemple sur l'usage des technologies - afin que l'apprenant puisse bénéficier d'un parcours personnalisé et adapté au projet de vie et au projet professionnel de l'étudiant.

Pour y parvenir, innovons intelligemment ensemble étudiants, professeurs, chercheurs. Donnons les moyens d'un vrai service de recherche et développement pour la société apprenante, l'éducation comme la santé se doit d'investir dans sa capacité à innover. Imaginons une entreprise qui n'aurait pas un service de R&D performant, comment ferait-elle pour rebondir, se développer, grandir ? L'enseignement supérieur, et l'éducation en général, est dans la même situation, mais le comprend encore mal. Dès lors, les conséquences sont regrettables pour l'apprenant, et le sachant... et se ressentent sur le long terme. Pourtant, on pourrait élaborer ensemble des projets de recherche participative sur l'avenir de l'université et son rôle dans la société apprenante afin de mobiliser l'intelligence collective au service des grands défis planétaires recensés par les Nations unies qui ont tous une déclinaison locale impactant notre quotidien.

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