La jeunesse en demande de politique

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(Crédits : © Christian Hartmann / Reuters)
Pour Anne Muxel, directrice de recherche au Cevipof (CNRS/Sciences Po), les jeunes ont un nouveau rapport à la politique. Ils privilégient les initiatives individuelles et des fédérations d'alter ego plutôt que les organisations traditionnelles de la médiation politique. Dès lors, comment réconcilier jeunes et action publique ?

Les jeunes partagent avec leurs aînés une même défiance à l'égard de la classe politique et des institutions. Sept jeunes sur dix n'ont confiance ni dans la droite ni dans la gauche pour gouverner. Mais l'impact de cette défiance a des conséquences différentes, dans la mesure où les nouvelles générations découvrent la politique dans ce contexte particulier. Ce qui n'est naturellement pas le cas de leurs prédécesseurs qui ont été socialisés à la politique à des époques plus porteuses en termes de confiance et d'adhésion partisane ou idéologique.

Aujourd'hui, les organisations traditionnelles de la médiation politique sont contournées au profit d'un fonctionnement en réseaux, privilégiant les initiatives individuelles et des fédérations d'alter ego. Les jeunes veulent conserver leur libre arbitre, et ne veulent plus avoir à épouser une ligne politique, à intégrer un discours unique et dogmatique. Leurs engagements sont plus réflexifs, plus courts et réversibles, mais aussi plus exigeants quant à leur efficacité et leurs résultats.

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Le rapport au vote est de ce point de vue significatif. Les jeunes électeurs sont devenus des électeurs intermittents, faisant un usage alterné du vote et de l'abstention. Ils sont moins sensibles au devoir qu'implique l'usage citoyen du vote et plus réactifs aux enjeux de l'élection ou à la personnalisation de la compétition électorale. Il leur faut un enjeu fort et perçu en tant que tel pour aller voter. L'intermittence de leur mobilisation électorale est étroitement liée à la façon dont ils vont considérer l'importance des enjeux de l'élection. C'est ainsi qu'ils se sont relativement bien mobilisés pour voter lors de la dernière élection présidentielle de 2012, mais lors des législatives et de toutes les élections qui ont suivi, déjà fortement marquées par l'abstention, ils sont restés  nettement en retrait.

En quête

Instrument de connaissance et d'échange, internet est aussi un outil de dénonciation et de médiatisation qui induit de nouveaux usages de la citoyenneté. Au travers des réseaux sociaux, il favorise des mobilisations collectives en temps réel, entretient une culture de la dérision et une disposition critique. Le règne de l'image et de l'instantanéité fixe une obligation de transparence et d'authenticité. Mais les demandes de renouveau et de changement n'ont pas nécessairement le même débouché politique. On voit coexister au sein de la jeunesse à la fois des revendications pour davantage de démocratie participative et directe, et des demandes d'ordre et de leadership autoritaire, pouvant remettre en cause certains piliers de la démocratie. Il n'y a pas d'homogénéité dans la jeunesse, mais une place pour des comportements radicaux pouvant séduire ceux qui entendent déverrouiller le système.

Lire aussi : Les jeunes sont oubliés de la présidentielle

Les jeunes sont en quête de repères et d'incarnation de projets portés par des personnalités fortes et engagées. Cela peut déboucher sur des réponses politiques favorisant la montée des populismes de gauche comme de droite, dont les rhétoriques sont articulées sur la peur et la crainte de l'avenir. Mais cela peut aussi favoriser un surcroît de vitalité politique et démocratique dès lors que le lien entre les gouvernés et les gouvernants se retisse sur la base d'une confiance réciproque et que l'espace de la politique redevient fécond, c'est-à-dire novateur et prospectif. Faire voir et faire entendre l'avenir au travers de tous ses possibles et de toutes ses promesses, n'est-ce pas ce qui peut réconcilier les jeunes avec l'action publique ? À un mois de l'élection présidentielle, c'est le défi des politiques d'esquisser des réponses et de permettre aux jeunes de se projeter plus que jamais personnellement et collectivement dans un monde en plein mouvement.

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Commentaires
a écrit le 06/04/2017 à 17:13 :
Déjà apprendre à dire non comme on le voit avec la photo c'est un bon premier pas.

"La tâche des instituteurs, ces obscurs soldats de la civilisation, est de donner au peuple les moyens intellectuels de se révolter." Louise Michel
a écrit le 06/04/2017 à 11:45 :
Une jeunesse méfiante de la politique, mais très politisée ! Un paradoxe qui démontré par Anne Muxel. Pour le projet Youth ID (http://www.youthid.net) une des solution donnée est un programme d'inclusion pour faire participer la jeunesse. Nous observons en effet une alarmante sous-représentation de la jeunesse dans les instances politiques & ailleurs.

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