L'aménagement du territoire pour sortir du mal-logement

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(Crédits : Laurent Cerino/ADE)
Si le logement social est la première condition pour "faire société", il se révèle trop souvent un marqueur stigmatisant quand il n'est pas discriminant, pense Bernard Devert, fondateur d'Habitat et Humanisme.

Au plus haut niveau de l'Etat, Manuel Valls, alors Premier ministre, dénonçait des traces de ghettoïsation ; l'expression, contestée bruyamment, n'est cependant pas sans pertinence. Des mesures, désormais, sont retenues pour que les quartiers fracturés n'accueillent plus - ou moins - les foyers désocialisés, observant combien cette absence de politique assassine la cohésion sociale.

L'heure est d'ouvrir un grand chantier invitant la Nation à se réconcilier avec ses cités. Le corps social est confronté à un cancer métastasé qui le ronge inexorablement. Le diagnostic, établi chaque année, fait part d'une aggravation du mal-logement, pour se développer plus vite que la capacité de tous les acteurs à l'enrayer.

"Inefficacité"

Christian Noyer, en qualité de Gouverneur de la Banque de France, adressa en mai 2013 une lettre au Président de la République mettant en exergue la distorsion entre les crédits affectés au logement (47 milliards d'euros) et l'impossibilité d'en découdre avec ce mal.

Aussi, s'interrogeait-il sur l'absence de doutes et le manque de débats sur les causes de ce qu'il nommait l'inefficacité. Que faire quand 60 000 personnes rejoignent chaque année la région de l'île de France nécessitant de bâtir tous les 12 mois l'équivalent d'une petite ville ; quand 600 000 candidats demandent un toit décent sur ce même territoire et que 24 000 sans-domiciles sont assignés à la rue à Paris (144 000 sur la France entière), quand le 115 ne parvient plus à faire face même s'il s'agit d'un SOS de personnes malades, au soir de leur vie, ou encore des mamans et leurs enfants ?

Inaccessibilité

S'impose une urgente réflexion pour trouver un traitement. Cette déshumanisation inacceptable met la société en risque de rupture à un moment où les populismes l'instrumentalisent. La réponse n'est pas seulement de construire plus, mais de s'interroger sur l'aménagement du territoire qui, insuffisant, met en état de choc le logement social absorbant le manque de régulation.

Les grandes villes sont de magnifiques vitrines, mais leurs propositions sont inaccessibles aux personnes fragilisées, logées très souvent au bout du bout des agglomérations qui, s'étalant, éloignent des centres les plus pauvres. Dans le même temps, des petites et moyennes villes offrent des milliers de logements affichant à louer, à vendre, confirmant un désert déjà bien avancé.

Comment ne pas partir puisqu'il n'y a pas de travail ! Seulement, les demandeurs d'emploi - plus de cinq millions - le trouvent-ils davantage dans les grandes agglomérations. Le travail se modifie et la prégnance du numérique va accélérer encore le changement, d'où des ouvertures inouïes que l'aménagement du territoire devrait accompagner. La question ne mérite-t-elle pas d'être étudiée dans la perspective d'une économie s'attachant au réel. Notre société gagnerait en humanité.

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