Comment sauver le marché du carbone

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(Crédits : DR)
Suite à un vote du Parlement le 15 février dernier, la Commission européenne et le Conseil européen doivent désormais s'entendre sur la réforme du marché du carbone pour l'après 2020. Afin de sauver ce mécanisme, qui pourrait constituer une réponse pertinente au changement climatique, il est plus que jamais nécessaire de l'adapter pour le rendre plus efficace. Par Thierry Fornas et Gérald Maradan, fondateurs d'EcoAct.

Le marché carbone européen de quotas d'émissions n'a pas bonne presse. Souvent présenté comme un "marché de droits à polluer", il n'est pas parvenu à réduire les émissions de gaz à effet de serre des secteurs concernés. La faute à un prix de la tonne de CO2 désespérément bas. Autour de 6 euros, il n'est pas suffisamment incitatif pour engager les industriels sur la voie de la transition écologique. Rappelons tout de même qu'en 2005, au lancement du marché carbone, il se situait à 30 euros la tonne.

Valoriser le carbone demeure pertinent

Ne nous trompons donc pas de débat. Ce qui est en question ici, c'est bien le prix du carbone, pas le marché lui-même. Car valoriser le carbone demeure plus que jamais pertinent pour réduire efficacement les émissions de gaz à effet de serre. Tout d'abord, parce qu'il envoie un signal clair à l'ensemble des acteurs concernés, sur le principe du "pollueur-payeur". Un mécanisme plus simple et plus efficace que n'importe quelle norme environnementale.

Ensuite parce que le prix carbone a une vertu pédagogique : il traduit, de manière concrète, l'idée de "dette écologique" que, par nos actions présentes, nous laissons aux générations futures. Enfin, le prix carbone permet de réduire le coût de l'action climatique internationale. En effet, les mécanismes de prix carbone - sous la forme de taxe ou de système d'échange de quotas - connaissent actuellement un développement sans précédent et sont appelés à s'interconnecter. Selon la Banque Mondiale, cette interconnexion permettrait de diminuer d'un tiers le coût des efforts d'atténuation du changement climatique[1].

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Avec la Chine, qui compte ouvrir son marché cette année et le Canada dès 2018, 25 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre seront alors couvertes par un prix carbone.

 Au mieux, un prix de 20 euros...

Tout ce système ne fonctionnera qu'à la condition que le prix du carbone soit suffisamment élevé pour être incitatif. Selon les prévisions, la réforme actuellement proposée par le Parlement européen permettra, au mieux, d'atteindre un prix de 20 euros la tonne en 2030. Or, l'on sait que pour amorcer la transition du charbon vers le gaz, le seuil se situe autour de 30 euros. C'est donc le niveau minimal que le marché carbone devrait atteindre dès 2020, avant d'envisager ensuite une hausse progressive.

De nombreuses entreprises sont aujourd'hui matures sur le sujet et devancent les pouvoirs publics en mettant en place un prix carbone interne. Les pouvoirs publics doivent accompagner et favoriser cette transition. A l'échelle européenne, les solutions pour y parvenir sont connues : elles tiennent au nombre de crédits distribués chaque année aux industriels et à la durée de vie des crédits stockés dans la réserve de stabilité du marché. Il ne s'agit pas d'inventer de nouveaux mécanismes, seulement de revenir à l'esprit originel du marché carbone dont l'objectif était de "favoriser la réduction des émissions de gaz à effet de serre dans des conditions économiquement efficaces et performantes"[2]. Il faut désormais montrer que cela marche.

De plus en plus d'entreprises s'engagent aujourd'hui en faveur du climat. Plus qu'une contrainte, la prise en compte du changement climatique constitue un levier de transformation et de performance pour les organisations. L'Europe doit aujourd'hui en prendre fait, accompagner plus activement les entreprises à travers leur transition et réformer avec ambition le marché carbone pour un prix plancher significatif. C'est à ces conditions que s'opérera un changement dans l'économie.

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[1] http://www.worldbank.org/en/news/press-release/2016/10/18/global-cooperation-through-carbon-markets-could-cut-climate-mitigation-costs-dramatically-new-world-bank-report

[2] http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=OJ:L:2003:275:0032:0046:fr:PDF

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