Fintech et banque : laquelle sauvera l'autre ?

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(Crédits : DR)
En s'invitant dans l'ensemble des métiers de la banque, la révolution digitale a redéfini les business modèles. Le web ne distribue plus uniquement les produits bancaires classiques : il permet à de nombreux acteurs de créer leur propre offre bancaire qui bouleverse les codes du secteur. En pleine conquête du grand public, la fintech a d'ores et déjà court-circuité les grandes institutions bancaires. Et après ? Par Bruno Gloaguen, directeur général d'Anytime.

17,8 milliards de dollars ont été investis dans la fintech au 3ème trimestre 2016[1]. Alliant info-com et secteur bancaire, c'est un raz-de-marée novateur que de nombreuses startups se targuent d'avoir initié, à tort ou à raison. Difficile d'en définir les limites : si le terme « fintech » est récent, le concept ne l'est pas. Paypal l'a initié à la fin des années 90. Du neuf avec du vieux ? La fintech ne se contente pourtant pas de recycler une recette qui marche.

En bouleversant le rapport à autrui, et donc aux clients, les médias sociaux et les nouvelles technologies ont transformé les modes de consommation ; la dérégulation s'est chargée du reste. La régulation drastique imposée par la crise financière a libéralisé l'accès au secteur financier pour de nouveaux acteurs. Ce sont des startups de toutes tailles qui portent des projets très variés et qui se rejoignent toutes sur un point : la fintech associe les technologies du digital aux services bancaires, et disrupte la finance.

Repenser la banque, et après ?

Les fintech repensent toute la logique verticale du secteur bancaire héritée de la révolution industrielle : avec ces nouveaux acteurs, la banque se met à l'horizontal et ne vend plus un produit, mais répond à un besoin. En proposant un mode de consommation plus personnalisé et plus accessible, la Fintech replace la relation client au cœur de ses enjeux. Une première vague de startups émerge ainsi, et prépare les remous d'une seconde salve encore plus en rupture avec le système historique.

La grande diversité de la fintech, qui couvre désormais un ensemble complet de services bancaires (compte, affacturage, crowdfunding, crowdlending, terminaux de paiement et de prêts via peer to peer), en fait un atout majeur pour de grands groupes internationaux ou des mastodontes du web qui voudraient capter les flux de paiement de leurs clients et proposer des services bancaires. Demain, Google pourrait ainsi recréer une banque 2.0 à partir de bribes de fintech. Il lui suffirait d'une API pour se connecter à des tiers, d'un processus d'identification de la clientèle et d'une licence bancaire de base pour se constituer sa propre clientèle et mettre un pied dans le monde de l'offre bancaire, indépendamment des banques traditionnelles.

Banques : la sidérurgie de demain ?

11 milliards - c'est le montant des revenus des banques traditionnelles que la fintech impacte, et ce uniquement sur le marché américain[2]. En leur offrant un avenir, les banques comptent bien profiter de la créativité et de l'innovation de ces startups. Les fintech ont vocation à être rachetées par des empires du web ou par des entités internationales comme BNP Paribas, qui a accueilli huit d'entre elles au sein de son accélérateur parisien cet été. Leur capacité à adopter une vision globale sur un marché très ciblé pour répondre à un problème précis est primordiale.

Collaboration

L'avenir de la fintech se place donc sous le signe de la collaboration à l'international. Pour cela, ouvrir ses systèmes d'information est une nécessité. Les API portent la vague d'innovation qui déferle sur le secteur et pousse les banques à intégrer le mouvement. Mais la vraie course n'est pas technologique, elle se joue sur l'expérience utilisateur. Les API sont un moyen de distancer rapidement ses concurrents en exposant des services à des programmeurs externes. Une évolution (re)structurante pour le monde numérique, qui pourrait alors aboutir à l'« openbanking », modèle ultime de la néobanque. L'avenir de ces startups, autant que celui des banques, repose sur leur capacité à développer des services basés sur l'API et à se mutualiser.

Duo gagnant

La fintech s'est longtemps positionnée en tant que concurrent des établissements bancaires traditionnels. Aujourd'hui, après avoir conquis et digitalisé les offres bancaires, c'est vers ces acteurs historiques qu'elles se tournent, en quête de crédibilité, de visibilité et d'un accès-clé au marché. Et ceux-ci le lui rendent bien : pour les banques, les startups incarnent l'opportunité de répondre aux attentes d'un public qui les délaisse. Antithèses historiques, banques et fintech deviennent désormais un duo gagnant : des entités complémentaires destinées non seulement à coexister, mais à assurer l'avenir de l'une de l'autre.

[1] Selon l'étude « Venture Pulse » de KPMG, Octobre 2016

[2] Étude Goldman Sachs, Mars 2015

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Commentaires
a écrit le 24/02/2017 à 11:28 :
Ce n'est pas un duo gagnant mais une opportunité pour la Fintech d'avancer à condition de ne pas se tromper de banque ! La fintech répond a un besoin par un concept d'adhésion . La banque est programmée pour vendre un produit et non répondre à un besoin. Une preuve ? Comparez les recherches faites sur internet (exemple produit avec protection du capital) avec le nombre de produit distribuée par les banques : le gap est impressionnant !
Seule une évolution réglementaire ( à l'image de DPS2) permettra aux Fintechs de grandir vite et bien afin de concurrencer les anglo-saxons non soumis aux mêmes règles.
2B
a écrit le 23/02/2017 à 10:14 :
Les acteurs de ces nouvelles technologies sont tellement obnubilés par ce qu'ils fabriquent qu'ils en oublient que les services créés sont destinés à un PUBLIC, à des utilisateurs qui n'ont pas forcément envie de rentrer dans les méandres de la technique et qui sont agacés par le jargon prétentieux employé ; API ? kezaco ? Peer to peer ? kezaco ? S'il y a un domaine où ces nouvelles entités regroupant banques et ingénierie financière auraient des progrès 2.0 à faire, c'est en matière d'éthique et de restauration de la confiance pour que le client ne se demande pas en permanence : que sont-ils en train d'inventer pour mieux nous pigeonner ?
Amicalement !
a écrit le 22/02/2017 à 18:51 :
Ce n'est peu être pas le même métier, ou bien il y a plusieurs métiers ?

Ce n'est pas qu'une question de maitrise des technologies numériques, il y a également un problème culturel. Les starups ont des capacités à changer rapidement de modèle en cours de route, ou à en réinventer de nouveaux, pour optimiser la relation client et le service rendu.
Tout cela sans parfois aucune anticipation ou état d’âme en termes de business model.

Pendant longtemps, ce que l'on demandait aux banques c'est de garantir les dépôts et éventuellement de faire fructifier l'argent, mais sur la base de crédits et d’investissements "raisonnables". Or, comme le montre la dernière crise financière, ce n'est plus leur seule méthode pour placer l'argent et dégager des profits.

Si l'objectif c'est de gérer les transactions en temps réel, de payement ou l'encaissement, n'importe quel prestataire disposant d'outils informatiques et d'infrastructures de communication peut faire le job.
S'il s’agit de gérer des titres en bourse et de spéculer sur les marchés financiers, c'est certainement un autre métier. Même si parfois on peut se demander s'il y a un intérêt ou une logique à ces méthodes (parfois plus proches du pari, que de la science économique), il n'en demeure pas moins que les algorithmes de trading et le trading haute fréquence nécessitent un autre niveau d'expertise.

De toute façon, comme cela a été fait pour les banques en lignes ou les lowcost, rien n’empêche les groupes bancaires et les assureurs de créer plusieurs filiales, chacune s'adressant à un segment de marché différent.
De nouveaux acteurs, tels Orange Bank, vont venir chambouler les opérateurs en place.
Idem pour les marches financiers. Si à terme, le métier se limite uniquement à la vitesse de traitement du THF ou à la conception d'un algorithme complexe, ce sont les sociétés informatiques qui sont les mieux placées.

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