Revenu universel : la proposition d'Hamon est-elle viable ?

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(Crédits : DR)
750 euros par mois d’ici à la fin du prochain mandat présidentiel, étendu progressivement à tous, pour un coût estimé total de 450 milliards d’euros : la proposition de revenu universel telle que défendue par Benoît Hamon est-elle viable ? Une question posée par Renaud Chartoire, professeur agrégé en sciences économiques et sociales.

Le revenu universel est une utopie peut-être en passe de devenir réalité. Expérimenté depuis peu en Finlande, il transcende en partie les oppositions politiques puisqu'on le trouve défendu aussi bien par des théoriciens libéraux que par des auteurs marqués à gauche. L'idée est, en effet, au départ séduisante : donner à chaque être humain un revenu universel, identique pour tous, qui soit la contrepartie d'un droit à vivre, et qui permette à chacun de survivre sans avoir besoin pour cela de revenus du travail.

Dans ce cadre, le travail deviendrait un choix et non plus une contrainte. Ceux qui souhaiteraient gagner plus pourraient toujours travailler, d'autant que des emplois se seraient libérés à la suite de la décision de certains de profiter seulement de ce revenu universel. Et ceux qui choisiraient de se retirer du marché du travail ne seraient plus stigmatisés comme des assistés, puisque la norme qui s'imposerait progressivement dans cette nouvelle société serait celle du libre choix.

Quel financement ?

L'idée est certes séduisante, mais comment la financer ? Le revenu universel étant un revenu de transfert distribué par la puissance publique, il implique un financement opéré par des prélèvements obligatoires. Celui-ci peu prendre plusieurs formes : hausse de la TVA, augmentation des taux progressifs de l'impôt sur le revenu ou sur le patrimoine... Ou alors, une autre possibilité existe : le financement par création monétaire.

Le problème, évidemment, est que quelle que soit la solution retenue, des effets pervers sont à craindre. Dans le cas d'une hausse de la TVA ou d'une création monétaire, la mise en place d'un tel revenu devrait se traduire par une hausse des prix. Or, cette inflation peut réduire la compétitivité de nos entreprises, et donc à terme la capacité de notre économie à créer de la richesse et de l'emploi.

Dans le cadre d'une hausse des taux progressifs, voir de la création de nouveaux impôts uniquement acquittés par les plus riches à des fins de redistribution, se pose la limite d'une fuite à l'étranger d'une partie de la population concernée, voire même de délocalisations d'entreprises si jamais elles-mêmes étaient amenées à contribuer au financement de ce revenu.

Enfin, dernière limite : le travail serait une valeur morale structurante de nos sociétés et remettre en question son poids central risquerait d'engendrer des phénomènes désincitatifs qui seraient à terme négatifs pour la compétitivité de notre économie.

La possibilité d'un revenu sous condition

Pour autant, il est aussi possible d'imaginer, comme le fait par exemple un collectif d'économistes sous la férule de Thomas Piketty dans une tribune publiée cette semaine dans Le Monde, que ce revenu universel, pour devenir viable, soit versé sous condition.

Par exemple, quel sens y aurait-il à donner 750 euros par mois à un rentier vivant des revenus tirés d'un patrimoine conséquent ? Ce revenu pourrait être réservé à la partie de la population pour qui ces 750 euros représenteraient réellement une alternative à la contrainte posée par le travail, par exemple les jeunes ou les travailleurs précaires. De même, il pourrait être associé à la disparition d'un ensemble d'aides sociales (minimum-vieillesse, APL...) qui auraient ainsi perdu de leur raison d'être, rendant par là même le coût total inférieur à celui annoncé.

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Commentaires
a écrit le 11/03/2017 à 13:37 :
OUI OUI ET OUI AU REVENU UNIVERSEL
PLUS A DEMANDER LA CHARITE
a écrit le 11/03/2017 à 12:33 :
Si on commençait par l'appliquer aux handicapés, a ceux qui ont le minimum vieillesse,
aux étudiants, a conditions qui suivent des études normales et pas factices, et aux personnes dans l'incapacité de travailler (longue maladie sans statut de handicap), et voir ce que cela donne.
a écrit le 11/03/2017 à 12:06 :
oui pour le revenu universel /PLUS D EGALITE ET MOINS D HUMILIATION A
ALLER QUEMANDER L AIDE MINIMUN
a écrit le 26/01/2017 à 17:47 :
Conditionner le revenu universel, c'est le désuniversaliser, et donc tuer l'idée dans l'oeuf.
Pourquoi ? Parce que c'est un oxymore. S'il y a condition, c'est que ce n'est pas universel !
Par ailleurs, le système serait totalement inefficace. Pourquoi ?
Primo parce que ça nécessiterait de conserver une administration chargée de contrôler si les conditions sont bien remplies, donc on ne fait pas d'économie. Et puis secundo parce que ça recréerait un implacable effet de seuil entre ceux qui touchent et ceux qui ne touchent pas.
En gros, une idée fantastique tuée dans l'oeuf et vouée à l'échec dès le départ par les aménagements de Piketty.
En clair, plutôt ne rien faire que faire ça !
Réponse de le 11/03/2017 à 15:09 :
Pourquoi capituler avant même d'avoir essayer ? En Finlande , un premier essai sur un nombre réduit de personnes, se met en place . Essayons chez nous d'installer cette belle idée aupres c'un certain nombre de personnes : étudiants, chomeurs, mères au foyer, RMIstes, etc.... et nous verrons .
Réponse de le 11/03/2017 à 18:28 :
Anthony à raison. L'idée peut sembler au départ séduisante par son universalité. Dès qu'elle la perd, cela ne veut plus rien dire et n'est alors qu'une aide de plus dans un pays qui en est gavé; et où, pourtant, les inégalités n'ont jamais été aussi forte.
Il est intéressant de voir qu'une même idée peut à la fois venir des libéraux et des sociaux, avec des buts totalement différents. Pour les libéraux, c'est vu comme un moyen pour payer moins cher le travail en faisant prendre une partie du salaire par l'état (ou tout au moins justifier le refus de hausses de salaires pour longtemps), pour les sociaux, donner aux gens le choix de leur travail (ou de leur non travail, ce qui n'est pas mis en avant).
Il serait plus intéressant de se poser la question du rôle que doit avoir l'état vis à vis de ses citoyens : les rendre totalement assistés ou les inciter à s'en sortir. C'est pour cela que j'aurai une vision totalement différente. Pour moi l'état doit permettre à ses citoyens de vivre donc ses rôles sont éduquer, loger et nourrir (hors missions régaliennes de protection). Donc plutôt qu'un revenu universel donc aide pécuniaire, fournir aux gens un "équivalent revenu universel" au travers d'un logement simple (le but est que les gens veuillent autre chose), de la nourriture (si l'état s'occupait des citoyens, les restos du cœur ne devraient pas exister) et les fournitures scolaires nécessaires à la formation. Et pour les autres, un équivalent fiscal pour que cela reste universel. Tout le superflu, c'est aux gens à se le gagner.
La circulation d'argent fait qu'il ne sera jamais utilisé comme il le devrait, et je ne vois pas pourquoi je financerai par mes impôts le dernier iPhone, un forfait téléphonique à 70 euros par mois, des vacances, voire l'envoi de cet argent à l'étranger. Avec dans ce dernier cas une perte car il ne serait pas réinjecté dans notre économie.

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