Trump : un sursaut identitaire blanc

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Rokhaya Diallo
Rokhaya Diallo (Crédits : e.SidneyPaul)
L'élection de Donald Trump n'est pas le résultat d'une crainte d'un déclassement économique. Pour Rokhaya Diallo, journaliste et réalisatrice, c'est la crainte d'un déclassement "racial".

"Make America great again !". "Rendre à l'Amérique sa grandeur", c'est sur cette phrase que s'est achevé le discours d'investiture du désormais Président Donald Trump. Un propos qui se trouvait au cœur de la campagne présidentielle du candidat républicain. Cette idée selon laquelle les Etats-Unis auraient par le passé offert à leurs habitants une gloire qui n'est plus, est pourtant fondée sur l'omission de faits historiques.

Car l'histoire des Etats-Unis est celle d'assujettissements successifs. Le pays s'est fondé et développé en éradiquant une grande partie de la population amérindienne puis en exploitant des centaines de milliers d'Africains réduits à l'esclavage. Ces oppressions se sont traduites dans des mécanismes de domination qui même après leur disparition des textes législatifs ont persisté dans des pratiques sociales et structurelles discriminatoires. C'est ce qui a favorisé l'affirmation sociale, économique et politique d'une élite et de classes moyennes issues des minorités autrefois privées de visibilité et de légitimité nationale.

Quand le pouvoir change de mains

Ainsi les populations blanches qui ont régné sur le pays pendant des siècles du fait de dispositions légales injustes, voient leur position dominante décliner depuis plusieurs décennies. La rhétorique passéiste de Donald Trump puise dans le ressentiment d'une partie de cette population qui vit comme une injustice le fait de voir le pouvoir migrer dans les mains de groupes qui ne l'avaient jamais eu jusqu'alors.

Car le noyau des supporters de Trump ne s'est pas trouvé parmi les catégories les plus fragiles de la société. Ce n'est pas la question économique qui a été le moteur de l'adhésion au discours du candidat républicain. Ce ne sont pas les plus bas salaires ou les ouvriers manuels qui l'ont élu mais les petits propriétaires, les artisans ou les responsables d'entreprises familiales.

Et en dépit de ses propos hostiles envers les femmes, et du fait qu'une douzaine de femmes l'aient accusé d'agressions sexuelles, 54% des femmes blanches lui ont offert leur suffrage. Comme s'il était plus urgent d'empêcher d'hypothétiques Mexicains violeurs de franchir la frontière que de prévenir la victoire électorale d'un homme se vantant ouvertement d'attraper les parties génitales des femmes sans solliciter leur consentement.

La glorification d'un passé mythifié

Cela s'est produit dans un contexte où, la place relative des personnes historiquement dominantes a été symboliquement ébranlée par l'arrivée au pouvoir de Barack Obama, premier Président noir. Ceci additionné aux prédictions démographiques annonçant le déclin numérique des populations blanches - qui deviendraient minoritaires entre 2043 et 2050 - a installé une panique morale chez certains électeurs. Il existe bien une crainte de déclassement mais il ne s'agit pas tant d'un déclassement économique que d'un déclassement "racial".

Les travailleurs blancs qui sont confrontés à des difficultés économiques ne sont plus en mesure d'apprécier les privilèges liés à leur couleur de peau (qui les prémunit par exemple de la surexposition aux violences policières). Comment le pourraient-ils s'ils vivent dans des régions où leur entourage n'est constitué que de Blancs en proie à des difficultés identiques ? La seule chose qui peut leur sembler tangible c'est le sentiment d'avoir été abandonnés par l'élite tant dénoncée par Donald Trump.

Ce sont les questions migratoires et culturelles qui sont aujourd'hui au cœur des tensions de la société américaine. Et l'élection d'un personnage tapageur qui surfe sur la glorification d'un passé mythifié des Etats-Unis, fait vibrer la fibre nostalgique de certaines personnes historiquement dominantes désormais en perte de vitesse. C'est l'expression indéniable d'un sursaut identitaire blanc.

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Commentaires
a écrit le 24/01/2017 à 20:34 :
Adam Smith (1723-1790) économiste anglais avait parfaitement expliqué dans "De la richesse des nations" que le travail d'un esclave était plus couteux que celui de l'ouvrier. Les esclaves du sud étaient exploités sans aucun doute mais moins que les ouvriers du nord. Penser que les Etats-Unis se sont fondés en exploitant des centaines de milliers d'Africains réduits à l'esclavage relève du cliché.
Réponse de le 25/01/2017 à 6:00 :
Lol
a écrit le 24/01/2017 à 15:53 :
Je comprends parfaitement votre point de vue, d'un point de vue historique il tient solidement la route mais actuellement je ne pense pas que nous puissions les séparer, en France par exemple l'exemple du peuple Rom est frappant, j'avais lu une interview d'un directeur d'une société liée à la modération sur internet qui affirmait qu'autant pour répondre aux commentaires racistes des hordes de trolls FN et autres droites dures il se trouvait toujours des commentateurs qui malgré tout s'y accrochaient mais par contre pour défendre les Roms il n'y avait quasiment personne. Avec Or s'il y a bien un peuple qui incarne la misère, en France, bien sûr, c'est bien le peuple rom. Il a prit "l'affaire" Léonarda durant laquelle, leurs chiffres étaient clairs et net, ils ont connu un pic de censures record.

Si les gens ont peur de l'immigration c'est parce qu'ils ont peur que les pauvres viennent leur voler leurs boulots, leurs revenus avant tout à mon avis même si la différence d'apparence joue évidemment dedans, il y a une blague qui circule: C'est un banquier, un Rom et un membre du FN qui sont assis autour d'une table, on leur pose douze biscuits dessus, le banquier en prend onze et dit au gars du FN, attention le rom va vous voler votre biscuit !

Il y a un article extraordinaire, gratuit en plus, qu'il faut lire à tout prix sur ce sujet complexe et qui je trouve résume parfaitement la situation, à savoir non pas que le racisme est d'abord social mais qu'il est en tout cas indissociable de celui-ci.

"Islamophobie ou prolophobie ?" https://www.monde-diplomatique.fr/2015/02/BREVILLE/52625

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