Syndicats de salariés au secours des indépendants : incompatibilité atterrante !

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(Crédits : DR)
Les syndicats de salariés rivalisent d'initiatives et d'idées en tous genres pour adresser le marché du travail indépendant. Mais cette démarche est paradoxale au regard de nombreux facteurs et déclarations de la part de ténors syndicaux à l'encontre des indépendants. Par Grégoire Leclercq, président de l'Observatoire de l'Ubérisation.

Il faut le voir pour le croire ! Depuis quelques mois, les syndicats de salariés rivalisent d'initiatives et d'idées en tous genres pour adresser le marché du travail indépendant. Portails d'information, offres de services (incluant protection juridique, assurance responsabilité civile professionnelle, coffre-fort numérique), rencontre entre la CFDT et Uber (ainsi qu'avec d'autres plateformes digitales), branches professionnelles dédiées aux freelances, et même une modification des statuts lors des congrès respectifs de la CGT et de la CFDT. L'UNSA n'est pas en reste...

Ces organisations ne syndiquent plus les salariés, mais les travailleurs dans leur ensemble. Du moins l'espèrent-elles et le prétendent-elles. Mais cette démarche est paradoxale. La CGT ou la CFDT représentant les travailleurs non salariés, c'est comme la carpe parlant au nom du lapin !
 
Les indépendants n'ont pas oublié les propos de certains ténors syndicaux, hurlant sur tous les toits que "le régime de l'autoentreprise a détruit des emplois salariés, qu'il a poussé les entreprises à fermer leurs portes." Des propos durs, qui viennent briser l'élan du régime et par la même occasion des jeunes qui se lancent grâce à lui.

Incompatibilité philosophique

Les indépendants n'ont pas oublié non plus les propos honteux de Gérard Filoche sur les nouveaux tacherons, lâchant sur Twitter cette agréable définition : "l'autoentrepreneur, un faux statut bidon d'auto exploité qui fraude les artisans, fausse la sous traitance, [constitue un] prêt de main d'œuvre illicite". Avec une telle entrée en matière, le débat sera de bonne tenue.
 
Les indépendants n'ont pas oublié encore la philosophie de ces organisations syndicales, si diamétralement opposée à l'esprit même du travail indépendant. Organisations toujours promptes à demander la requalification en contrat de travail des VTC, livreurs, coiffeuses ou graphistes engagés sur une plateforme, au titre du sacro-saint dogme de la prééminence du travail salarié. Et quand Laurent Berger militait pour "contrôler [le régime] pour lutter contre les abus, par exemple dans l'immobilier où certaines agences préfèrent des collaborateurs auto-entrepreneurs", il ne disait pas autre chose. Les solutions ne sont plus dans le modèle classique du travail salarié, encadré et syndiqué que vous êtes sensés représenter. Irai-je jusqu'à rappeler que jamais  le taux de syndicalisme n'a été si faible, passant en 30 ans de 18% à 7% ?

Manque de soutien

Les indépendants n'ont pas oublié enfin l'absence totale de soutien pendant les discussions sur l'article 60 de la Loi travail. Enfermés dans la posture du rejet global du texte de Loi, vous rejetiez à l'époque les nouvelles formes de travail parce qu'elles échappent à l'unique modèle que vous imaginiez. Et c'est finalement seuls que nous avons réussi à faire progresser la protection sociale des indépendants, en lien pacifique et constructif avec le gouvernement et avec les plateformes qui comprennent bien mieux les discussions apaisées que les aboiements d'autorité.

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Alors aujourd'hui, face à la montée en puissance de ces modèles alternatifs, vous voudriez revenir en grâce et séduire les indépendants ? Vous voudriez rendre des services et dans le même temps remettre en cause leur situation ? Vous voudriez devenir représentatifs d'une population dont vous remettez en cause le fonctionnement ? Vous avez bien conscience que la sincérité d'une telle démarche reste à démontrer. Si elle n'est pas dénuée de sens, elle est en revanche pétrie de contradiction, de cynisme et d'invraisemblance.
 
Enfin, pour rassembler les indépendants, il faut avoir conscience de leurs besoins : ils se moquent bien de savoir si l'ubérisation ou les plateformes précarisent leur situation, ils viennent d'une situation encore plus précaire ! Ils se soucient bien peu de la comparaison théorique de leur situation avec celle d'un salarié, ils veulent une protection sociale raisonnable et un revenu digne. En définitive, ils se soucient moins que vous du droit du travail, ils demandent un droit au travail !

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