Chefs d'entreprise, vous aussi, réalisez votre potentiel de gentillesse

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(Crédits : Laurent Cerino/ADE)
Pour Claire Saddy, présidente de la fédération Pionnières, il est temps que les patrons prennent conscience qu'adopter la gentillesse à tous les étages de leurs entreprises ne peut qu'être bénéfique pour elles.

"On n'est pas chez les Bisounours !", est la repartie la plus commune qu'on m'adresse lorsque j'évoque la nécessité de la bienveillance au travail. Amusant de constater à quel point il existe une confusion entre naïveté et bienveillance. Éduqués à devenir des guerriers dans la sphère économique, devenus par nature méfiants à l'égard de nos semblables dont le seul objectif serait de nous battre ou de nous "avoir", nous laissons de côté notre bienveillance dès le seuil de la porte de l'entreprise franchi.

Amoral

Entendons-nous bien : le monde de l'entreprise est amoral, il n'a pas pour finalité de promouvoir des valeurs connotées comme la gentillesse, il a pour finalité la performance. C'est pour cela que je préfère employer le mot de bienveillance. Mais si la bienveillance permettait la performance ? Les conclusions de l'étude Aristote de Google (1) viennent de le démontrer : les équipes les plus performantes sont celles où ses membres sont les plus "gentils" entre eux ! Quel changement de paradigme dans ce monde où contrôler les salariés, mettre la pression, évaluer individuellement et manager aux tableaux de bord semblent les boussoles d'un leadership efficace dans la tête de nos dirigeants. Il y a juste un prix à payer : désengagement actif, montée du stress, augmentation significative des burn-out parmi les employés.

Tableaux de bord

Quand s'arrêtera ce déni d'humanité absolument contre-productif ? Il est certain que si un chef part du principe judéo-chrétien que le travail est par nature une souffrance et que l'Homme est par essence fainéant, le stimuler par des outils coercitifs et pressurisant semble logique mais coupable. N'y a-t-il pas un peu de confort de penser de la sorte, un peu de cynisme même ? Il est plus facile de gérer avec des tableaux de bord que de prendre en compte le bonheur et la personnalité de chacun, par nature plus complexes. Alors l'Homme, fainéant, vraiment ? Ce n'est qu'une croyance... fausse !

Libre

Attention, être bienveillant ce n'est pas "laisser-faire" ! L'exigence en est une condition indispensable. Des parents exigeants sont des parents qui aiment leurs enfants : ils leur fixent un cadre clair. Les enfants les plus malheureux sont les enfants-rois, perdus parce qu'éduqués sans limites. Cela semble paradoxal, mais ne l'est pas : c'est le cadre qui rend libre. L'entreprise peut fixer un cadre : celui de la performance attendue, des moyens pour y arriver, des missions confiées, mais à l'intérieur de ce cadre laissons les salariés tranquilles ! Donnons-leur la chance d'être eux-mêmes, de réaliser leur travail à leur façon, faisons confiance, libérons leur énergie !

Tolérance

La bienveillance nécessite de la tolérance à l'égard des autres : non seulement accepter la différence, mais surtout s'en réjouir ! Se réjouir de la différence, c'est aussi par exemple promouvoir la mixité femme-homme qui booste - et c'est démontré - la performance des entreprises (+ 47 % de rentabilité sur fonds propres)(2). De nombreux salariés deviennent méfiants et peureux, il faut dire qu'on les a conditionnés pour ! Ainsi, ils ne se demandent pas "si" les autres vont les trahir, mais "quand" ils vont les trahir ! Chacun doit jouer sa carte pour soi-même, au détriment de l'autre. Satanés entretiens individuels d'évaluation !

Performance

Mais tout de même, ne trouvez-vous pas que les gens au quotidien sont solidaires, empathiques, prompts à aider, à l'écoute, curieux ? Je l'affirme ! Alors, laissons-les réaliser leur potentiel de gentillesse en entreprise ! Cela permet de créer de l'intelligence collective, de la coopération, de la créativité, de la collaboration gagnante-gagnante... bref, de la performance ! Je ne le décrète pas : c'est ce qu'ont démontré nombres de sociologues, anthropologues et économistes. Connaissez-vous cette notion "d'altruisme intéressé" qui réconcilie égoïsme et altruisme ? "En mettant toute mon énergie pour faire gagner l'autre, je gagne plus pour moi-même. Ainsi, je suis heureux de la réussite de l'autre parce que c'est dans mon intérêt." Se réjouir du succès des autres, un point sensible, mais un enjeu crucial d'une coopération efficace.

Rééquilibre

En tant que présidente d'un réseau de 18 incubateurs, il est amusant pour moi de constater que les grandes entreprises se tournent vers notre monde vivifiant de l'innovation et des startups pour développer la culture entrepreneuriale chez leurs salariés, booster innovation et performance. C'est une excellente nouvelle. Le mouvement s'est comme inversé, ou du moins rééquilibré : auparavant c'était les petites structures qui enviaient aux grandes leurs modes de faire et qui essayaient de s'en inspirer !

Le mode collaboratif, ouvert, agile, "libéré" de petites pousses florissantes va-t-il polliniser le monde du "corporate" à bout de souffle pour motiver ses salariés ? Les dirigeants vont-ils oser la bienveillance ? Chers "chefs", vous aussi, réalisez votre potentiel de gentillesse... pour le bien de votre entreprise !

(1) http://www.slate.fr/story/114705/secret-equipes-productives-gentillesse

(2) Etude Mac Kinsey - Women Matter. http://www.mckinsey.com/global-themes/women-matter

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Commentaires
a écrit le 04/01/2017 à 22:26 :
Certes, la vision judéo-chrétienne admet qu'il puisse y avoir une souffrance dans le travail mais ne le limite jamais jamais à cela. Au contraire, "L'Eglise est convaincue que le travail constitue une dimension fondamentale de l'existence de l'homme sur la terre" (Laborem Exercens, n°4). Et plus loin : " En voulant mieux préciser le sens éthique du travail, il faut avant tout prendre en considération cette vérité. Le travail est un bien de l'homme _ il est un bien de son humanité _ car, par le travail, non seulement l'homme transforme la nature en l'adaptant à ses propres besoins, mais encore il se réalise lui-même comme homme et même, en un certain sens, «il devient plus homme»." (Idem, n°9).
Laborem Exercens a été écrit par JPII en 1981 fait figure de texte majeur pour l'Eglise, c'est ce que l'on appelle une Encyclique.
a écrit le 16/12/2016 à 11:02 :
Article original et intéressant... Mais quel rapport avec "judéo-chrétien" ?? Le comportement naturel humain à des spécificités que l'on retrouve dans tous les pays, indépendamment de la culture d'origine.
Réponse de le 28/12/2016 à 20:50 :
Le "comportement naturel humain" (comme vous dîtes) n'a rien de totalement inné.
La culture est déterminante en matière de comportement.
Vous avez des cultures qui reposent sur les castes où il y a des "dominants" et des "dominés" (Inde).
Plus proche de chez nous, la culture d'inspiration musulmane fait bien la distinction en les femmes et les hommes. Les premières étant corvéables au bon vouloir des maris.
Cette même culture fait également la distinction entre les "croyants" en l'islam et les non croyants. Ces derniers étant encore dans beaucoup de pays d'orient et d’Afrique relégués à des tâches subalternes qui sont des réminiscences de l'esclavage.
a écrit le 13/12/2016 à 20:11 :
Merci Claire pour ce bel article. La culture startup et l'état d'esprit des startupers portent souvent les valeurs de responsabilité, d'autonomie, d'engagement, de solidarité et de fun. De là à générer de la performance dans la bonne humeur ... "C'est le cadre qui rend libre" !
a écrit le 13/12/2016 à 11:39 :
Excellente analyse de Claire Saddy qui propose la synthèse entre l'entrepreneuriat transformateur et le management humaniste: un sujet qui justifierait sans doute une prochaine conférence .
a écrit le 12/12/2016 à 20:44 :
Heu... Vous prêchez dans le désert, là, non??...

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