La décroissance plutôt que le transhumanisme

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(Crédits : Capture d'écran / La Vie)
Pour le biologiste Jacques Testart, qui a notamment permis la naissance du premier bébé éprouvette, il appartient aux dirigeants d'ouvrir les esprits vers de nouveaux modes de vie, plutôt que de pousser sans cesse à la consommation.

Il existe deux façons principales de penser l'avenir à moyen terme. Elles se côtoient parfois chez les mêmes personnes, les mêmes partis ou think tanks, alors que ces deux prédictions sont clairement incompatibles. D'un côté, la croyance en des technologies capables de nous sauver de toutes nos impasses, de plus en plus puissantes et dotant les hommes de propriétés inédites : vivre beaucoup plus longtemps et en état de santé permanente, augmenter l'intelligence autant que la vitesse à la course à pied, profiter d'un environnement artificialisé et protecteur où régneraient l'abondance ainsi que la satisfaction de tous les désirs. Cette voie, qui est plus ou moins consciemment indiquée par les actuels dirigeants du monde, est celle du transhumanisme.

D'un autre côté, la certitude que les limites de la planète sont presque atteintes, d'où l'obligation d'en économiser les ressources, mais aussi la conviction que le développement compétitif n'est pas viable ni humainement désirable, et qu'il faut lui opposer la sobriété volontaire, le partage et la convivialité. Venues de groupes en marge du système sous le nom de décroissance économique, ces idées gagnent progressivement en crédibilité, jusqu'à contaminer partiellement les discours des tenants de l'idéologie dominante. Dans ces conditions, il est difficile de jouer au futurologue.

Ouverture des esprits

Assumons que la voie transhumaniste est fortement compromise, tant par des limitations extérieures (changements climatiques, maladies chroniques, pollutions généralisées, etc.) que par des contradictions intrinsèques (promesses intenables, exclusions aggravées, effets indésirables des innovations, non maîtrise de la complexité du vivant, etc.). Est-ce à dire que la voie décroissante triomphera aisément ?

Changer de paradigme existentiel n'est pas acquis, même si l'enjeu n'est pas de « revenir à la bougie » comme le prétendent les réactionnaires, qui sont aujourd'hui ceux qui défendent un progrès linéaire et sans fin. Combien parmi les contemporains sont disposés à partager leur voiture, leur jardin, leur ordinateur ? Combien sont prêts à refuser les mirages de la santé intégrale, des modes vestimentaires et robotiques, à réduire fortement leur consommation de viande, de transport motorisé pour diminuer les gaspillages, les pollutions, le réchauffement fatal de la planète ? Il appartient aux détenteurs de l'information d'ouvrir les esprits vers de nouveaux modes de vie plutôt que de pousser sans cesse à la consommation, de tourner en dérision les idées salvatrices et de préparer l'ubérisation des élans ultimes de convivialité.

* Jacques Testart est l'auteur de L'humanitude au pouvoir. Comment les citoyens peuvent décider du bien commun (Seuil, 2015)

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Commentaires
a écrit le 13/07/2017 à 14:03 :
Fondamentalement, les partisans de la décroissance apportent une réflexion qui, à bien des égards, se révèle intéressante, après je demande à voir ce que cela donnerait dans un programme politique.

Cependant, je regrette qu'il y ait une telle méconnaissance du transhumanisme, au point qu'on l'oppose directement à la décroissance. D'ailleurs, ne serait-ce que partir du principe qu'il n'existe qu'un transhumanisme, c'est déjà se méprendre complètement sur cette idéologie. En France, notamment, les caricatures s'expliquent par le fait que les gens pensent souvent au transhumanisme extropien (libertarien) tel qu'il a été fondé à la Silicon Valley dans les années 1980. Or, il existe aussi, depuis les années 2000, un transhumanisme de gauche (technoprogressisme), défendu par ailleurs par l'Association Française Transhumaniste de Marc Roux. Il existe déjà des partis politiques technoprogressistes depuis quelques années, notamment en Angleterre et en Allemagne. Autant dire, donc, que c'est très récent. L'idée générale est précisément de concilier le développement des technologies et le progrès social. Il y a une réflexion réelle à ce sujet et j'invite sincèrement, même les plus réfractaires, à se renseigner, à consulter le site de l'AFT ou à taper "Parti transhumaniste allemand" sur Google, là ils pourront avoir déjà un début d'idée concrète de ce que défendent les technoprogressistes, et ensuite, seulement, on peut se forger sa propre opinion. En tous cas, s'il y a bien une chose à éviter à tout prix (car c'est une grave erreur), il me semble, c'est de rejeter quelque chose à priori sans en connaître tous les aspects, pour partir ensuite dans les clichés et les caricatures, pour finir dans une dichotomie absurde qui fait fi des nuances. ;)

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