Marine Le Pen élue en 2017 ? Quand la fiction-politique appelle à l'action

 |   |  1032  mots
(Crédits : Hamilton/Rea)
En optant pour le genre littéraire de la politique-fiction, Michel Wieviorka évite, dans "Le séisme Marine Le Pen présidente" (Robert Laffont), la confusion avec son rôle de sociologue, pour livrer une tentative d'évaluation honnête des risques que ferait courir à la France l'élection en mai 2017 de la présidente du FN. C'est ce qu'estime Alain Touraine, qui éclaire l'ouvrage de son "poulain" en analysant certaines scènes imaginées par l'auteur, renommé pour l’occasion Michael W. Squirrel, journaliste de fiction au New Morning. Et tous deux d'en tirer une même leçon : "On peut encore agir".

La politique-fiction est un genre littéraire bien établi qui permet à un auteur, depuis Montesquieu et ses Lettres persanes d'émettre des jugements critiques sur son propre pays en contournant la répression policière ou aussi celle de certains secteurs de l'opinion publique, parfois même proches des opinions connues de l'auteur. C'est donc un mode d'expression qui convient bien aux esprits indépendants et en même temps bien informés sur l'actualité. Ce qui est le cas de Michel Wieviorka qui publie ce livre.

Évaluer les risques d'une présidence FN

Dans son avant-propos il rappelle qu'il a publié en 2013 Le Front national, entre extrémisme, populisme et démocratie aux éditions de la Maison des Sciences de l'homme, institution qu'il dirige avec une grande activité en excellent sociologue qu'il est et très ouvert aux affaires mondiales.

Je trouve dans ce discret rappel (p.12) ce qui fait l'intérêt principal de ce livre. Qu'il soit inspiré par des choix politiques opposés à ceux de Marine Le Pen est évident mais est trop attendu et connu pour être la véritable raison d'être de ce livre qu'il faut au contraire prendre au sérieux, c'est-à-dire comme une tentative d'évaluation honnête des risques que ferait courir à la France l'élection en mai 2017 de Marine Le Pen comme présidente de la République.

Les trois mots qui composent le titre de ce premier ouvrage avaient été choisis avec soin et indiquaient clairement le jugement réfléchi que Michel Wieviorka porte sur le FN. On se souvient bien qu'il fut, il y a quelques semaines à peine, un des inspirateurs principaux du projet de primaire de la gauche, après avoir été longtemps un des inspirateurs les plus proches de Martine Aubry en même temps que l'auteur de grands livres influents dont le thème central était la violence politique, du racisme en général à l'antisémitisme et la recherche de ses causes sociales.

Les musulmans, premières victimes de la nouvelle présidente FN

On trouve dans les premières mesures prises par la nouvelle présidente Marine Le Pen l'illustration concrète des trois inspirations présentes dans son action et qui sont assez différentes les unes des autres pour faire prévoir des conflits et des crises dans son action politique.

Conclusion encore aggravée au début par le recul de Manuel Valls, actuel Premier ministre, d'abandonner sa fonction avant la proclamation des résultats des élections législatives qui suivent de près, il est vrai, l'élection présidentielle.

Le noyau idéologique central du Front national est bien un nationalisme chargé de xénophobie et même de racisme. Les musulmans, et non pas les capitalistes ou au contraire les communistes, sont donc sans surprise ceux qui subissent les premiers les foudres de la nouvelle présidente. Mais qui en doutait ?

Quelle majorité à l'Assemblée nationale ?

Il est plus intéressant de souligner que le Front national n'obtient pas la majorité absolue aux élections législatives et qu'il ne peut gouverner qu'avec l'appel à une extrême droite, soit présente à l'intérieur du parti des Républicains soit regroupée dans de petites formations comme celles du député Dupont-Aignan qui rassemble depuis longtemps déjà des "extrémistes bien élevés" et qui s'appuie sur des journalistes ou publicistes très actifs, comme Zemmour qui devient ministre de l'Education mais qui ne fait pas partie de la catégorie reconnue comme celle des intellectuels.

C'est ce milieu "extrémiste" qui donne au Front national son image la plus forte dans l'opinion. On note cependant qu'il s'agit plus d'un climat que d'un véritable projet politique car le Front national n'est nullement décidé à quitter l'Europe et son rapprochement de Poutine est plus un signe d'anti-américanisme qu'un appui réel donné à la politique russe en Ukraine ou en Syrie.

Le FN, une menace réelle pour la démocratie ?

Reste la troisième composante, celle qui préoccupe le plus l'opinion publique comme l'ont montré les récentes élections régionales : le Front national est-il une menace réelle pour la démocratie ou les étudiants et les enseignants ne manifestent-ils pas au total à son égard un rejet à peine plus actif que la gauche de la gauche exprime déjà à l'égard de François Hollande ?

J'interprète la pensée de Michel Wieviorka comme plus modérée que celle de beaucoup d'observateurs, en particulier intellectuels qui ont longtemps appelé fasciste le Front national.

Les supposées déclarations de Florian Philipot, conseiller principal de Marine Le Pen, et dont Michel Wieviorka pense qu'il serait le Premier ministre de celle-ci, semble lui donner raison ou au moins rendre crédible l'interprétation selon laquelle le Front national est plus une idéologie qu'une politique, plus un mouvement xénophobe qu'une entreprise de conduite de l'Etat par un parti de masse et mieux défini parce qu'il veut détruire que parce qu'il veut imposer à toute la population.

Une fois au pouvoir, l'électorat FN oublié ?

Cependant, Michel Wieviorka n'émet pas l'idée que le Front national qui est appuyé surtout par les catégories sociales les plus directement victimes de la crise - ouvriers et jeunes - pourrait être influencé par les revendications sociales et économiques justifiées de ces catégories. Mais la succession des chapitres de son livre montre clairement qu'il craint davantage des décisions imposées par une idéologie que des actions militarisées comme celles que les partis fascistes ont établies dans des régimes autoritaires. En même temps il croit l'extrême gauche incapable d'une réaction de masse efficace.

C'est pourquoi ce livre est important : la netteté de son opposition au Front national veut se distinguer clairement des prises de position qui passent directement d'une analyse idéologique à des conclusions politiques concrètes. Ce qui me semble en accord avec les initiatives politiques prises par l'auteur lui-même : on peut encore agir, pense-t-il ; il ne faut pas être paralysé par la peur du loup et se laisser dévorer alors qu'on peut encore agir.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 20/08/2016 à 6:59 :
alors souhaitons que Mélenchon soit au 2 em tour, Marine lepen serait élue, oui elle appliquera je le pense le programme du F.N si elle est élu, mais le problème est que (et personne ne soulève le problème, curieusement Ici)
Celui qui sera élu ou celle en 2017, n'aura plus de majorités pour gouverner et plus de moyen financier pour gouverner la France, Pire pour elle, car elle n'aura ni députées ni sénat, ni conseil constitutionnel donc aucune manette de pouvoir pour gouverner,
Alors pouvez-vous savoir ou imaginer comment elle gouvernerait ?
Moi je sais elle n'a qu'une solution (pas le 49>3) j'attends votre réponse...si vous êtes pragmatique et fin politicologue

les Marxistes ils sont rayés des candidats au pouvoir, le monde a changé il a d'autres gourou a célébrer, d'autre combats à mener pour ceux qui veulent changer le monde contre l’avis des peuples, ( Marx n’avait pas imaginer les multiples aide sociales qui rends les peuples passif, )
il n’y aura plus jamais de pays communiste ou Socialiste ou Marxiste. Cela c'est du passé, nos enfants inventerons d'autres idéologies, peut être aussi con ou pire, , va savoir Charles ?

Au fait j’ai voulu tuer de Gaulle avec mon FM, mais avec le temps je dis aujourd’hui, je l'aurai fait fusiller avec des balles a blancs, la rage et la colère passe avec le temps, pour les humains.
a écrit le 01/08/2016 à 16:46 :
Si les néoconservateurs et les progressistes comprenaient vraiment le fascisme, ils cesseraient d’utiliser ce terme à la va-vite. En effet, les deux groupes, comme une majorité des personnages politiques, embrassent des idées et des politiques fascistes.

L’une des caractéristiques du fascisme est une économie mixte.

Les fascistes ont recours à des régulations, à des mandats et à des taxes pour contrôler les entreprises – et ruiner l’économie.

Un système fasciste est un système au sein duquel les entreprises servent les politiciens et les bureaucrates plutôt que les consommateurs.

L’économie américaine et européenne moderne ne correspondent-elles pas à cette définition du fascisme ?

Le fascisme bénéficie aux grosses entreprises qui peuvent se permettre de s’adapter aux régulations du gouvernement, chose que ne peuvent pas faire leurs plus petits compétiteurs. Les grosses entreprises, qui ont plus d’influence politique que les entrepreneurs ou les petites entreprises, bénéficient aussi significativement des subventions du gouvernement.

Afin de conserver leur pouvoir, elles financent le Deep State – le réseau de lobbyistes, de journalistes, de groupes de réflexion, de bureaucrates et de membres du Congrès qui travaillent en coulisses pour établir les politiques du gouvernement.

Obamacare est un exemple de fascisme qui est souvent étiqueté, à tort, comme étant socialiste. Obamacare n’a pas donné lieu à un régime à payeur unique tel qu’il en existerait dans une nation socialiste. Obamacare a permis l’élargissement du contrôle du gouvernement sur la santé au travers de mandats, de régulations et de subventions. Le caractère le plus décrié d’Obamacare – le mandat individuel – force les gens à acheter un produit à une industrie privée.

Les politiques militaristes des Etats-Unis modernes, qui visent à contrôler et perfectionner le monde, sont un autre exemple de fascisme qui profite d’un support bipartisan. Les néoconservateurs de droite et les interventionnistes humanitaires de gauche pensent que nos objectifs supposément nobles justifient toutes les actions entreprises par le gouvernement américain. Ces champions des droits de l’Homme défendent ainsi la guerre, la torture et les listes de personnes à assassiner.

La surveillance de masse et les limites à la liberté individuelle sont d’autres caractéristiques des régimes fascistes. Bien qu’il y ait aujourd’hui un mouvement de réforme de l’Etat policier, très peu cherchent à abolir la surveillance de masse, la confiscation des actifs, la militarisation de la police et d’autres politiques adoptées en le nom de la guerre contre la terreur et les drogues.

Les tentatives des progressistes de faire taire leurs opposants politiques sont d’autres exemples de la manière dont des Américains supposément opposés au fascisme en adoptent les grandes lignes.
La croissance de l’Etat providence et guerrier a été accompagnée par une croissance du pouvoir présidentiel. Cette centralisation du pouvoir, et le soutien qu’elle a reçu de la classe politique, est un exemple de plus de la nature fasciste de notre régime actuel.
[Ron Paul]
a écrit le 03/05/2016 à 19:02 :
Pourquoi aller chercher un philosophe/prof/fonctionnaire qui n'a jamais envoyé un cv de sa vie et qui vient nous expliquer ce qu'il faut faire?
on marche sur la tete dans ce cher vieux pays
les nuitdebout ,les pauvres,sont moins stupide que cet intellectuel !
Debout les gens de bon sens!
Réponse de le 04/05/2016 à 12:34 :
excellent le coup du cv!
mais l'auteur est probablement en sympathie avec les nuitsdebout
qui eux non plus n'ont pas envoyés beaucoup de cv (peut etre pas de leur faute) .Si ils sont tous sociologues alors ça va coincer .
Il faudrait peut etre mieux pour faire baisser le FN dans les sondages que les sociologues suivent une formation de plombiers .
En plus il y aurait moins de gaspillages d'eau ,Veolia serait moins riche et il y aurait moins de corruption.
Révons
a écrit le 26/04/2016 à 18:02 :
C'est à peu près ce qu'on racontait du temps de VGE sur l'arrivée de la gauche au pouvoir...
a écrit le 26/04/2016 à 17:50 :
D’où sort ce monsieur, encore un tremblotant de la médiocratie, vous ne pensez pas que cela suffit de tous ces charlots qui nous dirigent, il faut changer tout et c'est urgent car l'avenir est des plus sombre pour la France qui sait endormie et ce laisse gruger par des soi-disant philosophe A-t-il seulement travaillé et mouillé sa chemise, je ne le crois pas A-t-il seulement créer une richesse économique en créant son affaire? Alors qu'il arrête sa palabre Qu'il n'oublie pas ce qu'avez dit JFK :Vous ^pouvez prendre les gens pour des imbéciles pendant un temps, mais pas tout le temps...
a écrit le 26/04/2016 à 16:47 :
que dire d'un tel article! "ne pas être paralysé par la peur" la peur de ce que veut nous procurer ce journaliste qui n'est fondé sur rien . Qui êtes vous Mr Touraine un voyant ? ou un idéologue qui met en oeuvre ce qu'il reproche . Mais continuez comme çà vous faites du bien au Front national qui ne veut qu'une chose c'est qu'on parle de lui.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :