"Y aura-t-il de la neige sur les massifs montagneux en 2030 ? "

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Samuel Morin, directeur du Centre d’Études de la Neige (Météo-France–CNRS), à Grenoble.
Samuel Morin, directeur du Centre d’Études de la Neige (Météo-France–CNRS), à Grenoble. (Crédits : DR)
La montagne, cette vaste immensité que les hommes tentent d'apprivoiser, de comprendre ou simplement admirent depuis des millénaires. Qu'est-ce qui les fascine, les interroge, les attire ? Pour Acteurs de l'économie-La Tribune, qu'ils soient scientifiques, sportifs ou acteurs économiques, ils ont accepté l'écriture d'un texte sur elle. Nouveau volet avec Samuel Morin, directeur du Centre d’Études de la Neige (Météo-France–CNRS), à Grenoble.

La superposition d'échelles de temps multiples auxquelles sont plus ou moins sensibles les acteurs socio-économiques de la montagne et les diverses raisons physiques qui expliquent le degré de confiance variable des prévisions ou projections qui peuvent être produites pour le futur, sont une source récurrente de controverse et de confusion dans l'appréhension des enjeux climatiques en montagne.

D'une part, les conditions météorologiques sont en général relativement bien prévisibles à l'échéance de quatre ou cinq jours, mais beaucoup plus incertaines au-delà de 10 jours. D'autre part, les tendances climatiques à l'échelle de plusieurs décennies sont de plus en plus robustes, car il s'agit de déclinaisons locales de tendances lourdes du système climatique.

En revanche, prévoir l'évolution du climat à l'échelle de la décennie (seuls 14 ans nous séparent désormais de l'année 2030) est un défi scientifique non résolu. En effet, à ces échelles de temps, ce sont avant tout les variations de l'état de l'océan qui gouvernent l'évolution du climat, qui sont difficilement prévisibles à ces échéances. Prévoir aujourd'hui l'état d'enneigement des massifs montagneux pour l'hiver 2029-2030 est donc tout aussi illusoire que de le faire pour l'hiver 2016-2017.

Évolution du climat

L'évolution passée, présente et future des conditions d'enneigement des massifs montagneux français s'inscrit toutefois dans un contexte bien documenté d'évolution du climat. Il faut rappeler que l'enneigement a toujours montré de grandes variations d'une année à l'autre ainsi que sur de plus grandes échelles de temps (de l'ordre de la décennie).

Cette variabilité naturelle des conditions météorologiques, liée au caractère chaotique de l'atmosphère, est une source d'inquiétudes récurrentes pour les professionnels de la montagne. Elle s'est superposée depuis plusieurs décennies à une baisse sans équivoque de l'enneigement moyen, observée en particulier dans la tranche d'altitude de 1 000 à 2 000 mètres.

Cette baisse de l'enneigement est principalement due à une augmentation marquée de la température de l'air (souvent supérieure à 1 °C en 50 ans), qui conduit à favoriser de plus en plus les précipitations sous forme de pluie au détriment des précipitations neigeuses. En outre, les conditions responsables de l'accroissement de température induisent également une fonte accélérée du manteau neigeux.

Accentuation du réchauffement

En raison des concentrations de gaz à effet de serre déjà présentes dans l'atmosphère, toutes les projections futures disponibles suggèrent une accentuation du réchauffement et de la réduction de l'enneigement naturel dès le milieu du 21e siècle. La durée moyenne d'enneigement dans la tranche d'altitude de 1 000 à 2 000 m serait déjà réduite de 10 à 60 % selon les simulations.

L'ampleur de la poursuite de cette aggravation sur la fin du 21e siècle devient fortement dépendante des choix socio-économiques retenus pour le 21e siècle et leurs déclinaisons en matière d'émissions de gaz à effet de serre. Comme aujourd'hui, cette baisse ne sera pas progressive dans le temps, mais constituera une tendance de fond superposée à une grande variation des conditions d'une année à l'autre, et aussi probablement d'une décennie à l'autre.

Stratégie durable

Tout acteur socio-économique du monde de la montagne devrait pour élaborer une stratégie durable pouvoir prendre en compte les évolutions à court, moyen et long terme des conditions météorologiques et climatiques, leurs incertitudes associées, et leurs répercussions sur l'enneigement naturel ainsi que les capacités de gestion de la ressource neige par divers moyens technologiques (production de neige de culture, damage, etc.).

Ceci ne peut se concrétiser que par la mise en œuvre de démarches scientifiques croisant les enjeux physiques et socio-économiques des impacts de l'évolution du climat. Ces approches innovantes restent à amplifier, au bénéfice des capacités d'adaptation des territoires de montagne à une multitude de changements, ceux liés à l'évolution du climat n'en étant qu'un des aspects.

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