Numérique : la Région peut faire beaucoup (plus)

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Pour Jean-Pierre Verjus, la Région doit avoir un rôle central pour soutenir la création et la dotation de fonds dédiés au financement des sujets sensibles.
Pour Jean-Pierre Verjus, la Région doit avoir un rôle central pour soutenir la création et la dotation de fonds dédiés au financement des sujets sensibles. (Crédits : Damien Cloteau)
Suite à l'élection de Laurent Wauquiez à la présidence de la région Auvergne Rhône-Alpes lundi 4 janvier, Acteurs de l'économie-La Tribune a demandé à cinq acteurs économiques quelles sont leurs attentes du nouvel exécutif. Jean-Pierre Verjus, ancien directeur de l'Inria et fondateur de Digital Grenoble, inaugure le premier volet de cette série de tribunes. Il propose des pistes d'action pour que la région et l'ensemble de ses acteurs se positionnent sur la carte mondiale du numérique.

Notre grande région Auvergne Rhône-Alpes est clairement identifiée sur la carte française et internationale du numérique. Deux marqueurs récents le soulignent : deux des neuf métropoles French Tech labellisées en 2014 (Grenoble et Lyon) et l'un des quatre écosystèmes thématiques French Tech labellisés en 2015 (Saint-Étienne) ; par ailleurs, le label grenoblois devrait être étendu à tout le sillon alpin en 2016. Puis lors du dernier CES 2016 à Las Vegas (la plus importante manifestation numérique mondiale), la délégation French Tech comprenait 190 startups, ce qui en fait la seconde délégation mondiale après les États-Unis ; 15 % d'entre elles sont localisées en Auvergne-Rhône-Alpes, derrière l'Île-de-France (36 %).

Ce positionnement constitue un aboutissement naturel pour notre région.

Pas une filière, mais un écosystème

Adossé à un système de formation supérieure et de recherche scientifique et technologique de grande qualité, le secteur économique de l'informatique (qu'il soit logiciel et/ou matériel) fait de notre territoire le deuxième en France après celui d'île-de-France. Or, le numérique se définit justement comme l'intégration des technologies informatiques (matérielles et logicielles) dans les produits et les services de tous les domaines économiques, éducatifs, scientifiques, culturels, administratifs et sociétaux.

Dans l'esprit de la French Tech, le développement de l'économie numérique passe par l'éclosion de startups et leur croissance. Si la croissance est organique, la startup devient PME, ETI ou champion. La relation des sociétés du numérique entre elles - contrairement aux filières traditionnelles - ne sont pas organisées en filière (sous-traitance à tous les niveaux), mais ont des relations de « co-opétitions » (mélange de partenariat et de compétition). Le numérique n'est pas une filière, mais un écosystème.

Transformation numérique

Enfin, une PME, une ETI ou un grand groupe appartenant à un secteur traditionnel doit de son côté opérer sa transformation numérique en mobilisant ou en intégrant des startups ou PME. Cette transformation numérique s'opérera souvent à trois niveaux : l'intégration du numérique dans ses produits, celui des process de l'entreprise et celui de la relation aux clients. Cependant même « transformées numériquement », ces entreprises seront en concurrence avec les « natives numériques », comme les Gafa, qui investissent des secteurs inattendus.

Paysage peu lisible

Nous sommes donc face à l'évidence numérique. Notre région s'y est engagée, à partir de ses territoires qui se sont mobilisés. Du côté des acteurs du développement économique, la prise de conscience semble unanime : chacun aujourd'hui affiche le numérique comme son fonds de commerce ou l'une de ses priorités. De ce fait, le paysage est peu lisible et il y a place pour rationalisation, ce pour quoi la Région peut faire beaucoup.

L'économie numérique peut se développer partout en région, à partir des écosystèmes qui s'organisent dans les grandes agglomérations, rayonnent sur leur bassin d'emploi, et doivent toujours plus s'organiser en réseaux. Organiser et soutenir ce réseau est une mission attendue de la Région.

Ces écosystèmes n'ont pas à être spécialisés, dans un sens technocratique : autrement dit, toute entreprise, quelle que soit sa spécialité, doit pouvoir se développer là où son responsable souhaite le faire. Sur son terrain, chaque écosystème saura identifier thématiquement ses dominantes - variables avec le temps - et les experts qu'il pourra mettre en relation, en tant que de besoins, avec les entreprises, où qu'elles soient.

Soutenir la création

La Région doit avoir également un rôle central pour soutenir la création et la dotation de fonds dédiés au financement des sujets sensibles suivants :

  • émergence des startups, en particulier celles qui innovent par les usages (et qui n'ont pas été assez soutenues, en comparaison avec celles qui innovent par la technologie),
  • croissance forte des startups (c'est un point faible de nos dispositifs actuels) avec l'injection de capitaux importants permettant la croissance organique des sociétés qui souhaitent rester sur leur territoire et créer des emplois durables (celles-ci trouvent moins facilement des investisseurs traditionnels soucieux de sortie rapide),
  • croissance par fusion ou acquisition (c'est un sujet culturellement sensible, il faut en faire accepter l'idée d'abord, favoriser les rapprochements ensuite et financer enfin ce type d'opérations),

Enfin, la Région peut mettre en place des incitations pour qu'un grand groupe ou une collectivité achète en local (dispositif de type « small business act »).

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