Répondre au défi climatique ne peut s'accommoder du « laisser-faire »

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(Crédits : Mélanie Poulain)
Le réchauffement climatique est déjà engagé de manière irréversible : le système terrestre fixe des limites non négociables aux activités économiques. De ce fait et alors que le libéralisme économique déduit l'équilibre de l'économie et de la société de la multiplication des contrats volontaires, il ne peut penser les relations entre les sociétés et la Terre, car elles ne peuvent être de type contractuel. Par Geneviève Azam, économiste et porte-parole du mouvement Attac.

Le réchauffement climatique heurte les représentations économiques. Ces dernières sont généralement fondées sur l'idée d'un temps réversible, de choix ajustables. Or le réchauffement climatique est déjà engagé de manière irréversible : le système terrestre fixe des limites non négociables aux activités économiques.

De ce fait et alors que le libéralisme économique déduit l'équilibre de l'économie et de la société de la multiplication des contrats volontaires, il ne peut penser les relations entre les sociétés et la Terre, car elles ne peuvent être de type contractuel.

Ainsi, le budget carbone, qui indique la quantité d'équivalent CO2 restant à émettre pour rester en-dessous des 2°C d'augmentation de la température globale moyenne, est une butée. Selon le Giec, à l'échelle 2100, ce budget est de l'ordre de 1 000 milliards de tonnes, impossible à respecter sans une sortie de l'âge des énergies fossiles. Les activités économiques sont surplombées par des contraintes non économiques, elles sont enchâssées dans l'écosphère.

Des failles

Or, l'économie libérale prétend se construire hors de toute contrainte extra-économique : au lieu de prendre en compte cette limite externe et d'y soumettre les activités économiques, elle tente de faire entrer le « capital naturel » dans le circuit économique et d'internaliser le coût des pollutions.

Ainsi, l'évaluation marchande des émissions et la fixation d'un prix de marché pour le carbone devraient permettre un management efficient des écosystèmes et du climat. De nombreux rapports montrent pourtant l'inefficacité écologique du marché du carbone européen mis en place en 2005.

La faille première est la suivante : le marché du carbone est fondé sur une offre fixe de crédits carbone, fonction des plafonds d'émission à respecter, et d'une demande fluctuante. La volatilité des prix qui en résulte ne peut être un indicateur stable pour les investissements. Sans parler de l'octroi larga manu de crédits d'émissions qui encombrent le marché et maintiennent le prix de la tonne de carbone à un niveau si bas qu'il ne peut inciter au passage vers une économie bas carbone. Autant d'inconvénients qui seraient dépassés avec des taxes carbone.

La doctrine libérale impose la méthodologie

De même, le dogme du libre-échange s'oppose à toutes les études préconisant, pour refroidir la planète, la relocalisation des économies, la promotion d'une agriculture paysanne, la réduction des transports de marchandises, la décentralisation et la diversification énergétique.

Enfin, l'exemple le plus saisissant est celui de la méthodologie choisie pour parvenir à l'accord de Paris en 2015. Conformément à la doctrine libérale, suite à l'échec de la Conférence de Copenhague, l'accord ne saurait être contraignant - top down -, il est construit en additionnant les engagements « volontaires » des États pour réduire leurs émissions - bottom up. Or les résultats de ces déclarations nous engagent vers le dépassement des budgets carbone annuels et vers un réchauffement de 3°C.

Premier pas qui pourrait être corrigé après 2020, date de mise en œuvre de l'accord ? Non, car le réchauffement climatique est irréversible et non linéaire : les émissions annuelles se concentrent dans l'atmosphère et cette concentration accélère le réchauffement climatique.

Les efforts des dix prochaines années sont cruciaux rappellent le Giec et l'Agence internationale de l'énergie. Répondre au défi climatique ne peut s'accommoder du « laisser-faire ».

>> Geneviève Azam est également auteur de Osons rester humains (éditions Les Liens qui libèrent, 2015).

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