COP21 Crise écologique : la solution est avant tout spirituelle

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(Crédits : Laurent Cerino/Acteurs de l'économie)
L'avenir de la planète est pour un peu entre les mains des politiques, pour l'essentiel dans la conscience de chaque individu. Et donc, de sa détermination à résister aux démons du capitalisme amoral et à souscrire au capitalisme éclairé, c'est-à-dire d'entreprendre et d'innover dans la considération du bien commun, dépend la réalité de cet avenir. Un enjeu somme toute fondamentalement spirituel, puisque le sort collectif et ultime résulte de l'issue de chaque combat, chaque espérance, chaque détermination « intérieurs ». L'archevêque de Lyon Mgr Philippe Barbarin, le Grand Rabbin de France Haïm Korsia et le scientifique Axel Kahn en débattent ce mardi à 18 heures à l'Université de Lyon dans le cadre de TUP2015.

Voilà, elle a « enfin » débuté. « Enfin », parce que depuis plusieurs mois cette COP21 est annoncée, avec force saturation médiatique et politique, comme L'Evénement avec un E majuscule susceptible d'actionner enfin l'aggiornamento qu'exige la sauvegarde de la planète. Que faut-il attendre, en effet, de ce rassemblement international appelé à édicter les conditions de contenir le réchauffement climatique à 2° d'ici la fin du siècle ? Peut-être rien, peut-être peu, peut-être beaucoup, la rédaction finale départagera ces hypothèses. Que le secrétaire d'Etat américain John Kerry ait déjà prévenu que le futur accord serait affranchi de toute contrainte juridique et donc ne serait pas assimilé à un traité coercitif faute sinon d'être enterré par le Congrès (républicain) constitue un premier indice.

Mais de toute façon, où se situe la seule et véritable réponse ? Au fond de chacun de nous, bien sûr, c'est-à-dire dans la conscience de ce que nous sommes, la conscience de ce que nous voulons devenir, la conscience de ce que nous sommes disposés à offrir aux générations ultérieures. Comme y exhorte la navigatrice et présidente de WWF France Isabelle Autissier, cessons de transférer vers les autres, vers tous les autres et en premier lieu les dirigeants politiques, la responsabilité individuelle d'être ou de ne pas être du combat pour sauvegarder la planète.

Combat intérieur

Certes, ce combat intérieur est difficile. Très difficile. Insuffisamment cornaqué par des règles éthiques, abandonné à son sort par l'impossibilité de dégager en la matière une gouvernance mondiale et par l'anarchie des modèles d'application tous singuliers selon l'histoire politique, économique, culturelle, sociale des pays, le mécanisme capitaliste et marchand nourrit les tentations consuméristes, individualistes, égocentriques, il exacerbe l'appétence cupide, spéculative et l'obsession de posséder, il favorise l'aliénation à la futilité, à l'immédiateté, à l'artifice. Le repli a tendance à marginaliser le lien, l'accumulation à disqualifier le partage, l'inutile à dominer l'indispensable, le mercantilisme à phagocyter le bien universel.
Certains progrès technologiques, faute de sens et d'utilité collectifs, sociétaux, humains auxquels les arrimer, faute aussi d'être mis en perspective d'un idéal de société et de vivre-ensemble pérenne, sont détournés de leur vocation humaniste et altruiste. Ils ont accéléré ou plutôt raccourci le temps dans des proportions qui peuvent être délétères, confinant alors l'horizon au lendemain et esquivant la préoccupation des générations futures. Ils donnent l'illusion d'un formidable maillage humain en réalité contrasté, ils sécrètent une confiance excessive dans la faculté humaine et scientifique de toujours réussir à juguler les dégâts des agissements.

Filiation de toutes les crises à celle de l'écologie

A partir du XIXe siècle et, depuis, à une vitesse exponentielle, les progrès du progrès ont convaincu l'Homme d'omniscience et d'arrogance, ils l'ont dissuadé d'avoir suffisamment peur, ils l'ont décidé qu'il était dompteur et donc qu'il pouvait être le prédateur et même le massacreur de ce à quoi jusqu'alors il était sagement assujetti. Ce ? C'est l'espèce vivante, animale, végétale et humaine, c'est l'eau et l'air, c'est chaque particule constitutive de la planète. C'est finalement toute cette beauté qu'il dérange, souvent exploite, parfois maltraite. L'Homme oublie simplement qu'il doit tout à ce qu'il anéantit plus ou moins consciemment, en tous les cas méthodiquement. Comme le déplore l'agroécologue Pierre Rabhi, il a engagé l'appauvrissement de l'humain, la déshumanisation de l'humain. « La crise écologique peut mettre en péril la survie même de l'humanité », rapporte d'ailleurs la fameuse encyclique du Pape François Laudato si, d'autre part opportunément affirmative sur la filiation de toutes les crises - sociales, culturelles, financières, économiques - à ladite crise écologique.

Le capitalisme qui fait sens

Le progrès, l'Homme et le capitalisme, c'est donc cela. Mais ce n'est bien sûr pas que cela, comme le démontrent au quotidien et partout, chaque instant de fraternité, chaque acte entrepreneurial utile, chaque exemple d'amélioration et chaque innovation qui font sens. Il s'agit de savoir séparer le bon grain de l'ivraie, de chasser les démons du capitalisme abrutissant et d'honorer les apôtres du capitalisme éclairé, celui dans lequel prospèrent l'envie et la liberté d'entreprendre, d'oser, de risquer, d'expérimenter, de réussir pour des profits qui dépassent l'intérêt du seul soi matériel. Il est compliqué d'être dans la réciprocité relationnelle avec ce que l'on néglige et surtout méprise, et l'on ne fait commun qu'avec ce que l'on reconnaît comme étant un bien commun.

En fuite

La relation, schizophrénique, avec l'environnement que l'on veut préserver et qu'on ne peut s'empêcher d'inféoder, semble indiquer qu'une partie des Hommes ou que les Hommes dans une partie d'eux-mêmes, gonflés d'orgueil par la sophistication technologique, détournés de l'essentiel et du fondamental, étourdis par les chimères de la longévité et même de l'immortalité, sont en fuite. En fuite avec eux-mêmes, bien sûr, et en premier lieu avec leur propre finitude. Résoudre la crise écologique est donc un enjeu viscéralement spirituel, puisqu'il interroge chacun au fond de lui-même sur le plus essentiel de l'essentiel, sur ce qui fonde son humanité et féconde l'humanité collective : s'accomplir dans l'accomplissement des autres. Ces autres sont l'humanité qui l'a précédé, celle avec laquelle il coexiste, celle qui lui succédera, ces autres sont toute l'espèce vivante dont l'espèce humaine n'est qu'un élément.

Les raisons d'espérer

Quelles que soient les voies qu'il emprunte - qu'elle soient transcendantes ou immanentes, qu'elles prennent appui sur un socle théologique ou philosophique, qu'elles épousent le dogme religieux ou s'en abstraient -, l'Homme n'a pas le choix : il doit accepter de fouiller et de trouver au fond de lui-même les ressorts d'une responsabilité personnelle responsable de son environnement. Et pour cela, il doit se fixer des obligations morales et éthiques à l'égard de toute la création, cette création à qui il doit tant, à qui il doit tout. Il doit recouvrer la confiance en son imagination, il doit réapprendre à hiérarchiser l'essentiel et le fondamental. Il doit réajuster le temps de la nature sur celui de l'Homme et contenir l'anachronisme provoqué par le dogme productiviste qui a « modifié l'espace-temps », rétrécissant le temps de penser et de faire quand penser une vision et faire une société harmonieuse exigent au contraire de l'allonger. Il doit aussi se servir de tous les outils à sa portée, et en l'occurrence le capitalisme responsable, le marché responsable, l'entreprise responsable, le progrès responsable constituent de formidables opportunités d'innovation, y compris pour que l'écologie soit joyeuse et inventive. Il doit, surtout, accepter qu'il est vulnérable, qu'il est éphémère, c'est-à-dire qu'il est peu. Aux conditions de ce sursaut de lucidité, d'humilité et de responsabilité, il n'y a aucune raison d'abdiquer, aucune raison de ne pas espérer, aucune raison de ne pas croire. « N'oublions pas la grande nouvelle propre à la crise environnementale : celle-ci est due à l'Homme, et donc sa résolution est entre les mains de l'Homme », rappelle fort justement Isabelle Autissier.

A suivre : Tout un programme 2015 Acteurs de l'économie - La Tribune, conférence-débat le 1er décembre à L'Université Catholique de Lyon, avec Haïm Korsia, Mgr Philippe Barbarin, Axel Kahn.

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