L'hôtellerie n'est pas adaptée aux ambitions touristiques de la France

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(Crédits : DR)
La France est la première destination touristique mondiale et pourrait rester durablement sur le podium mais pour cela elle doit rapidement renforcer son offre d'hôtellerie encore insuffisante. Par Jean-Marc Palhon, Président d'Extendam, société de gestion dédiée à l'investissement dans des actifs tangibles.

Ils étaient 1 087 millions en 2013, 1 159 millions en 2014, et pourraient atteindre 1 800 millions à horizon 2030, à en croire l'Organisation Mondiale du Tourisme... C'est l'incroyable progression du nombre de touristes ; une progression poussée par l'augmentation de la population mondiale, l'évolution des modes de consommation et de transport, l'enrichissement des pays émergents ; autant de facteurs qui favorisent aussi l'accroissement des flux touristiques.

La France durablement sur le podium

Grâce à son patrimoine culturel exceptionnel, la diversité de son territoire et la qualité de ses infrastructures de transport, la France est la première destination touristique mondiale et pourrait rester durablement sur le podium.

Pour autant le parc hôtelier français est en inadéquation avec les besoins du marché. Avec presque 18 000 hôtels, n'offrant qu'une capacité d'accueil moyenne de 31 chambres, la France n'est que le 4ème parc hôtelier européen derrière l'Italie, l'Allemagne et la Grande Bretagne.

De nombreuses agglomérations, à l'instar de Paris, privées de réserves foncières constructibles, sont dans l'incapacité de répondre aux afflux de demandes de réservation de nuitées à certaines périodes de l'année. Avec encore trop d'hôtels de 2 étoiles ou moins ou d'hôtels défraîchis, l'offre hôtelière française est globalement inadaptée aux besoins du marché. Le constat est simple : nous ne savons pas encore tirer tous les bénéfices de la fantastique attractivité de notre pays.

Quelles sont les conséquences ?

D'après le rapport annuel d'impact économique 2014 du World Travel & Tourism Council, la contribution totale du secteur Voyages et Tourisme à l'économie française aurait généré des recettes globales de 194,6 milliards d'euros, soit 9,5 % du PIB de la France. Il représenterait par ailleurs 2,8 millions d'emplois (y compris les emplois indirects).
Selon le ministère des affaires étrangères, depuis 1999, le tourisme représente le premier poste excédentaire de la balance des paiements.
A l'heure où nous cherchons des relais de croissance partout, des touristes qui séjourneraient plus longtemps en France apporteraient une réelle bouffée d'oxygène à l'économie !

Pourquoi les touristes ne restent pas plus ?

Il y a une donnée sur laquelle il est très difficile d'agir : la France, par sa situation géographique centrale, est un point de passage, une simple étape pour des touristes en transit dont la destination finale est un autre pays (notamment en Europe du Sud).
En revanche, il y a une caractéristique que nous pouvons changer dès maintenant.

Selon l'étude MKG European Hospitality Report 2014, près de 70 % de notre parc hôtelier est constitué d'établissements classés entre 0 et 2 étoiles. Cela ne correspond plus aux standards internationaux. A titre d'exemple, en Espagne, notre principal concurrent, la proportion est inverse : 80 % des hôtels sont classés 3 et 4 étoiles (source « Hoteles España 2011 » - CBRE).

Un des défis principaux du secteur hôtelier consiste donc à investir pour monter en gamme et réussir à allonger la durée des séjours. Comme le soulignait hier Laurent Fabius, Ministre des Affaires étrangères et du Développement International, à l'occasion de la Conférence annuelle du Tourisme : « Afin d'accueillir dans de bonne conditions à la fois les touristes français et les 100 millions de touristes étrangers, il faut que nos hébergements et infrastructures soient en qualité et en nombre suffisants dans l'ensemble de notre pays.»

Relever le challenge de l'investissement

Certaines sociétés de gestion de portefeuille s'y attachent depuis déjà trois ans et nous ne pouvons que remercier le Ministre pour mettre la lumière sur ce combat que nous menons tous les jours avec les professionnels de l'hôtellerie. Comme le souligne également le rapport du Conseil de Promotion du Tourisme du 9 juin 2015 « 20 sur 20 en 2020 - 40 Mesures pour relever le Défi », « l'investissement [...] porte sur des opérations de petite taille, fragmentées, très locales. Il manque donc un véhicule spécifique qui assurerait le regroupement des opérations pour le compte des investisseurs institutionnels (...) rassembler des investisseurs institutionnels dans le financement du développement du secteur, en priorité pour la rénovation et la construction d'hébergements (résidences et hôtellerie). »

Nos efforts nous ont permis de mobiliser déjà plusieurs centaines de millions d'euros issus d'épargnants privés à travers des fonds d'investissement pour relever le challenge, et cela bien avant l'annonce faite hier, par Laurent Fabius, d'une dotation, par la Caisse des dépôts, d'un milliard d'euros sur cinq ans pour le développement du secteur touristique. Félicitons nous de cette prise de conscience des pouvoirs publics. Merci Monsieur le Ministre. Il faut en effet, accélérer le mouvement.

La nécessaire mutation du marché hôtelier est en marche.

C'est dans ce contexte que nos structures proposent de poursuivre l'accompagnement des hôteliers qui partagent cette même conviction et envie que la France reste un champion mondial. Nous souhaitons ensemble saisir les très nombreuses opportunités d'investissement qui permettront de combler la pénurie d'hôtels, notamment dans les grandes villes, et de rénover le parc hôtelier français pour le mettre en conformité avec les attentes d'une clientèle domestique et internationale légitimement de plus en plus exigeante.



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