Burn-out : l'Etat nous manque de respect !

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(Crédits : DR)
La 12e Journée européenne de la dépression se penche cette année sur le burn-out. Une nouvelle fois cette problématique est mise en avant, pourtant, l'Etat et le gouvernement continuent d'être inactifs sur le sujet. Par Corinne Berthaud, spécialiste de la violence au travail, auteure de « Cette comédie qu'on appelle le travail : Retrouver sa dignité au boulot ».

Ce vendredi, nous assistons à la 12e Journée européenne de la dépression, qui est orientée cette année sur la dépression liée au travail, encore une mascarade ! On prétend que le burn-out est une notion individuelle, mais quand un salarié est exposé c'est tout le collectif qui est touché. Et ce sont les organisations qui sont responsables de ces crimes organisées, nous vivons un harcèlement institutionnalisé à tous les niveaux.

Acharnement contre les salariés et les petits patrons

Les petits patrons subissent un acharnement fiscal sans nom et les salariés, dans certains grands groupes, sont poussés à la dépression pour dégraisser à moindre coût.

Les arrêts maladies pour stress au travail coûtent 60 milliards d'euros à l'État, mais ce n'est pas grave, car comme dirait François Hollande "c'est l'état qui paye". Les risques psycho sociaux, soyons clair, c'est loin d'être une priorité pour nos politiques. Et je ne suis pas la seule à le dire, la chercheuse Annie Thébaud-Mony, spécialiste des cancers professionnels, a refusé la Légion d'honneur en 2012 pour dénoncer l'indifférence qui touche la santé au travail.

Et pour preuve, l'État fait de la prévention pour les accidents de la route qui ont coûté la vie à 3 384 personnes en 2014, mais que fait-il comme prévention pour les 14 000 chômeurs qui se sont donné la mort la même année ? Que fait-on pour les salariés et ces petits patrons qui se suicident tous les jours ?

L'exemple d'Air France

Dans le cadre de l'affaire d'Air France, il n'y a pas eu la moindre compréhension sur la souffrance des salariés, je n'ai pas entendu un mot de compassion dans la bouche des dirigeants sur ces suppressions d'emplois qui vont mettre des milliers de salariés sur la touche.

Je suis pour que l'on condamne les violences, mais depuis longtemps je tire la sonnette d'alarme sur les actes de vengeances auxquels pouvaient se livrer des salariés en quête de justice, trahis par un système. Aujourd'hui, je m'indigne contre ce gouvernement qui n'a aucune considération pour les actifs et pour les conséquences à venir sur toutes ces familles.

Je suis stupéfaite par les propos de Manuel Valls qui traite les salariés de "voyous", mais qui sont les vrais "voyous" aux manettes de cet esclavagisme moderne ? Ceux qui partiront avec des retraites chapeaux ?

Redonner de l'indépendance aux médecins du travail

Aussi, je ne cache pas mon inquiétude quant à ce que ce phénomène de société soit endigué avec une nouvelle ministre du Travail qui n'a jamais travaillé dans le privé. Commençons par redonner une totale indépendance aux médecins du travail qui sont payés à 100 % par l'employeur et qui subissent la pression de certains dirigeants pour prononcer des inaptitudes en licenciement déguisés.

En Europe, c'est la France qui a enregistré le taux d'absentéisme le plus élevé avec un taux de 4,5 % en 2006 alors préoccupons nous de ce fléau qui touche notre pays avant même de regarder ce qui se passe chez nos voisins.

*Corinne Berthaud, spécialiste de la violence au travail, auteure de « Cette comédie qu'on appelle le travail : Retrouver sa dignité au boulot », publié en janvier 2015 aux Éditions Calman-Levy

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Commentaires
a écrit le 15/10/2015 à 9:20 :
Merci Corinne BERTHAUD pour cet article qui fait du bien à l'âme.
J'ai envie de lire votre livre!
Encore merci
SANDRA
a écrit le 13/10/2015 à 12:09 :
Merci pour cet article franc et clairvoyant qui dénonce l'hypocrisie de nos dirigeants .
Certaines entreprises "détruisent" leurs salariés et leur ôtent toute dignité .

Chercher un nouvel emploi est alors au dessus de leurs forces car ils ont le sentiment de n'être plus rien qu'un objet et n'ont pas d'autre choix que de se soumettre à cette violence .
a écrit le 12/10/2015 à 18:03 :
situation de plus en plus tendue pour quel résultat?
publique ou privé même combat
a écrit le 12/10/2015 à 18:03 :
situation de plus en plus tendue pour quel résultat?
publique ou privé même combat
a écrit le 11/10/2015 à 19:09 :
Merci pour cet article lucide, réaliste et honnête.
Commencer par dire les choses en se positionnant avec courage: ça fait du bien!
a écrit le 10/10/2015 à 9:30 :
Corinne Berthaud fait un bon diagnostic: un bon nombre de salariés se retrouvent dans un "corner".
Cependant militer pour faire intervenir,une fois encore , l'Etat et les politiques , est la pire des solutions.
La question à se poser c'est comment se fait-il que de + en + de salariés se retrouvent dans un "corner"?
L'Etat est loin d'être"blanc-bleu" sur cette situation!!.
- Manque de flexibilité du travail.
- 35 Md de formation professionnelle dépensés chaque année sans résultat probant.
- Essaimage de ses hauts fonctionnaires dans toutes les société du CaC 40 pour pantoufler.
- Aversion pour le principe de subsidiarité et apologie du centralisme.
Etc...
La folie, disait je ne sais plus qui, c'est faire appel à ceux qui ont créé le problème pour le résoudre!
a écrit le 09/10/2015 à 17:56 :
Si le marché de l'emploi était plus fluide, on n'aurait moins ce type de problèmes. Un salarié n'est pas heureux dans son travail ? Son patron n'est pas bon ? Qu'il parte se rendre heureux ailleurs. Le problème actuellement c'est que les opportunités sont rares, on a donc des gens contraints de rester dans un milieu qui ne les épanouis pas et on a des patrons contraints de garder des gens qui font mal leur travail car ils risque une condamnation prudh'ommale ... Des gens qui ne se supportent plus contraint de rester en ménage (toute ressemblance avec une situation connue serait fortuite). Libéralisons la rupture du contrat de travail et on retrouvera de la fluidité avec plus de mouvements et plus de gens heureux au travail ... Les entreprises embaucheront plus facilement si elles savent qu'elles pourront débaucher plus facilement. Et arretons de penser que la seule pensée d'un patron en se levant est de savoir qui il va licencier dans la journée ... Il a bien d'autres choses à penser et si il l'envisage c'est qu'il y a un probleme collectif dans l'entreprise.
a écrit le 09/10/2015 à 17:51 :
super l'article très digne
a écrit le 09/10/2015 à 17:10 :
Sinon la solution, partir du salariat ou en effet on est tributaire d un patron. En France quand on est pas content on veut tout changer alors qu'il suffit de prendre son courage a deux main et de faire des choix
a écrit le 09/10/2015 à 16:49 :
Enfin des voiles qui se lèvent et une parole qui se libère dans ce domaine... Bravo pour ce courage !

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