Grèce : nouveau départ ou chronique d'une déception annoncée ?

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(Crédits : DR)
L'arrivée au pouvoir de Syriza doit permettre de trouver un nouvel équilibre entre la rigueur financière et la croissance, les attentes des milieux financiers et les souhaits de la population européenne. Mais l'alliance politique nouée par Tsipras avec les conservateurs pourrait conduire à une crispation plutôt qu'à une recherche de solution consensuelle entre l'UE et la Grèce.

La victoire historique de Syriza s'explique assez facilement au regard des conséquences dramatiques de la politique de « purge » infligée à la Grèce, qui a largement dépassé les bornes de ce que pourrait être une politique d'austérité. Elle s'explique aussi par une corruption massive, qui touche la classe politique grecque avec comme ramification un système fiscal parfaitement inique qui exclut de l'impôt le monde des armateurs comme celui de la cléricature d'une part, une fraude généralisée qui a permis l'entrée du drachme dans l'euro, fraude organisée grâce à des relais bancaires jamais poursuivis et qui ont été ensuite les premiers à exiger le remboursement de la dette...

C'est ce système parfaitement injuste et malhonnête qui explique aussi le vote massif en faveur d'un mouvement jeune qui a pris l'engagement de réduire le fardeau de la classe moyenne et des plus modestes et de s'attaquer à des privilèges injustifiables. Cette situation à elle seule suffit à expliquer que la France n'est pas la Grèce et que la situation économique et sociale de nos deux pays n'est pas comparable.

Echec des institutions européennes

Pour autant, un certain sens de conclusions peuvent et doivent être tirées. Tout d'abord celle d'un échec des institutions communautaires et surtout de leur politique à prendre en considération les besoins et les désirs élémentaires des peuples pour préférer une Europe imposée d'en haut, qui a fait le choix de la rigueur financière au détriment de la croissance et du progrès à minima humain à défaut d'être social. La BCE comme la commission ont senti le vent du boulet et commencé une autre politique.

Qu'il s'agisse du plan Juncker en faveur de l'investissement ou de la nouvelle politique financière et budgétaire lancée par la BCE la semaine dernière, il est clair que l'Europe de la croissance et du bien-être des peuples est de nouveau audible. Des lors, un aspect positif des élections grecques est probablement de trouver un nouvel équilibre entre la rigueur financière et la croissance, les attentes des milieux financiers et les souhaits de la population européenne. Ce nouvel équilibre ne peut être que favorable à la perception de l'union européenne par les Européens et le fait que le nouveau premier ministre grec ait en fin de campagne manifesté sa volonté de rester dans l'Europe et dans l'euro est un signe prometteur comme le sont les sondages réalisés en France ces derniers jours qui montrent un réel attachement de nos concitoyens à l'Europe.

Une alliance politique préoccupante

Cependant, l'accord passé avec un mouvement de droite souverainiste pour exercer le pouvoir créer un sentiment très ambigu. Il explique parfaitement les raisons pour lesquelles en France, Marine Le Pen comme Jean-Luc Mélenchon n'ont cessé d'occuper les tréteaux médiatiques du week-end et de ce début de semaine pour se targuer de ce résultat qu'ils avaient appelé de leurs vœux. Cette rencontre entre l'extrême droite et l'extrême gauche qui se fait sur le dos de l'Europe n'est pas nouvelle mais elle est très préoccupante. En effet, le clivage qui en résulte n'a plus rien à voir avec les clivages traditionnels, ce qui ne serait pas en soi-même un souci s'il n'était pas porteur d'une forme de régression et de repli sur soi. De plus, cette combinaison risque de conduire à une crispation plutôt qu'à une recherche de solution consensuelle entre l'union européenne et la Grèce. Or, les discussions avec la Grèce sont très importantes seulement pour que la Grèce puisse sortir de la situation insoutenable dans laquelle elle est, mais encore pour l'unité de l'Europe et le retour à une véritable dynamique économique et politique.

Reprise en main par les citoyens

En définitive, derrière les discussions entre les gouvernements, l'évolution des opinions publiques européennes est essentielle. Les élections grecques ne peuvent que convaincre quiconque qu'on ne peut impunément gouverner contre la société et au mépris des principes élémentaires d'éthique. Reste à passer des paroles à la pratique ; la reprise en main par les citoyens grecs de leur destin qui ne signifie pas que l'entrée en lice des citoyens se traduise nécessairement par des élections à l'extrême gauche. Le succès du gouvernement grec passe évidemment par des compromis avec la troïka et les institutions européennes. L'échec que personne ne peut souhaiter mais qui n'est pas exclu traduirait cette incapacité de l'extrême gauche à trouver des solutions compatibles avec un système mondialisé auquel tout pays appartient aujourd'hui et ne pourrait que plonger les Grecs dans un malheur encore plus grand sans parler des conséquences qu'une telle situation pourrait avoir sur l'Europe dans son ensemble. C'est une gageure. Souhaitons qu'elle soit réussie

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Commentaires
a écrit le 01/02/2015 à 15:19 :
Corine S. L. change de nom, change de parti, change de bord et se fait du blé avec son cabinet d'avocat sur l'heuristique de la peur. Comment les citoyens européens pourraient-ils avoir confiance dans CETTE classe politique ?
Vive Syriza, vive Podemos
a écrit le 01/02/2015 à 7:56 :
Enfin une analyse un peu posée, réfléchie et pas trop orientée politiquement.
Merci madame.
a écrit le 01/02/2015 à 1:54 :
c'est trop facile de pleurer sur les Grecs maintenant avec des mots " inhumains, insoutenable, injuste malhonnete etc etc. " Regardez plutot ce que les grecs ont fait avec NOTRE fric. Nous avons dejà eu un drapeau, oublions les 50 milliard qu'ils vont nous couter et virons les. Ce sera pire pour eux, ils en viendront à regretté les traitements humiliants et injuste de la troika. Virons les !!!
a écrit le 31/01/2015 à 9:47 :
Bizarre que la Tibune reste muette sur l ´éclat d´hier Vendredi à Athène.
Le nouveau Zoro grec met la Troika à la porte, c est a dire annoce le suicide collectif d un peuple et pas un suel commentaire de ces savant journalistes qui interviewaient Tsipras il y a qq jours ???
a écrit le 31/01/2015 à 9:27 :
Syriza est un parti-leurre. A l'instar d'Hollande en 2012, ayant rassuré les traders de la City après avoir déclaré la finance comme "ennemie" au Bourget, Tsipras, lui, s’est rendu en 2013 devant la prestigieuse Brookings Institution à Washington et a conclu sa présentation en affirmant qu'il n'était pas "aussi dangereux que certains le pensent" : minilien.fr/a0nv00. Ceci devrait nous mettre la puce à l'oreille : les grecs sont en train de se faire berner, comme nous en 2012.
a écrit le 31/01/2015 à 9:09 :
Échec des institutions européennes? Nous sommes dans la repentance, faisant comme si rien n'avait été fait pour la Greece. Oubliés un peu trop vite les pertes consenties par le secteur privé, 100 milliards, les ajustements de conditions pour le refinancement de la dette avec mise en place de taux d'intérêts particulièrement bas (3%), et aménagement des échéances, sans parler des prêts consentis d'état à état. Oui, la Greece est bien fautive, son peuple est responsable, et le discours visant à considérer irresponsables ceux qui ont élu des irresponsables ne peut être entendu: on ne peut sauver celui qui veut se noyer!
Réponse de le 31/01/2015 à 9:57 :
L'Europe a aidé la Grèce mais proportionnellement beaucoup moins qu'elle n'a aidé l'Allemagne dans la deuxième moitié du XXème siècle. La dette est une question de mémoire du passé ne l'oublions pas. Ce qui compte maintenant c'est de savoir ce que la Grèce pourra payer en faisant vivre son peuple normalement c'est à dire dans la légalité mais aussi dans la dignité.
a écrit le 31/01/2015 à 9:04 :
vivement la même histoire en France en Espagne et en Italie. Faisons le menage et débarrassons nous de ces politiques qui se sont engraissés sur le dos des peuples. Après on verra qu'il y a de l'argent dans tous ces pays, surtout ne pas oublier de faire la même chose avec le MÉDEF.
Réponse de le 02/02/2015 à 1:46 :
Et n'oublions pas de fermer toutes les entreprises ...y en a marre de bosser, alors qu'il suffit d'augmenter les indemnités chômage, et ça me suffira amplement !!
a écrit le 31/01/2015 à 7:48 :
On ne peut et ne doit soutenir le système mondialisé alors qu'il contraint les peuples à la déchéance. Les positions des groupes extrémistes ne sont pas toujours porteuses d'espoir, elles font peur parce qu'elles sont qualifiées d'extrémistes. Mais si on les désignait autrement, par exemple par "réformistes", elles ne feraient plus peur. Le monde entier produit plus de richesse et, cependant, le nombre de pauvres augmente. Alors il faut se demander à quoi ça sert un système mondialisé. Le cas grec est révélateur de ce que les peuples peuvent remettre en cause massivement le modèle de la gouvernance mondiale, renouveler les objectifs élémentaires de la vie et favoriser l'émergence d'un autre monde avec force démocratie. Du Gabon où je regarde avec un vif intérêt ce qui se passe en Europe, je soutiens les Grecs et leur souhaite franc succès. Les partisans de la globalisation sous le modèle du libéralisme et ceux de la financiarisation du monde doivent cesser d'être majoritaires pour penser autrement la vie et envisager d'autres modèles. Les combines et autres magouilles des instances supranationales et même dans les instances nationales ont poussé la Grèce dans une situation difficile, comme dans d'autres pays d'ailleurs. Le monde doit réagir à cette paupérisation continue des peuples et revoir le logiciel de gestion actuel. Il faut méditer sur le sens de la vie, de notre vivre ensemble et de la solidarité.
Chez nous en Afrique, ce type de changement qui fait rêver, est loin d'arriver: les dynasties, les manipulateurs des constitutions, la corruption, la méconnaissance de la vie ne permettent pas de telles alternances alors que ces dernières donnent la possibilité d'opérer une remise en cause des structures politiques et économiques actuelles. Nous, on est complètement perdu! On est entré dans la communauté internationale par la mauvaise porte.
Pour en finir, juste bravo aux Grecs... qui nous permettent encore de croire que les Peuples peuvent exister! Bravo! bravo! bravo!
Réponse de le 31/01/2015 à 8:32 :
Vous démonstration comporte un oubli de taille: les grecs ont vécu pendant des années en dilapidant l'argent qu'ils réclamaient aux méchants "marchés financiers" à hauteur de 170% de leur PIB. Il n'y a pas de méchants et de gentils: d'un côté une nation qui a maquillé ses comptes et dilapidé des milliards qui ne lui appartenaient pas et de l'autre des investisseurs qui ont prêté à outrance à un pays qui vivait largement au dessus de ses moyens. Et au final, malgré nos propres difficultés nationales cela coûtera 640 euros à chaque francais.
Réponse de le 31/01/2015 à 10:08 :
Je suis d'accord avec le long propos ci-dessus venant d'Afrique. Il n'y a pas d'un côté les grecs et de l'autre d'autres peuples. Dans le cas de la Grèce il y a eu d'un côté des crapules et des fraudeurs (des oligarques grecs certes mais aussi des banqiers internationaux sans scrupule et des fournisseurs étrangers qui ont vendu des biens à la Grèce à des prix démentiels...le tout avec la bénédiction de l'UE) et de l'autre une majorité de pauvres gens qui maintenant ne peuvent plus se soigner quand ils sont malades.
a écrit le 31/01/2015 à 2:18 :
Ce n'est absolument pas l'Union Européenne qui voulait l'entrée de la Grèce dans l'euro et pour cause les pays du Nord s'y opposaient. On lit n'importe quoi dans les commentaires ! Par exemple en France çà a été une décision de Chirac qui a d'ailleurs signé le document concerné.
a écrit le 31/01/2015 à 2:18 :
Ce n'est absolument pas l'Union Européenne qui voulait l'entrée de la Grèce dans l'euro et pour cause les pays du Nord s'y opposaient. On lit n'importe quoi dans les commentaires ! Par exemple en France çà a été une décision de Chirac qui a d'ailleurs signé le document concerné.
a écrit le 31/01/2015 à 1:22 :
Vous faites une simple erreur: ce n'est pas la Grèce en soi qui a voulu rejoindre l'Euro, ce sont les fins stratèges de l'UE qui l'ont voulu en raison de sa dimension symbolique. Les allemands par exemple, étaient parfaitement au courant de la réalité des finances grecques. Il suffit de lire les rapports de ses experts. La réponse du pouvoir allemand a été simple: on ferme les yeux et on laisse faire.
Les sources sont facilement disponibles sur le net.
Réponse de le 31/01/2015 à 2:20 :
Ce n'est absolument pas l'Union Européenne qui voulait l'entrée de la Grèce dans l'euro et pour cause les pays du Nord s'y opposaient. On lit n'importe quoi dans les commentaires ! Par exemple en France çà a été une décision de Chirac qui a d'ailleurs signé le document concerné.
Réponse de le 31/01/2015 à 9:40 :
Theo Waigel qui etait le ministre des finances dans le gouvernemet Kohl raconte lors d interviews televisés que lui et ses conseillers ont tout fait pour empêcher a Grece de joindre l Euro. Ils savaient que les chiffres donnes par la Grèce etaietn falsifiés. Kohl les a envoyé ballader .... en argumentant que la Grece ne jouait aucun rôle dans le PIB total de la future Zone Euro.
On a le résultat aujourd hui !
a écrit le 31/01/2015 à 0:02 :
La Grèce s'est mise toute seule dans le costume du parfait épouvantail: fachos et gauchos dans le même sac, il n'y a plus qu'a la laisser sombrer dans ses délires pour montrer tout ce qu'il ne faut pas faire et s'appuyer sur ce parfait contre-exemple pour accélérer les réformes structurelles chez nous. Ils vont nous couter cher avec leur défaut de paiement, alors qu'on en ait pour notre argent, faisons nous peur et changeons chez nous ce qu'il faut pour ne jamais risquer de leur ressembler. Une opportunité comme celle ci ne se représentera peut être jamais!
a écrit le 30/01/2015 à 23:37 :
si ils ne peuvent pas suivre qu'il fasse à leur rythme mais pas à nos frais !
Réponse de le 31/01/2015 à 10:01 :
Je pense que le nouveau gouvernement grec ne nous demandera rien de plus que ce qui est déjà dû et n'est pas de son fait. En fait nous avons déjà payé et nous avons pris des risques en prètant à des oligarques qui se sont probablement bien enrichis sur notre dos et celui du peuple grec.
a écrit le 30/01/2015 à 21:23 :
Oui tout le monde sait aujourd hui que cela a été une lourde erreur de fermer les yeux et de laisser la Grèce joindre l´Union Européene et la Zone Euro. Ca fait plus de 10 ans que tout le monde sait que la Grèce n´a jamais arrêté de manipuler ses chiffres à tous les niveaux pour encaisser et s´engraisser sur le dos des autres Européens.

Depuis l explosion du Volcan en 2009 Les grecs ont eu 5 ans pour remettre de l´ ordre dans leur bazar à commecer par étrangler la corruption généralisée, la fuite de capitaux, mettre en place un cadastre, un système d´impositon simplifié et des structures de recouvrement des impôts sur les revenus, sur les capitaux, la TVA etc.
C est le reste de l´Europe qui a déjà accepté de passer l´éponge sur 150 milliards d euro pour que la Grèce puisse se relèver. Le résultat : la situation est encore pire
que 2009 !

Il ne faut pas s´étonner si le reste de l Europe en a raz le bol de ces Hellènes qui nous prennent pour des c…s . Il ne faut s étonner si la grande majorité des Europeens ne sont plus d accord pour aider la Grèce.

Pour sûr, l ardoise actuelle de 310 milliards ne sera jamais remboursée et il ne faut pas se faire d´illusions la dessus.´Ce serait une erreur fatale de recommencer a essuyer leurs dettes et leur injecter de nouveaux les milliards dont ils ont besoin.

Il faut les laisser aller dans le mur. C est le seul moyen de terminer ce chantage.
Réponse de le 31/01/2015 à 0:18 :
Vous faites une simple erreur: ce n'est pas la Grèce en soi qui a voulu rejoindre l'Euro, ce sont les fins stratèges de l'UE qui l'ont voulu en raison de sa dimension symbolique. Les allemands par exemple, étaient parfaitement au courant de la réalité des finances grecques. Il suffit de lire les rapports de ses experts. La réponse du pouvoir allemand a été simple: on ferme les yeux et on laisse faire.
Les sources sont facilement disponibles sur le net.
Réponse de le 31/01/2015 à 2:21 :
Ce n'est absolument pas l'Union Européenne qui voulait l'entrée de la Grèce dans l'euro et pour cause les pays du Nord s'y opposaient. On lit n'importe quoi dans les commentaires ! Par exemple en France çà a été une décision de Chirac qui a d'ailleurs signé le document concerné.
Réponse de le 31/01/2015 à 9:31 :
Oui Kohl a ete forcé de fermer les yeux sans qoui il aurait mis en danger la reunification. C est Mitterrand qui lui a mis le couteu sous la gorge .
a écrit le 30/01/2015 à 20:16 :
On ne peut que convenir des propos de Madame Lepage. Il ne s'agit pas d'accorder à la Grèce d'autres avantages qui ne feraient que déroger à la règle communautaire. Cependant nous pouvons mettre à profit la volonté qui prend forme, des peuples Européens de remodeler justement l'économie Européenne de façon à l'orienter vers dans un processus fédéral. Le moyen de trouver un système qui allie mondialisation, avec une prédominance européenne d'une économie plus équilibrée ; réguler le libéralisme actuel et changer les grandes orientations dans la consommation ; notamment des énergies.
a écrit le 30/01/2015 à 19:56 :
La Grèce n'a que faire de la rigueur financière et budgétaire. Ce qu'ils veulent, c'est l'annulation de la dette et de l'argent frais pour retomber dans le cercle vicieux du laxisme, car la Grèce est un pays bordélique !!! Le mieux serait que l'Allemagne avalise sa perte et quitte l'UE en laissant les autres se débrouiller avec la Grèce et consorts :-)
Réponse de le 30/01/2015 à 20:39 :
Oui, que chacun se débrouille. Ca n'empèche pas de commercer entre pays (ce que font très bien la Suisse et la Norvège...comme les autres pays des autres continents)

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