Ré-enchanter la politique avec la décroissance

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Vincent Liegey, co-auteur d'Un projet de décroissance et doctorant à l'université d'économie de Budapest.
Vincent Liegey, co-auteur d'Un projet de décroissance et doctorant à l'université d'économie de Budapest. (Crédits : Ophélia Noor)
Face à la morosité ambiante, n'est-il pas grand temps de faire des pas de côté ? Face au dogme de la croissance, des alternatives existent et sont déjà en marche un peu partout en France et dans le monde.

Aujourd'hui, encore et encore, face à la morosité ambiante, les pouvoirs politiques n'ont qu'une solution en tête : des appels inespérés à un retour à la croissance. Ce fut récemment le cas avec le plan d'Emmanuel Macron « pour relancer la croissance » ou encore la « croissance verte » que devrait nous apporter l'illusoire projet de transition énergétique de Ségolène Royal.

Un marteau dans la tête

Quand on a un marteau dans la tête on voit tous les problèmes sous forme de clous. Ce marteau c'est l'économie, avec le mythe de la croissance qui y est associé, et il est dans la tête de tous nos gouvernants.

C'est pourquoi nous parlons de religion de la croissance. Elle est devenu un totem qui devrait résoudre tous les problèmes : de la crise écologique et énergétique d'un côté, à la crise sociale et économique de l'autre. La croissance serait la seule et unique solution. Sa recherche obnubilante masque également la crise démocratique et culturelle qui touche nos sociétés.

Moins de biens, plus de liens

Et pourtant, une croissance infinie dans un monde fini n'est pas possible pour des raisons évidentes : la finitude d'un certain nombre de ressources nécessaires à notre système productiviste et consuméristes (énergies fossiles, métaux) et aussi par la déstabilisation de cycles naturels (dérèglement climatique, chute de la biodiversité, pollutions). Mais cette croissance pour la croissance n'est pas non plus souhaitable : quel est le sens à toujours produire plus pour consommer plus avec toujours plus de stress, de compétitions et d'inégalités ?

Ce sont les questions que nous posons avec notre slogan provocateur qu'est la Décroissance : Quel sens souhaitons-nous donner à nos vies ? Comment se réapproprier d'autre manières de vivre ensemble plus justes et conviviales ? Quel contrat social, quelles solidarités et quels "savoirs vivre bien", dans un monde libéré de la religion de la croissance ?

La transition est marche

Ces questionnements traversent la société. Trop souvent pour le pire avec le désillusionnement de toujours plus de personnes pour ce système politique médiatique et oligarchique, qui ne convainc plus personne. Mais aussi pour le meilleur, nous l'observons à travers des prises de conscience, des changements de comportements notamment par rapport à la consommation et, aussi et surtout, autour de ce que nous appelons les alternatives concrètes.

C'est ce que nous avons pu apprécier ces dernières semaines, entre autres, aux Alternatiba que ce soit par exemple à Lille, Nantes ou encore Bordeaux. Il s'agit de rencontres citoyennes qui ont réuni plusieurs milliers de personnes. Elles présentent et invitent à d'autres manières de vivre, de produire et d'échanger : jardins communautaires, monnaies locales, espace de gratuité, AMAP, atelier d'auto-réparation et de recyclage, etc.

Vers un ré-enchantement de la politique

Par le faire, mais aussi en se rencontrant, nous observons un ré-enchantement de la politique, entendu comme un réinvestissement dans la vie de la cité. Nous observons, surtout, un enthousiasme et une joie de vivre chez les personnes qui s'impliquent dans cette transformation silencieuse de notre société.

Mais, cela sera-t-il suffisant ? Comment donner une dimension plus large à ces initiatives pour qu'elles ne restent pas seulement des oasis d'espoirs dans un monde qui sombre ? Tel est l'enjeu des pas-de-côté, des questionnements, des réflexions et des propositions que nous mettons en débat avec la Décroissance : relocalisation ouverte, outils de sérénité sociale (revenu de base, revenu maximum acceptable, extension des sphères de la gratuité), éducation coopérative et non-violente, démocratie populaire.

Réappropriation démocratique des banques centrales

D'un point de vue financier, nous prônons la sortie de la religion de l'économie à travers la réappropriation démocratique des banques centrales, de la création monétaire et une réflexion sur le non-remboursement des dettes publiques illégitimes.Nous avons encore le choix entre une récession subie qui profite à une oligarchie toujours plus puissante au détriment d'une misère grandissante, des inégalités qui explosent, de la destruction des équilibres écologique ; et une Décroissance choisie, c'est-à-dire la mise en place de transition démocratiques et sereines vers de nouveaux modèles de sociétés soutenables, mais surtout souhaitables et conviviaux. Il suffit d'un pas ... de côté.


Vincent Liegey, avec Christophe Ondet, Anisabel Veillot et Stéphane Madelaine. Co-auteur d'un Projet de Décroissance, Edition Utopia, 2013.

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Commentaires
a écrit le 05/12/2014 à 17:56 :
Il serait en effet grand temps de sortir de cette religion de la Croissance. C'est une évidence qu'elle ne résout rien, et surtout pas les inégalités, qui elles, en revanche, ne cessent de croître année après année quelque soit le taux de croissance ! Tout comme les catastrophes, dites naturelles ! Devrons nous attendre qu'il soit trop tard (guerres et/ou désastres "naturels") pour essayer de réagir ? M. Liegey et ses compagnons ont mille fois raison de nous alerter. Que les médias, comme la Tribune, continuent à faire réfléchir, à nous aider à sortir de ce dogme intangible !
Réponse de le 05/12/2014 à 18:35 :
Restera ensuite le dogme de " l'utilisation de monnaie est un facteur de progrès", à mettre sur la place publique. Car tant qu'on aura de la monnaie, il faudra privilégier l'un plutôt que l'autre, prendre les parts de marché au voisin, raréfier les biens pour qu'ils gardent un prix élevé (exemple le pétrole, les fruits et les oeufs (surproduction envoyée à la poubelle), etc).

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