L’entreprise face au cancer de ses salariés

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Par Henri de Rohan-Chabot, délégué général de la Fondation France Répit. ©Laurent Cerino/Acteurs de l'économie
Par Henri de Rohan-Chabot, délégué général de la Fondation France Répit. ©Laurent Cerino/Acteurs de l'économie (Crédits : Laurent Cerino/Acteurs de l'Economie)
Le 4 février dernier, le Président de la République dévoilait les orientations du 3ème Plan cancer 2014-2019, posant, mais n’y répondant que partiellement, la question de l’impact de la maladie sur la vie professionnelle.

Chaque année en France, plus de 100 000 personnes exerçant une activité apprennent qu'elles ont un cancer. Elles viennent grossir le cortège innombrable d'autres salariés qui, depuis parfois de longues années, se battent contre la maladie en essayant de maintenir un lien avec leur métier, c'est-à-dire, souvent, avec la vie. Selon l'OMS, ce chiffre doublera dans les trente prochaines années. Grâce aux progrès des traitements, la plupart de ces personnes malades guériront. 80 % d'entre-elles pourront poursuivre ou reprendre une activité professionnelle… mais profondément marquées par cette expérience de vie, elles seront une majorité à changer de poste, d'employeur, ou de métier dans les deux ans suivant leur retour au travail.

La réaction de l'entreprise, entre tabou et incompétence

Quelle est et quelle devrait être la place de l'entreprise face à ces situations ?Admettons d'abord que les dirigeants, managers, responsables des Ressources humaines, et même collègues, mal informés et surtout peu formés à ces situations, les abordent avec toujours appréhension, souvent avec réserve, parfois avec maladresse. Une incapacité qui risque d'entraîner une forme de « double-peine » pour les salariés concernés, car les personnes malades courent, outre le risque vital, celui de la désinsertion professionnelle en raison de leur santé. Pourtant, bien accompagner un salarié atteint d'un cancer est non seulement un acte social au profit de la personne malade, mais aussi un acte économique au bénéfice de l'entreprise. En effet, les impacts négatifs d'un accompagnement inapproprié peuvent être lourds de conséquence : désarroi, perte de motivation, arrêts de travail successifs et, in fine, départ du salarié, avec un coût financier mais aussi immatériel élevé - désorganisation, ressenti des équipes, image de l'entreprise. En Allemagne, la loi contraint depuis 2004 les employeurs à veiller à la réintégration des salariés en situation de maladie prolongée. En France, si les mentalités évoluent progressivement, le cadre juridique reste à conforter.

Le cancer, une chance pour les organisations ?

Osons ici affirmer, au risque de la provocation, que la maladie peut aussi être une chance pour l'entreprise.D'abord parce qu'une personne touchée par un accident de vie développe des attitudes et comportements que nombre d'entreprises désireuses de ré-humaniser le travail seraient avisées de mobiliser : prise de recul, humanité, persévérance, … autant de valeurs trop rares dans des organisations souvent tournées vers la stricte performance. Il en va de même pour ceux que l'on nomme désormais les « aidants », qui ont la charge d'un proche malade et dont le présentéisme, en raison du poids psychologique de ces situations, pose également aux entreprises de réelles difficultés. Et si, au lieu de les réduire les salariés malades à ce qu'ils ont perdu, l'entreprise les considérait d'abord comme des contributeurs inattendus mais précieux à une nécessaire ré-humanisation du travail ? Oui,  la solidarité est, notamment à l'égard des salariés atteints de maladies graves, un facteur de cohésion et de croissance durable pour des organisations qui devront à l'avenir concilier de façon plus équilibrée, performance économique et attention aux plus fragiles.


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