Valérie Thérond, directrice Orange Centre Est : "La connectivité est ma priorité"

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(Crédits : Laurent Cerino/ADE)
Secrétaire générale adjointe du PDG Stéphane Richard de 2013 à 2016, Valérie Thérond est depuis sept mois aux commandes de la délégation "Centre Est" de l'opérateur télécom Orange. Pour "développer la performance économique" sur le territoire, elle fait des réseaux à très haut débit (fibre) mais aussi LoRa (bas débit pour IoT) sa "priorité". Dans un contexte concurrentiel exacerbé, cette diplômée de l'ESCP Europe veut employer sa marge de manœuvre locale dans le domaine commercial et marketing mais souhaite aussi imprimer sa propre vision managériale. A ce titre, la mise en oeuvre du nouveau siège régional devrait constituer "un marqueur, une empreinte de (son) action à la tête de la direction Centre Est".

Acteurs de l'économie - La Tribune. Vous entamez votre 7e mois à la tête d'Orange Centre Est (région Auvergne-Rhône-Alpes sans la Drôme et l'Ardèche, NDLR). Quel état des lieux faites-vous de votre délégation ? Quelles principales singularités avez-vous déjà observé ?

Valérie Thérond. En premier lieu, la puissance des équipes : leur motivation, leur engagement et leurs compétences sont au service de l'ensemble des activités d'Orange Centre Est : particuliers, et entreprises [le périmètre géographique Centre Est comporte d'une part une direction générale qu'elle conduit (environ 4 600 personnes) d'autre part des fonctions techniques sous la responsabilité nationale. Au total, le territoire Orange Centre Est concentre 9 300 salariés, NDLR]. Le deuxième point marquant est le dynamisme territorial dans lequel s'inscrit cette délégation. Le tissu économique régional est très dynamique et possède de grandes capacités d'innovations.

Quels sont les points d'amélioration sur lesquels vous allez vous concentrer ?

Avant tout, nous devons poursuivre et accentuer la dynamique positive déjà à l'œuvre sur le territoire. Cette dynamique doit être poursuivie, notamment dans son aspect collectif. Après le passage marquant d'Olivier Faure - les fonctions qu'il occupe aujourd'hui illustrent sa réussite -, je dois continuer à construire ce collectif, et m'appuyer sur lui. Il existe de nombreuses façons de manager. La mienne sera sans doute différente de celle de mon prédécesseur, mais toujours au service de l'entité régionale et du groupe.

Quelle est, justement, votre marque de management ?

Je suis complètement dédiée à la réalisation des objectifs de l'entreprise, avec lesquels je suis en accord. En 27 ans de vie professionnelle, j'ai toujours agi comme cela.

L'énergie est l'une de mes premières qualités. Je suis également attentive à l'équité et à l'objectivité. Et pour mener à bien mes missions, je m'appuie sur un fort pragmatisme. Mais je dois perpétuellement trouver les bons leviers pour faire fonctionner cette alchimie.

Afin de renforcer notre collectif, déjà fort, nous devons être plus agiles et savoir explorer au-delà de nos barrières internes, et de nos objectifs personnels, pour développer une stratégie complètement gagnante qui serve l'intérêt des clients, du territoire et bien sûr de l'entreprise.

Valérie Thérond

Le grand projet immobilier de 44 000 m², visant à regrouper 3 000 salariés d'Orange à Lyon, devrait être opérationnel en 2018. Comment votre stratégie managériale va-t-elle « s'exprimer » dans ce nouvel édifice ?

Ce pôle, qui regroupera un certain nombre de sites sur lesquels nous sommes actuellement locataires, s'opèrera autour du pôle Lyon Lacassagne (au Sud de La Part Dieu, NDLR). Le bâtiment actuel sera refait à l'intérieur et réaménagé, et autour de nouveaux immeubles seront édifiés. La construction devrait démarrer en 2017, pour une entrée des équipes à partir de début 2019. Ce nouveau bâtiment doit être un acteur majeur du grand projet Lyon Part Dieu. Va s'ajouter, à ce complexe, une location en cours de recherche à proximité de Lacassagne, pour accueillir environ 1 000 personnes.

Mais ce n'est pas un simple déménagement. C'est un vrai projet managérial, qui s'inscrit dans la vision stratégique Lyon 2020. Nous sommes en cours de réflexion et nous allons impliquer l'ensemble des managers concernés par ce projet.

Plus précisément, ce programme a, dans un premier temps, pour vocation de mélanger les différents profils des équipes. C'est un socle qui rassemblera les équipes clients (grand public et entreprises) et les équipes techniques. Cette concentration devrait permettre d'associer des salariés, de décloisonner les secteurs.

Le deuxième point repose sur une réflexion liée aux nouveaux modes de travail et à notre cadre de vie au quotidien. L'ambition est de nous réinventer afin de nous rapprocher des modes actuellement à l'œuvre, qui prennent notamment en compte l'augmentation du télétravail et du nomadisme. Ce réaménagement se veut en mode « dynamique ». Cela peut passer par des espaces davantage ouverts et partagés, des lieux de vie intégrés aux différentes parties du bâtiment, mais aussi des bureaux individuels au sein desquels les employés pourront s'isoler (réunion, coup de téléphone personnel).

Enfin, le troisième point revêt une importance capitale : ce processus se fait en totale transparence avec les instances représentatives du personnel (IRC). De l'obligation légale de leur présenter ce type de projet et de recueillir leur avis, nous voulons en faire une force. Une concertation à la genèse du projet permet de réduire les craintes et de co-construire avec les salariés. Même si une co-construction totale n'est pas possible, nous devons tout faire pour établir un vrai dialogue. In fine, la mise en œuvre et l'utilisation de ce pôle constitueront un marqueur, une empreinte de mon action à la tête de la direction centre-est.

J'ai parfois été frappée du caractère de réticence au changement qui peut exister dans une entreprise, et des blocages qui y dominent. De cette expérience, j'ai acquis la conviction qu'il faut absolument impliquer, expliquer, et faire participer les équipes aux projets. Le dialogue est, à mes yeux, primordial, et représente donc un élément essentiel de mon action.

L'objectif affiché d'Orange est d'assurer, d'ici fin 2016, une couverture à 100 % des réseaux fibres sur 9 villes, dont Lyon. Cette ambition sera-t-elle accomplie ?

En France, nous recensons 5,9 millions de logements raccordables et 1,2 million de clients. On prévoit d'atteindre le seuil de 12 millions de foyers raccordables en 2018 et 20 millions en 2022.

Comme le rappelle Stéphane Richard [PDG du groupe, NDLR], Orange a été l'artisan du réseau cuivre. Aujourd'hui, nous construisons le réseau du futur. En tant que directrice opérationnelle régionale, la connectivité est une priorité. Mais nous devons proposer une projection plus large que des simples résultats sur une année. Le niveau de couverture fibre à Lyon devrait être de l'ordre de 90 % fin 2016. Ces résultats s'expliquent notamment par un équipement plus difficile dans les quartiers anciens, ceux par exemple protégés par l'Unesco, ou dans ceux qui nécessitent des autorisations des bâtiments de France.

Valérie Thérond

Et sur le territoire régional, où en est le déploiement ?

Depuis 2014 en Centre Est, nous avons triplé le nombre de communes concernées par le déploiement de la fibre. Le nombre de logements éligibles a progressé de 70 %. Nous sommes passés de 40 communes en 2014 à plus de 150 aujourd'hui. À Horizon 2020-2022, nous voulons être à 100 % dans les zones très denses.

Sur le territoire, il faut distinguer deux types de déploiement : celui initié sur nos fonds propres, qui représente environ 60 % des logements et locaux professionnels raccordables du territoire, et celui assuré à travers des réseaux d'initiative publique (RIP) auxquels nous sommes associés. Nous participons au RIP Auvergne très haut débit, sur lequel nous agissons sur le déploiement d'infrastructures, mais aussi comme Fournisseur d'accès à Internet (FAI). De plus, le 24 juin dernier, nous avons signé un accord de cofinancement avec le syndicat intercommunal de l'Ain pour le RIP local. Je suis assez fière de cette réussite, car pendant longtemps a prévalu une mésentente entre les deux parties

Dans le même registre, nous avons signé une convention FTTH, début septembre, avec le département de la Haute-Savoie. Enfin, nous prospectons sur l'Isère et sur le Rhône.

Justement, la Métropole de Lyon a réaffirmé, dans son schéma de développement économique 2016 -2021, vouloir poursuivre le déploiement de son réseau d'initiative publique dédié aux professionnels, « partant du constat que l'offre fibre très haut débit en direction des acteurs économiques resterait insuffisante ». 900 kms de fibre doivent être développés à terme, avec un début d'activité fin 2016. Pourquoi Orange ne s'est-il pas manifesté sur ce RIP ?

Sur l'ensemble de la métropole, nous avons un réseau de fibre dédié aux grandes entreprises. En parallèle, nous déployons un nouveau réseau tout fibre, initialement destiné au grand public et aujourd'hui ouvert à l'ensemble des professionnels, commerçant, artisans, PME et grandes entreprises.

Des petits acteurs se lancent sur le marché des fournisseurs d'accès à Internet. Ils sont particulièrement actifs dans la région (Equation, Cienum...), notamment grâce au nœud d'échange LyonIX. Ils proposent notamment des offres très compétitives aux entreprises. Dernière initiative en date, cinq PME du secteur se sont unies pour atteindre un profil ETI, en créant la structure EDLF. Comment abordez-vous l'émergence de ces nouveaux acteurs ?

Nous prenons en compte cette concurrence et sommes attentifs à la façon dont elle se déploie. Cette concurrence existe, elle est rude, sur tous les canaux et dans tous les métiers ; elle vient des autres opérateurs (SFR, FREE, Bouygues, NDLR), mais il ne faut pas sous-estimer les nouveaux acteurs.

Cependant, Orange possède tous les moyens pour répondre à la concurrence et ainsi conserver ses parts de marché et ses offres. L'existence de la concurrence est essentielle. C'est à nous de nous défendre et de garder notre rôle de leader. Pour cela, nous devons travailler en permanence sur nos offres, notre réseau et sur notre marketing.

Quelle marge de manœuvre commerciale avez-vous sur votre zone de responsabilités ?

Nous avons des offres - et des prix - définis par le marketing central. Nous disposons cependant d'une certaine marge de manœuvre en local : actions de promotion, offres de remboursement, initiative publicitaires, actions commerciales sur un secteur donné, etc. Cette marge de manœuvre nous permet de contrer certaines initiatives de la concurrence.

Valérie Thérond

L'agglomération grenobloise a été le fer de lance, pour Orange, des expérimentations du réseau LoRa, qui permet de connecter les objets connectés. Suite à ces tests, Orange a décidé d'étendre son réseau bas débit à 17 villes. Quelle est actuellement la capacité de couverture disponible en France, et particulièrement en Auvergne Rhône Alpes ? Combien d'objets connectés Orange/Lora sont-ils déjà reliés au réseau sur le territoire régional ?  Quels sont les montants d'investissements ? Quelles offres sont proposées aux entreprises ?

En France, d'ici fin janvier 2017, le réseau LoRa d'Orange couvrira 120 agglomérations, soit environ 2 600 communes, en offrant une connectivité en extérieur mais aussi à l'intérieur des bâtiments. Dans la région, ce sont 15 agglomérations*, dont Lyon et Grenoble couvertes depuis juin 2016) qui sont concernées par ce déploiement. Nous avons pris de l'avance par rapport à nos objectifs initiaux car c'est aujourd'hui que les parts de marché se gagnent.

Les premières utilisations voient le jour avec des services de maintenance et une vraie valeur ajoutée en termes de qualité. L'expérimentation grandeur nature menée à Grenoble a permis de calibrer notre déploiement antennaire et d'adapter notre offre aux besoins des fournisseurs et des clients.

Certains de nos partenaires qui étaient pilotes sur le réseau expérimental ont choisi de pérenniser leur solution. C'est le cas, par exemple, de BH Technologies qui a testé l'installation de capteurs sur des containers de déchets. Le déploiement du réseau LoRa s'est fait et se poursuit au rythme des projets que nous expérimentons avec les entreprises partenaires. Pour encourager les startups à se positionner sur ce segment, nous allons organiser le premier LoRathon d'ici la fin de l'année. Il s'agira de plancher sur les usages innovants de LoRa.

Dans le domaine des réseaux bas débits pour objets connectés, la concurrence est rude, avec notamment qowisio et la startup Sigfox, qui a levé l'an dernier 100 millions d'euros et qui accuse les opérateurs classiques de vouloir « tuer dans l'œuf » son entreprise. Quelle est la situation de la concurrence sur le territoire Auvergne Rhône-Alpes ?

Pour répondre à l'ensemble des usages de l'IoT/M2M, plusieurs technos seront nécessaires. Sigfox est un réseau utilisant une techno propriétaire. Nous préférons des technos LPWA plus ouvertes et interopérables comme LoRa pour permettre rapidement la création d'un large écosystème ouvert pour l'IoT. Notre objectif est d'avoir des solutions normalisées, interopérables, et nous accueillons l'entrée récente de Sigfox au 3GPP comme une bonne nouvelle.

Valérie Thérond

Le président d'Auvergne Rhône-Alpes Laurent Wauquiez a placé le développement du numérique en tête de ses priorités économiques. Quel rôle Orange Centre Est peut-il exercer dans cette optique-là, et quelles opportunités d'activité cela peut-il représenter ? En premier lieu, croyez-vous à la concrétisation de cet engagement électoral ?

Orange est un acteur auprès de tous types de collectivités locales : commune, agglomération, département, région. Le groupe se positionne effectivement comme un des acteurs du développement économique des territoires, et notamment bien sûr en Auvergne Rhône-Alpes. Je rappelle que nous sommes très engagés dans le déploiement des réseaux fibre et mobile 3G/4G. Nos interactions peuvent être également d'ordres plus commerciales, si la région veut lancer des projets ou des appels d'offres dans le cadre des marchés publics.

Concernant des projets en lien avec les intentions politiques de Laurent Wauquiez, nous avons discuté du campus numérique et nous restons à la disposition de la région. Nous sommes prêts à nous positionner à travers différentes possibilités : soit sous un angle purement économique, c'est-à-dire sous la forme de prestation, comme la digitalisation de ce futur site, si un appel d'offres est lancé ; soit sous un angle partenarial, en accompagnant des initiatives qui prendront place sur ce campus, à l'instar d'incubateur.  En somme, une assistance, un accompagnement et une participation à certains projets sont envisageables.

Enfin, Orange Centre Est est déjà présent dans certains clusters portés par la région Auvergne Rhône-Alpes, comme ceux de Numélink-Clust'R qui fusionneront au 1er janvier 2017. Par ailleurs, notre engagement dans l'écosystème passe également par un soutien aux réseaux French Tech. Le Totem digital Grenoble est, par exemple, implanté dans nos locaux grenoblois.

In fine, nous sommes actifs dans de nombreuses initiatives, attentifs aux nouvelles sollicitations, mais nous ne nous inscrivons pas dans une position dominante. Orange Centre Est se considère comme un acteur qui doit compter.

Valérie Thérond

Note : les agglomérations concernées par le déploiement LoRa. Lyon et Grenoble : couvertes depuis juin 2016 ; Clermont-Ferrand, Montluçon, Vichy, Saint-Etienne, Roanne, Bourg-en-Bresse, Bourgoin-Jallieu, Vienne, Chambéry, Annecy, Cluses, Annemasse et Thonon-les-Bains : couvertes fin janvier 2017.

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