Yves Le Bihan : "Le dirigeant doit savoir lâcher son armure de sachant"

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(Crédits : DR)
Manager autrement en utilisant le concept de leadership positif, c'est une nouvelle fois la thématique centrale de la seconde édition de la Nuit de l'entreprise positive qui se déroule à Lyon, ce jeudi 22 septembre et à laquelle Acteurs de l'économie-La Tribune s'associe. Un événement organisé par l'Institut français du leadership positif. Son président Yves Le Bihan, convaincu ses bienfaits de diriger autrement, en explique les contours.

Acteurs de l'économie - La Tribune : Lors de votre 1re édition en novembre 2015, la Nuit de l'entreprise positive avait réussi le pari de réunir plus de 500 dirigeants, entrepreneurs, experts, cadres... curieux, attentifs ou convaincus par le leadership positif. Jeudi 22 septembre, pour la 2e édition, vous en attendez le double. Autour de quelle thématique l'organisez-vous ?

Yves Le Bihan : Le concept de cette nuit, qui souhaite rassembler des explorateurs et dirigeants audacieux, repose sur les enjeux de leadership et de gouvernance dans toutes les organisations, qu'elles soient privées ou publiques.

Cette année, nous aborderons la thématique suivante : "Peut-on concilier réellement la haute exigence et la bienveillance ?" Car malheureusement, on les oppose trop souvent. Nous allons donc tenter de répondre positivement par des réflexions, et des exemples de dirigeants, de sages et de speakers... que non seulement il faut savoir les combiner mais que les organisations ont intérêt à le faire si elles souhaitent aller chercher une croissance pérenne, responsable et solidaire.

Cette édition coïncide aussi avec la sortie de votre livre Le Leader positif (Eyrolles) qui se veut un outil de management par le positivisme reposant sur des théories scientifiques. Pourtant des livres sur le management positif, il en existe pléthore. Quelle est la particularité du vôtre ?

Je veux par ce livre montrer des exemples concrets, en proposant des exercices pour mettre en mouvement les dirigeants. Bien entendu, il existe de nombreux ouvrages sur le leadership et le management mais celui-là permet d'apporter de nouvelles clés pratico-pratiques à partir d'un modèle qui marche dans toutes les organisations et que nous avons testé avec des résultats concrets.

Les modèles de gouvernance sont restés figés au XXe siècle, avec des entreprises qui en sont encore au "predict and control", très hiérarchiques, masculines, et autoritaires. Mais avec la révolution digitale qui embarque tout sur son passage, nous constatons que les modèles de leadership sont à bout de souffle. Il fallait donc réfléchir à des alternatives possibles.

Depuis quatre ans, nous nous intéressons à de nouveaux courants basés sur les sciences que l'on retrouve dans le livre : à la fois les neurosciences cognitives (en quoi notre cerveau peut-il développer de nouvelles ressources pour le dirigeant), la science de la psychologie positive (une science assez jeune qui explore l'optimum de l'humain), et les sciences contemplatives (pratique de pleine conscience).

En combinant les trois, nous disons qu'il existe un autre moyen de donner les clés aux dirigeants en les aidant à se transformer pour mieux réussir la transformation de leurs organisations.

Les modèles de management ont évolué et évoluent encore. Celui très hiérarchique n'a plus sa place selon vous. Que proposez-vous ?

L'entreprise pyramidale et taylorienne ne fonctionne plus. Les personnes n'en peuvent plus et ne sont pas faites pour cela notamment la génération des millennials - née après les années 1980. Une étude de la Brighton school of business management montre les trois premiers besoins de ces derniers qui sont : d'abord le bien-être au travail, à la fois physique, psychologique, émotionnel et spirituel (pourquoi je me lève le matin ?).

Deuxièmement, l'accomplissement, et troisièmement l'impact positif sur la planète. S'ils ont donc en face un dirigeant opposé à ce modèle, ils ne viendront pas dans l'organisation ou pire, la quitteront. Je suis ainsi convaincu que le modèle du leader positif est une alternative sérieuse et possible pour diriger une organisation en l'amenant vers une entreprise positive qui vise à la fois la performance et l'épanouissement - jamais l'un sans l'autre - mais également vers un modèle responsable et solidaire.

Quelle définition feriez-vous du mot "positif" ?

Il ne s'agit pas simplement de la méthode Coué. Nous avons pris le parti de l'appeler leader positif, car cela regroupe quatre grandes dimensions. De cultiver l'enthousiasme et l'optimisme lucide de manière délibérée ; de cultiver le culte de la haute performance avec courage et résilience ; d'encourager la gratitude, le respect et la justice ; et enfin, de cultiver des pratiques managériales qui encouragent l'entraide collaborative et les interactions positives. Les personnes qui se sentent bien dans l'entreprise sont alors plus productives, plus créatives, connaissent une forme de résilience, et une meilleure gestion du stress, servant alors la performance de l'organisation.

Pour que ce changement soit effectif, le dirigeant ou manager doit être moteur, donc convaincu, ce qui est loin d'être encore le cas...

À chaque période de transition, de rupture entre deux mondes, les modèles d'organisation doivent se transformer. Mais cette fois-ci, les marqueurs les plus forts sont ceux de la révolution digitale qui imposent cette (r)évolution.

Le dirigeant doit de fait lâcher son armure de sachant, de posture haute dans sa tour d'ivoire, de renoncer à ses certitudes, et accepter ses failles. Et donc s'imposer une posture plus simple, plus authentique, solidaire. La clé pour un dirigeant est de savoir interpréter l'information qu'il reçoit en masse.

Cette mentalité est aussi le fait des écoles de commerce et d'ingénieurs qui forment des "supers héros", comme vous les surnommez. Ces établissements doivent aussi enclencher une profonde réflexion.

Elles les formatent à cela, à devenir des supers héros. Pourtant, ce temps-là est fini. Il n'existe pas de cours obligatoires ou de cursus de développement personnel dans les grandes écoles. Cela devrait être imposé au même titre que les cours de stratégie financière. Car nous attendons des futurs leaders de diriger en conscience, de manière responsable et utile. Les mentalités évoluent mais trop doucement à mon sens.

Un changement est tout de même mesurable. Il est le fait de cette génération digitalisée.

C'est un formidable accélérateur. Les nouveaux patrons issus des techs donnent le LA, c'est indéniable. Regardez le nombre de dirigeants qui s'inspirent d'eux et les écoutent. Ils sont de plus en plus nombreux, cela va dans le bon sens là-aussi.

Votre livre Le leader positif, la Nuit de l'entreprise positive, et votre Institut français du leadership positif...quelle est l'ambition derrière ces différentes initiatives ?

Un leader positif a le pouvoir de modifier la trajectoire de dizaines, centaines de milliers de personnes. L'enjeu est donc sociétal et politique. Nous voulons montrer à ceux qui nous gouvernent que la santé mentale d'une nation est en jeu. Cette capacité à rester attentif, présent, concentré sur ce que l'on fait ou dit. La pleine conscience est un moyen possible, ce n'est pas le seul, mais montre qu'un programme de présence attentive génère des bienfaits, une baisse des dépenses publiques et une amélioration de la santé mentale de tout un peuple.

La Nuit de l'entreprise positive, jeudi 22 septembre à l'Université Catholique de Lyon.

Renseignements : http://positiveleadership.fr/actualites/nuit-de-lentreprise-positive-lyon/

Livre: Le Leader positif, éditions Eyrolles

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