Shawn DuBravac (CES Las Vegas) : "L'écosystème français de l'innovation est mature"

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Shawn DuBravaq lors de son intervention au sIdO, le 6 avril 2016.
Shawn DuBravaq lors de son intervention au sIdO, le 6 avril 2016. (Crédits : BriceRobert/Sido)
L'économiste en chef du Consumer Technology Association, personnage clef de l'organisation du prestigieux événement Consumer Electronic Show de Las Vegas, dont l'édition 2017 s'ouvre ce jeudi, détaillait à Acteurs de l'économie - La Tribune, en avril dernier, les évolutions à venir de l'Internet des Objets. Une thématique qui sera au cœur du CES 2017. Outre la question de la sécurité, Shawn DuBravac estime que celles des usages, des interactions entre les objets connectés et leur adaptabilité par les citoyens sont des enjeux au cœur du secteur. Un secteur dans lequel les startups françaises apparaissent en pointe, signe de la maturité de l'écosystème hexagonal, qui sera, encore cette année, particulièrement bien représenté avec 178 startups présentes sur le salon.

Article publié le 07/04/2016. Actualisé le 05/01/2017 à 09:04

Acteurs de l'économie - La Tribune. Quel est votre regard sur l'innovation française ?

Shawn G. DuBravac : J'ai pu constater l'importance de l'innovation française dans de nombreux endroits et manifestations mondiales. Lors de l'édition 2016 du CES de Las Vegas, la France fut la plus grande représentation européenne (de même pour 2017, et sera même le deuxième contingent mondial en termes de startups, derrière les Etats-Unis, NDLR).

Ces entreprises innovantes françaises apportent leurs technologies à l'étranger. Cela montre le degré de maturité de l'écosystème français, capable d'être un acteur majeur sur la scène mondiale. Ce pays peut encore devenir plus important dans ce domaine.

Au-delà de la forte présence des startups et entreprises françaises au CES, la venue du ministre Emmanuel Macron, lors de l'édition 2016, était aussi importante. Le ministre de l'Économie est un défenseur et un supporteur de l'innovation en France. C'est bénéfique. (Cette année, Michel Sapin, le ministre de l'Économie, et Axelle Lemaire, la secrétaire d'État chargée du Numérique et de l'Innovation, s'y déplaceront, NDLR)

Lire aussi : Au CES, la French Tech prête à « tout casser »

Plus précisément, quels sont les atouts français que vous pouvez identifier ?

L'une des choses que j'ai pu constater à travers le monde, c'est que l'innovation engendre l'innovation. Le dynamisme des jeunes pousses françaises se diffuse, rejaillit sur les autres structures, aussi bien les petites entreprises que les grands groupes. Elles regardent d'où l'innovation peut venir et comment elles peuvent s'en servir.

L'un des points positifs sur lequel l'innovation en France peut s'appuyer, est à mon sens la solidité de la communauté de startups, notamment dans le domaine de l'Internet des objets. La communauté française de l'IoT est probablement plus importante ici que dans n'importe quelle autre zone. Elle arrive avec des nouvelles approches, des nouvelles idées pour conquérir le marché.

Dans le passé, les entreprises, notamment françaises, regardaient plutôt d'un point de vue local. Mais grâce à l'informatique et au secteur des objets connectés, l'approche est devenue globale. Les startups ont intégré ce nouveau paradigme. Il me semble que ce mouvement est vraiment prometteur.

De nombreuses startups cherchent à vendre leur technologie. C'est particulièrement le cas dans le secteur des objets connectés. Qu'est-ce qui peut permettre de sortir du lot et d'émerger ? Quel objectif l'entrepreneur doit-il poursuivre pour s'imposer sur le marché de l'IoT ?

Particulièrement dans l'Internet des Objets, la startup doit se demander en quoi et comment ce produit peut-il impacter le quotidien, dans quelle mesure cette innovation va changer les habitudes du consommateur. En somme, quelle est l'influence de cet objet sur la vie de l'utilisateur.

Certaines startups vont échouer à répondre à ce paradigme, ce qui est le cycle normal de l'innovation.

Lire aussi : CES 2017 : les 8 meilleures innovations françaises

Quelle est la prochaine évolution importante dans le secteur de l'IoT, selon vous ?

La prochaine étape, primordiale et clef, est à mon sens l'adaptation des technologies par le consommateur. Cette phase va conditionner le décollage réel de ce marché. Le consommateur doit rentrer dans un processus d'adaptation à ces outils, à ces objets.

Mais une autre question importante est : comment et pourquoi ces objets connectés vont-ils interagir entre eux ? Doivent-ils, peuvent-ils, partager leurs informations ? Ce partage va-t-il influencer les séparations strictes des différents services qui existent aujourd'hui ? Cette réflexion est la clef du travail actuel.

Pour illustrer, je peux prendre des objets connectés de ma maison. Celui de mon salon doit-il, va-t-il communiquer, avec celui de ma cuisine ?

Lire aussi : Pourquoi la blockchain peut révolutionner les objets connectés

Pensez-vous qu'une majorité des citoyens est prête à adopter ces objets connectés ?

Dans certains endroits, il existe une réflexion sur le contexte mondial et les grands enjeux à venir. Ces derniers imposent d'économiser les ressources, l'argent, l'eau, l'énergie. Petit à petit, ce processus de réflexion infiltre d'autres catégories de la population.

Chacun devient de plus en plus conscient de ces challenges, de l'impact de notre consommation d'énergie sur l'environnement. L'IoT peut permettre de répondre à certaines de ces problématiques. On peut économiser de l'argent et de l'énergie grâce à ces objets. (Par exemple, la douche connectée qui permet d'économiser de l'eau, NDLR)

C'est un investissement facile pour les consommateurs. Plus le temps avance, plus l'utilisation de ces outils devient confortable. Prenez l'exemple du téléphone portable. Il est désormais devenu indispensable à une majorité des gens.

Quel est le risque d'une généralisation des objets connectés sur les relations sociales ?

Cette question mérite d'être posée. Cependant, l'innovation et la technologie sont parties intégrantes de nos sociétés contemporaines, depuis au moins 50 ans. Elles sont notre quotidien.

Pensez, par exemple, à la radio ou à la télévision. Nous avons utilisé ces nouveautés, et le résultat est qu'elles influencent désormais ce que nous faisons, dans des domaines très variés. Nous avons intégré dans nos vies ces évolutions.

A mon sens, ce processus va continuer. Les objets connectés peuvent aussi apporter de nouvelles relations entre les individus.

L'un des challenges importants des objets connectés est celui lié à la sécurité des données...

La sécurité et le caractère privé des données sont des éléments très importants dans le développement de l'IoT. Elles doivent être personnelles et privées. L'utilisateur doit les détenir et pouvoir avoir la main dessus.

Ainsi, il faut construire des systèmes d'informations très sécurisés. Les entreprises vont se concentrer sur cela, pour trouver des bonnes solutions pour les consommateurs. Si le confiance et la caractère privé sont brisés avec le consommateur, l'IoT aura du mal à s'imposer sur le marché.

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Commentaires
a écrit le 05/01/2017 à 14:05 :
il est grand temps d'ouvrir un CES annuel a Paris !

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