"Les entrepreneurs culturels auront un incubateur, à Lyon, en 2016" (Arty Farty)

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(Crédits : DR)
Du 13 au 15 mai, en marge du festival de musiques électroniques Nuits Sonores, European Lab investit l'Hôtel de Région à Lyon. Ce forum professionnel, à destination des acteurs européens de la culture, ambitionne "d'imaginer la culture de demain". François Pirola, vice-président d'Arty Farty et coordinateur de l’événement, revient sur l’essor de l'entrepreneuriat dans ce secteur. L'association va créer à Lyon un incubateur spécifique baptisé Hôtel 71.

Acteurs de l'économie/La Tribune : L'une des particularités d'European Lab est d'être un lieu d'expression pour les défricheurs de la culture de demain. Expliquez-nous la vocation globale de l'événement ?

François Pirola : En effet, l'idée est de créer un lieu de rendez-vous, d'échanges et de travail pour les acteurs culturels du continent. C'est la conception initiale du forum, avant même d'être une plateforme de revendications en direction des autorités. L'ADN d'European Lab est de montrer le mouvement et les actions d'une nouvelle génération d'acteurs culturels. Les membres de celle-ci, âgés de 20 à 35 ans, sont amenés à devenir les responsables et les promoteurs de la culture européenne de demain. Il s'agit de leur proposer un moment de réflexion, d'échange, in fine, un temps d'avance.

Mais European Lab est également, et depuis le début, un lieu de trait d'union et de discussion entre les acteurs culturels, économiques et les politiques, à tous les échelons : des élus locaux aux députés européens.

Pour survivre dans le contexte actuel, la culture doit-elle adopter certains codes de l'entreprise ? Le financement, privé ou autonome, est-il le modèle à suivre pour assurer l'indépendance des événements ?

Oui, c'est notre conviction, pour des raisons économiques et sociales, car l'argent public est plus rare. Mais au-delà de cet aspect pragmatique, la réflexion qu'initie la question du modèle économique des festivals, et donc de la culture, est celle de l'indépendance.

La nouvelle génération d'acteurs culturels a une réelle volonté de développer ses activités dans cet esprit, et cela passe par l'entrepreneuriat. On assiste à la fin d'un modèle, où la participation publique était très importante, voire majoritaire. Ces nouveaux protagonistes militent pour une intervention plus faible -au niveau financier - des pouvoirs publics. Ils souhaitent une plus grande capacité d'initiatives et d'innovation, notamment avec la révolution du numérique.

C'est une génération qui pense différemment, avec une grosse envie d'entreprendre dans le secteur culturel. Cette mentalité révèle clairement un blocage du système actuel pour les nouveaux acteurs. C'est davantage un nouvel état d'esprit que cette génération souhaite mettre en œuvre. Et pour cela, le développement économique est essentiel.

Justement, depuis plusieurs éditions, European Lab réfléchit aux questions d'incubateurs pour les entrepreneurs culturels européens...

Ce principe d'incubation est bien connu dans le secteur économique classique. Il vise à permettre aux entreprises naissantes d'atteindre un stade de développement intéressant. Les expérimentations sont de plus en plus nombreuses pour appliquer ce principe dans la culture. Nous avons des liens très étroits avec Creatis, la résidence d'entrepreneurs culturels hébergée à la Gaîté lyrique (Paris), à laquelle nous avons participé à sa création.

Nous estimons qu'il faut pousser ce modèle le plus loin possible. C'est l'ambition d'European Lab. C'est pour cela que nous invitons les incubateurs culturels européens à partager leur expérience. Le forum permet de présenter ce qu'il se fait de plus innovant dans ce domaine à l'échelle européenne.

Comment cette ambition peut-elle davantage se structurer ?

Notre ambition est d'installer un incubateur culturel à dimension européenne à Lyon, sur le site de la Confluence, d'ici fin 2016. L'idée est d'accompagner les jeunes entrepreneurs du domaine culturel à trouver de nouveaux modèles, à innover et à créer. Dans ce lieu, Hôtel 71, nous projetons d'accompagner une vingtaine de porteurs de projet.

Nous avons constaté que de nombreux acteurs du territoire rhônalpin avaient besoin de ce genre de structure. Ils partaient au moment où la région pourrait en récolter les fruits. Il faut donc les garder sur place, car leur présence est source d'emplois et d'activités.

Hôtel 71 est une illustration concrète des réflexions menées ces dernières années à European Lab. Ces nouveaux modèles pourront être bénéfiques, sur le long terme, à l'ensemble d'un territoire et à ses entreprises. Ainsi qu'à l'écosystème Arty Farty. C'est sur ce noyau-là que l'incubateur va d'abord s'appuyer, avant une ouverture plus large.

European Lab se veut européen, mais il s'inscrit également dans un territoire précis : Lyon. Comment les acteurs locaux peuvent-ils tirer avantage de cet événement ?

Pour l'ensemble des porteurs de projets culturels de la région, c'est également leur rendez-vous. Ils participent et en bénéficient. Nous amenons à Lyon un panel large de projets culturels et entrepreneuriaux européens. Cela permet aux acteurs lyonnais de faire des rencontres. Nous permettons la mise en mouvement et en réseau des différents protagonistes. Ce dynamisme est un levier pour défendre nos idées : une grande ambition pour les politiques publiques et une meilleure relation avec les entreprises du secteur classique et les acteurs culturels.

Quel est votre regard sur la politique européenne actuelle dans le domaine de la culture ?

On porte un discours ambitieux pour l'action de l'Union européenne dans ce domaine. À ce titre, on est à la fois critique, car nous nous devons d'être lucides sur la situation pour faire avancer les choses. Mais nous sommes également partenaires de l'UE. European Lab est né grâce aux instances européennes. Elles souhaitaient voir émerger à travers des festivals de musique, des forums professionnels. Nous développons notre histoire dans cette coopération depuis la première édition. Et cela continue : Arty Farty vient de remporter un appel à projets européen dans le cadre d' "Europe Creative". Nous avons même été sélectionné pour être le leader de cette initiative "We are Europe". Ce projet nous permettra de nous développer davantage, en compagnie de huit confrères communautaires, chacun ayant ses propres spécificités.

Quelle est la place du digital dans la culture de demain ?

Nous prenons acte du bouleversement engendré par le numérique : les pratiques, les esthétiques, mais aussi les modèles économiques, jusqu'aux usages des "consommateurs culturels". Nous estimons que c'est une chance, car cela permet une plus grande démocratisation de nombreuses pratiques culturelles. Mais en même temps, nous sommes attentifs à faire en sorte que les équilibres, dans les politiques culturelles, soient préservés. Notamment celle de la rémunération des artistes. Nous avons conscience que la révolution numérique peut également être destructrice dans un certain nombre de cas.

 Vous pouvez retrouver Vincent Carry et François Pirola dans l'interview vidéo de nos confrères d'Ijsberg réalisée lors de l'European Lab.

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Commentaires
a écrit le 14/05/2015 à 21:59 :
Suis allé voir le site pour être sûr qu'il ne s'agisse pas d'une farce. Non, non. C'est de l'estampillé. Le maître mot ici est sans aucun doute décontraction. Du genou. Ou comment dire une chose et son contraire dans la même phrase, plusieurs fois si nécessaire, et n'en tirer aucune conséquence... C'est beau la vie d'artiste! D'une certaine façon, que de tels zigotos puissent vivre et exprimer ainsi leurs idées montre qu'on est loin d'être à l'os.
Réponse de le 26/05/2015 à 11:33 :
Au courageux drille qui parle de "la vie d'artiste", continuons donc à nous rouler dans la pauvreté de vos clichés, et gaiement si possible, vous rehaussez tellement le débat. Si on regarde, allez, ne serait-ce qu'à un petit mètre devant son petit nez: avez-vous la moindre conscience de ce que draine en termes de CA pour les hôtels, les transports (avions, taxis, cars, métro et bus, chauffeurs, vélovs, allons-y), les restos ou autres food trucks, ce genre de manifestations ? Je ne parle pas du Lab, là. A contratio, savez-vous combien sont rémunérés réellement les "artistes" ? Je ne suis pas là pour valider la démarche ou pas (du Lab), mais si la cible est pour vous ce genre de forums qui foisonnent et sont appuyés et mis en avant par le politique (150 intervenants de 30 nationalités et 700 délégués, forcément, belle vitrine pour l’hôtel de région), s'il vous plait, ne confondez pas les cibles, et par pitié stop sur les clichés par rapport aux "artistes". Si l'intermittence vous fait tenvie, mais allez-y et donnez de vos nouvelles surtout, je reste curieux.

http://www.latribune.fr/actualites/economie/france/20140103trib000807739/la-culture-contribue-sept-fois-plus-au-pib-que-l-industrie-automobile.html

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