Démocratie sociale et monopole

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(Crédits : Alixio)
La volonté de transformation des relations sociales nécessite de disposer de corps intermédiaires solides, parmi lesquels les syndicats, acteurs essentiels de la démocratie sociale. Mais, il faut aussi accepter qu'il faille du temps pour qu'émergent et se renouvellent des acteurs responsables, constructifs dans l'exercice de négociation. Bruno Dupuis, senior advisor associé, Alixio.

Démocratie sociale et monopole, voilà deux mots bien dissonants. La suppression d'une telle aberration semble aller de soi. Ce serait l'un des marqueurs, et même des leviers, utiles pour la modernisation sociale de notre pays. C'est ainsi que les candidats à la primaire de la droite ont, à l'exception d'Alain Juppé, annoncé la remise en cause du monopole de présentation de candidatures réservé, lors du premier tour des élections professionnelles dans les entreprises, aux listes parrainées par les grandes confédérations syndicales reconnues et représentatives au plan national. Il est a priori aisé d'admettre que, pour la vitalité de la démocratie sociale, tous les salariés puissent avoir la possibilité de se présenter directement aux élections professionnelles, qu'ils soient syndiqués ou non. Mais n'est-ce pas déjà très largement le cas avec les listes sans étiquette syndicale élues au second tour qui, de facto, concernent une majorité d'entreprises en particulier dans les PME ?

Supprimer une situation improprement qualifiée de "monopolistique" pourrait sembler une idée saine. Qui peut être contre ce principe général que, pour moderniser notre pays, il est nécessaire de s'attaquer à des rentes situation qui, en apparence, ont un petit air désuet d'après-guerre et/ou de survivance d'économie administrée ? Pour en juger sérieusement, il faut anticiper les étapes suivantes et aller plus loin que cette perception première simpliste.

Prendre du recul

En effet, dans la volonté de transformation des relations sociales, il faut mesurer le chemin parcouru - certes trop lentement pour les impatients. Il faut aussi intégrer la nécessité pour moderniser notre pays de disposer de corps intermédiaires solides, parmi lesquels les syndicats, acteurs essentiels de la démocratie sociale. Admettre par ailleurs que la transformation des relations sociales nécessite du temps pour qu'émergent et se renouvellent des acteurs responsables, constructifs dans l'exercice de négociation.

Prendre du recul me semble sage afin d'éviter des choix de gribouille où l'on défait ce que l'on a construit la veille. Je fais référence notamment à la construction constante des dix dernières années qui a cherché à renforcer la légitimité et la représentativité des acteurs syndicaux alors qu'on leur confie un rôle de plus en plus important, en ouvrant largement les champs ouverts à la négociation d'entreprise.

Pour que ce choix porte ses fruits, il faut aussi que les personnes investies de mandats de représentation soient formées, aient des parcours professionnels fluides. Les organisations syndicales ont un rôle essentiel à jouer à ce titre.

Vouloir revenir sur ce choix et brûler les étapes ou passer par-dessus bord ce qui peut apparaître comme une rente de situation pourrait s'avérer très rapidement contre-productif ! Le risque est de voir apparaître des groupes de personnes peu formées, des coordinations ou d'autres formes d'agrégations plus ou moins erratiques qui ne sont pas sans poser d'autres problèmes, en particulier de représentativité et de capacité à négocier. N'est-ce pas ce que nous pouvons percevoir actuellement avec les premiers mouvements sociaux qui touchent des entreprises de la nouvelle économie, avec celui des chauffeurs de VTC, par exemple, où émergent des coordinations qui s'autoproclament, se font ou se défont sans que l'on dispose d'éléments sur leur représentativité et la légitimité des intérêts qu'ils représentent réellement ?

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