PME françaises : comment recruter face aux GAFA ?

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(Crédits : Jean-Marie Caillaud (Twitter))
Les entreprises s'arrachent les meilleurs talents. Un bon développeur peut recevoir jusqu'à 15 sollicitations par jour sans même être en recherche de poste. La guerre des talents fait rage et les entreprises n'ont qu'une solution : se battre ou abandonner. Par Jean-Marie Caillaud, talent acquisition manager chez IPPON Technologies.

Les experts du digital n'ont que l'embarras du choix pour travailler : ESN, cabinets de conseil, startups, éditeurs de logiciel, etc. Et cette concurrence va bien au-delà du territoire national, les compétences s'échangeant facilement entre les différents pays d'Europe d'abord, et du monde entier désormais. La plupart des formations supérieures ont d'ailleurs pris le pli et incluent un semestre ou un stage à l'étranger pour l'ensemble de leurs étudiants.

La génération de l'Auberge espagnole le sait : son avenir est mobile et l'herbe semble parfois plus verte ailleurs. Et dans ce contexte où toutes les entreprises se battent pour trop peu de candidats, dans ce monde où les talents sont lassés des rengaines des entreprises qui ont remercié leurs parents après 35 ans de bons et loyaux services, dans ce marché où les candidats ont le regard tourné vers ailleurs, les GAFA (Géants du web) débarquent et la guerre des talents prend un nouveau tournant.

Renoncer ou se renouveler ?

Cette nouvelle bataille apporte un sentiment mitigé, un peu aigre doux. Il est facile de se sentir rassuré sur le niveau de sa propre entreprise, en partant du postulat que plus la concurrence est forte, plus les candidats sont bons. Mais cette concurrence possède une marque produit si forte qu'elle ne soucie que peu d'avoir une marque employeur. Alors en tant que PME, est-ce que la solution serait de chercher à parler plus fort ? Difficile d'avoir une voix qui porte plus qu'un Amazon ou un Google...

Les PME doivent-elles jouer le jeu des géants du web ou bien doivent-elles transformer leurs méthodes et emmener la bataille sur un autre terrain ? La réponse n'est pas dans la voix, elle est dans le contenu.

La voix peut porter mais s'éteint ; le contenu vit, et se transmet. L'entreprise doit apprendre à libérer du contenu dans la nature. Quel contenu ? Du savoir-faire, des compétences, de l'expertise, qui seront repris, portés, transformés, et interprétés, mais qui auront toujours un point d'origine : l'entreprise.

Miser sur ce que l'on sait faire, et croire en ses équipes pour le transmettre. La crédibilité qu'une entreprise aura dans son métier sera pour toujours sa marque pour recruter des experts, peu importe sa taille et peu importe qui elle aura face à elle.

Qu'apportent les entreprises à leurs talents ?

L'époque où la relation entre les collaborateurs et l'entreprise se résumait à un échange carrière/compétences est révolu. Pour se démarquer, une entreprise du digital doit apporter de la formation, mais également mettre en place un environnement permettant le partage du savoir et favorisant le travail en équipe.

Son agilité, son investissement dans des projets open source et sa capacité à créer de l'innovation sont autant d'axes de développement autour desquels vont s'organiser des communautés de talents en interne et en externe.

L'entreprise doit apprendre à ouvrir ses portes et à laisser sortir le savoir pour mieux le faire rentrer. Certains DRH pensent : « donner la parole à mes salariés ? Surtout pas, après on va venir me les prendre ! » Le tout est de savoir ce que l'on préfère : que les bons partent ou que les mauvais restent ? Ce sont les talents qui la composent qui donnent la véritable image de l'entreprise.

Quelles sont les prochaines batailles à mener ?

Si les GAFA sont arrivés jusqu'aux PME, le terrain de jeu leur permet désormais également d'aller jusqu'à eux et de contre-attaquer. L'international n'est pas une mince affaire pour qui démarre en ne partant de rien. Mais si une entreprise tourne déjà depuis quelques années, elle ne partira jamais vraiment de rien.

Tous les talents qui sont passés par cette dernière avant d'aller s'essayer à l'aventure internationale sont encore ses talents. Elle ne les perdra jamais. C'est en faisant appel à eux que l'entreprise pourra faire un pont entre son expertise "made in France" et le marché local avec ses différences culturelles.

 L'arrivée des GAFA sur le marché français est une nouvelle exceptionnelle pour les recruteurs du digital : ils les poussent par le challenge à aller vers l'océan bleu et leur ouvrent les plus belles perspectives

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Commentaires
a écrit le 23/11/2016 à 16:16 :
Est ce que les GAFA constituent réellement l'eldorado des ingénieurs en informatique ? Cela n'est pas si sur.
Les entreprises françaises déjà présentes à l’international ont effectivement recours à des ressources offshore pour réduire les coûts. Ces projets offshore rescellent en général peu d'innovation. Ce sont plutôt des projets de migration ou d'évolution de plateforme de production. La France dispose d'ingénieurs brillants qui ne demandent qu'à innover et créer le monde informatique de demain au service des entreprises françaises. C'est sur cet aspect innovation que le bas blesse car aujourd'hui les capacités d'innover sont du coté des GAFA même si 1 projet 50 voit le jour. Si les entreprises françaises informatiques anticipent et osent plutôt que de rester dans un business qui ronronne, le leadership européen est à portée de main car la transformation digitale est nécessaire plus que jamais sur les vieilles infrastructures des datacenter des années 2000 et les logiciels métiers actuels. Aujourd'hui, seule les startup française font figure d'acteurs de la transformation digitale en proposant des solutions d'avenir comme, par exemple, Clear Cloud Services qui proposera bientôt MyBO CloudBoxOffice, solution de déploiement d'un SI Cloud en mode privé et agnostique de tout éditeur ou constructeur.
Le savoir faire informatique pour accompagner la transformation digitale des entreprises françaises existe. Convaincre les acteurs intermédiaires (revendeurs, intégrateurs) et les clients finaux qu'il est urgent d'oser sortir du confort et de la dépendance des GAFA est en fait le défi le plus dur à réussir.
Soyons optimiste et fédérons nous en réseaux d'expertises complémentaires.
a écrit le 21/07/2016 à 17:13 :
Je suis en désaccord avec l'idée que les salariés expatriés seront assez bêtes pour aider les entreprises françaises qui les ont fait partir. Les entreprises n'ont pas été loyales en brisant le pacte social qui faisait qu'on gardait un bon employé le plus longtemps possible, voir toute sa carrière. Si les compétences partent, c'est d'abord et avant tout parce que l'entreprise n'a pas su les garder, voir les a incité à partir en faisant massivement appel à l'off-shore pour faire du dumping. Dans mon service informatique, 90% de l'équipe est parti s'expatrier en Europe à cause de la concurrence indienne. A l'heure de la mondialisation, "Entreprise française" ne veut plus dire grand chose...

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