"Le temps est devenu un dogme"

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(Crédits : Laurent Cerino/ADE)
L'arrivée massive des nouvelles technologies a modifié notre rapport au temps. Désormais, tout peut - et même doit - aller plus vite que les référentiels établis. Si ce temps gagné peut être bénéfique pour l'innovation et l'agilité entrepreneuriale, il est également source de tensions, d'angoisses et d'inégalités. C'est le sens du débat proposé le 3 février, dans le cadre du cycle "philosophie et management", par l'iaelyon et Acteurs de l'Economie - La Tribune.

À 21 ans, Thierry Debarnot cofondait Digischool, au départ simple plateforme de cours en ligne devenue le leader français de l'éducation numérique. Depuis 11 ans, il est le témoin idéal de l'accélération du temps.

"Ce qui a profondément changé notre façon de travailler ? Le mobile et la 4G nous permettant de nous connecter partout. Un avantage qui peut rapidement devenir contraignant si on le subit", souligne Thierry Debarnot.

Cette révolution technologique a, virtuellement, accéléré le temps.

Le temps, ce dictateur en puissance

"L'augmentation des déplacements, et notamment le développement du chemin de fer, a entraîné la synchronisation des temps, explique le philosophe Olivier Abel, professeur de philosophie éthique à la Faculté protestante de Montpellier. Les flux informatiques ont accéléré ce processus. Désormais, nous croyons à la montre et aux horloges comme autrefois, on se référait aux sorciers. Le temps est devenu un dogme et les montres les dictateurs d'aujourd'hui".

Olivier Abel

Olivier Abel (Crédits : LC/ADE)

Un dictateur qui influe sur notre rapport au temps, à l'action, à la réflexion, aux règlements des conflits et au management. Une approche qui change aussi notre rapport à l'autre. Source d'angoisse, toute contemporaine, dont le burn-out est la partie visible de l'iceberg.

"Notre société est devenue connexionniste. Désormais, la fracture sociale est temporelle : 1 minute pour l'un vaut 1 semaine pour un autre. Ce qui entraîne un choc de temporalité, entre celui qui a du temps à tuer et celui qui est ultra-connecté", poursuit Olivier Abel.

Un temps dévastateur, qui peut broyer. Car si la technique libère, elle éprouve physiquement nos corps. "Il ne faut pas dépasser la limite de l'humain", souligne le philosophe.

Le temps, source créatrice

Pourtant, tout n'est pas à jeter dans cette fuite en avant.

"Le temps est une chance pour faire des choses et construire des projets", résume Thierry Debarnot.

Et le philosophe d'ajouter :

"Le temps est anthropique. Il bénéficie d'une image négative, associé à une notion de perte. Mais on peut inverser le paradigme : le temps, pris comme source de développement engendre la création. À condition de prendre conscience de ce temps qui passe", souligne Olivier Abel.

Faut-il ralentir la course du temps ?

A priori, difficile de ralentir dans un monde où les usages sont désormais dans l'instantanéité.

Thierry Debarnot

Thierry Debarnot (Crédits : LC/ADE)

"Mais plutôt que de combattre les nouveaux usages, il est préférable de les appréhender et d'en tirer le meilleur", enjoint Thierry Debarnot.

C'est ainsi que chez Digischool, on demande aux collaborateurs de travailler dans l'intensité plutôt que dans la durée. Travailler autant, mais différemment, en organisant son travail en fonction des échéances, plus ou moins longues. "Rester au bureau après 19h n'est pas un signe positif, mais un signal d'alerte. Dans ce cas, on essaie de voir ce qui ne va pas avec le collaborateur et le manager", poursuit-il.

À défaut, on peut aussi apprendre à le différer, à l'intensifier et à changer de rythme...

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